12- Le désert d’Arabie et la fuite de Damas

02/08/2020 00:49

12- Le désert d’Arabie et la fuite de Damas

Désert d'Arabie - Wadi RumDésert d'Arabie - Wadi Rum. Au sud-est de la Jordanie, près de Petra.

Nous possédons peu d’informations sur les trois années que Paul passa en Arabie, après sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas. Heureusement, il fut contraint plus tard, à cause des attaques de ses adversaires, de lever un peu le voile sur cette période de sa vie.

Il nous dit qu’après cette rencontre, il ne consulta ni sa famille, ni les dirigeants de l’Église de Jérusalem : «Sur-le-champ, je ne consultai ni la chair ni le sang. Je ne montai pas non plus à Jérusalem» (Galates 1, 16-17).

Pour l’instant, cet événement capital lui suffit. D’ailleurs, s’il était allé à Jérusalem, sa situation vis-à-vis les chrétiens aurait été fort délicate, à cause de ses nombreuses attaques contre les disciples du Christ. Ensuite, il aurait mis sa vie en danger auprès du Sanhédrin pour s’être joint aux disciples du Christ.

Pendant trois ans, Paul approfondit la nouvelle orientation de sa vie.

Paul dit simplement : « Je partis pour l’Arabie. » Le théologien orthodoxe  Nicolas Koulomzine considère «cette retraite comme très significative : Paul suit la voie royale de tous les mystiques, il se retire au désert afin de s’isoler, de se retrouver pour un temps, seul avec Dieu. Grâce à ce temps de réflexion, il ressentira l’emprise sur lui de l’Esprit du Seigneur.»

Le trésor du pharaon, un des monuments de Petra, sculté à même le rocherSituée dans le désert de l'actuelle Jordanie, Petra était une ville extraordinaire, surtout à cause de ses nombreux monuments magnifiques sculptés à même le rocher.

«En Arabie», est-il descendu jusqu’à Pétra, la capitale des Nabatéens, ou s’est-il dirigé vers Palmire? On ne peut que spéculer sur les déplacements de Paul pendant ces trois années de réflexion. Le terme «Arabie» s’appliquait alors à toute la péninsule arabique, mais le noyau en était le royaume des Nabathéens, avec sa capitale Petra, véritable nid d’aigle dans le désert, qui contrôlait  la route des caravanes. Les ruines gréco-romaines de cette capitale-forteresse sont impressionnantes. L’Arabie comprenait aussi Basra, Homs (Émèse), Amman, et un très grand territoire allant jusqu’aux fleuves de la Mésopotamie, le Tigre et l’Euphrate. Le cheik des Nabatéens, Arétas, roi de Damas et d’une grande partie du territoire d’Arabie, était en guerre avec le roi Hérode Antipas, parce que celui-ci avait répudié sa fille pour épouser Hérodiade, la femme de son frère, celle qui avait demandé la tête de Jean le baptiste. En Arabie, Paul se sentait protégé contre les émissaires juifs, et c’est peut-être la raison pour laquelle il s’est rendu dans cette région désertique.

Pendant trois ans, Paul approfondit la nouvelle orientation de sa vie. Pour clarifier le changement en lui, il utilise des expressions comme «revêtir le Christ Jésus», ou encore «s’approprier les sentiments du Christ Jésus» (Philémon 2, 5).

Il découvre le mystère
de l’amour infini de Dieu
pour nous à travers
la réjection de son peuple
et le scandale de la croix.

Pendant cette période, se poursuit en lui une transformation spirituelle et intellectuelle qui laisse apparaître de plus en plus la théologie paulinienne. Paul parlera alors de «son évangile» : «L’évangile que j’ai annoncé n’est pas à mesure humaine : ce n’est pas non plus d’un homme que je l’ai reçu ou appris, mais par une révélation de Jésus Christ.» (Galates 1, 11-12).

Pendant son séjour en Arabie, à partir des Écritures qu’il connaît par coeur, Paul développe une nouvelle conception du Christ et de la foi. Il comprend alors que le plan universel de Dieu est adressé non seulement aux Juifs mais à toutes les nations. Il découvre aussi le mystère de l’amour infini de Dieu pour nous à travers la réjection de son peuple et le scandale de la croix.

