ESDRAS

02/01/2014 13:33
 

 

ESDRAS

 

457-444 AVANT J.C. ESDRAS

 

 

Le livre du sacrificateur et scribe

 

Esdras

 

Titre

 

       Le livre porte le nom d’Esdras (littéralement « l’Éternel secourt »), même si son nom n’apparaît qu’en #Esd 7:1 dans cette description du retour des exilés judéens à Jérusalem. C’est que les traditions juive et chrétienne attribuent, toutes deux, la rédaction de l’ouvrage à ce célèbre sacrificateur et scribe. Les auteurs du Nouveau Testament ne citent jamais ce livre.

Auteur et date

       Esdras est très probablement l’auteur de ce livre-ci et de celui de Néhémie, lesquels ne devaient constituer à l’origine qu’un seul volume. #Esd 4:8-6:18 et 7:12-26 sont écrits en araméen. Même si Esdras ne se présente jamais comme l’auteur de l’ouvrage, les indices internes penchent fortement en sa faveur, puisque après son arrivée à Jérusalem (vers 458 av. J.-C.), le récit passe de la troisième personne du singulier à la première. Dans la première partie, il a probablement cité ses sources. Certains pensent qu’il pourrait aussi être le rédacteur des Chroniques. De fait, il était logique qu’une seule et même personne poursuive la narration de manière à montrer comment Dieu avait accompli sa promesse et ramené son peuple dans le pays promis après 70 ans d’exil. De plus, Esdras était un sacrificateur de la lignée d’Aaron (cf. #Esd 7:1-5). Or, un accent sacerdotal caractérise les Chroniques, dont les versets conclusifs (#2Ch 36:22-23) sont en outre quasiment identiques aux premiers versets d’Esdras (#Esd 1:1-3). Tout cela indique qu’il est bien l’auteur des deux ouvrages.

       En tant que scribe, Esdras avait accès à la multitude de documents administratifs mentionnés dans les livres d’Esdras et de Néhémie, et plus particulièrement dans le premier. Très peu de personnes pouvaient consulter les archives royales de l’Empire perse, mais il fut l’exception à la règle (cf. #Esd 1:2-4 ; #Esd 4:9-22 ; #Esd 5:7-17 ; #Esd 6:3-12). Son rôle de scribe, ou docteur de la loi, est décrit en #Esd 7:10: « Esdras avait appliqué son cœur à étudier et à mettre en pratique la loi de l’Éternel, et à enseigner au milieu d’Israël les lois et les ordonnances. » Cet homme pieux, à la forte personnalité, était un contemporain de Néhémie (cf. #Né 8:1-9 ; #Né 12:36). Selon la tradition, il fut le fondateur de la Grande synagogue, où le canon complet de l’Ancien Testament fut pour la première fois reconnu officiellement.

       Esdras ayant pris la tête de la deuxième série de Juifs de retour en Canaan, en provenance de l’Empire perse (vers 458 av. J.-C.), le livre dut être achevé au cours des décennies suivantes (vers 457-444 av. J.-C.).

 

Contexte et arrière-plan

       À travers l’exode, Dieu avait libéré Israël des chaînes de l’esclavage en Égypte (vers 1445 av. J.-C.). Des centaines d’années plus tard, avant les événements relatés dans le livre d’Esdras, il avait déclaré aux membres de son peuple que, s’ils choisissaient de rompre leur alliance avec