Son évangile est le même que celui des autres apôtres, mais Paul saura le rendre accessible non seulement aux Juifs de la Diaspora mais au monde gréco-romain.

L’idée fondamentale qui lui est révélée à Damas, est celle d’une intervention puissante de Dieu dans l’histoire, en la personne de Jésus venu sauver les hommes et non les condamner. Jésus est l’envoyé du Père, le messager de la bonne nouvelle, le Messie-Sauveur. L’amour que le Seigneur a pour Paul, le persécuteur, est offert à tous. Le Christ est intervenu avec miséricorde dans sa vie et a rendu efficace le salut offert à l’humanité tout entière.

Paul prenait ainsi conscience de la volonté du Christ de faire disparaître la barrière et le mur qui séparaient le judaïsme des autres nations.

Ce qui rejoint Paul
au plus profond de son être,
pendant cette période
de réflexion, c’est
la Croix de Jésus.

Ce qui rejoint Paul au plus profond de son être, pendant cette période de réflexion, c’est la Croix de Jésus, «ce chef-d’oeuvre de l’amour de Dieu». Il la dépeindra aux Galates, il la prêchera aux Corinthiens : «Car je n’ai rien voulu connaître chez vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié» (1Corinthiens 2, 2).

Paul est aussi profondément touché par le dépouillement du Christ, et la façon avec laquelle il remplit sa mission : «Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant la condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix.» (Philippiens. 2, 6-10).

Pour Paul, être chrétien c’est être conquis par le Christ et être dégagé des cadres étroits d’une seule culture, d’une seule religion, d’une seule nation. Le Christ est le Nouvel Adam, le nouveau prototype de l’humanité. La conception que Paul a du Christ n’est pas le produit d’une spéculation religieuse, mais d’une révélation de l’Esprit. En Arabie, sa nouvelle théologie a trouvé ses bases.

Après trois ans, Paul retourna à Damas et se présenta à la synagogue. Au grand étonnement des Juifs, il demanda la parole pour démontrer, en s’appuyant sur les textes des Prophètes, que Jésus était le Messie tant attendu et qu'il était vivant. Chez les Juifs orthodoxes, la colère se mit à gronder et Paul fut menacé de mort.

Il se trouva des conjurés qui firent la promesse de tuer «l'apostat», dès qu'il circulerait dans le dédale des rues de la ville. Il fut facile d'acheter les dirigeants de Damas. On fit mettre des gardes à toutes les portes pour se saisir de Paul s’il tentait de s’enfuir : «Au bout d'un certain temps, les Juifs se concertèrent pour le faire périr. Mais Saul eut vent de leur complot. On gardait même les portes de la ville jour et nuit, afin de le faire périr. Alors .les disciples le prirent de nuit et le descendirent dans une corbeille le long de la muraille» (Actes 9, 23-24).

Ceci est la version de Luc qui accuse les Juifs du complot. Paul, de son côté, croit que ce sont les autorités civiles qui en veulent à sa vie : «A Damas, l'ethnarque du roi Arétas faisait garder la ville pour m'arrêter et c'est par une fenêtre, dans un panier, qu'on me laissa glisser le long de la muraille, et ainsi j’échappai à ses mains.» (2 Corinthiens 11, 32)

Cette conspiration contre Paul est probablement orchestrée par les deux groupes, c’est à dire par les Juifs avec l’appui des autorités de la ville.

À partir d’une maison qui appartenait à un chrétien, Paul se blottit dans un grand panier et on le laisse descendre le long du mur au moyen de cordes solides. Arrivé en bas, il se dégage et, après avoir traversé les jardins, les canaux d'irrigation et les cours de fermes, il atteint la route qui conduit vers le Sud, vers la « via maris », la route de la mer. Il se rendra alors à Jérusalem.

Pour Paul, ce fut la première d’une série de nombreuses escapades qui l’obligeront à fuir de ville en ville pour sauver sa vie.

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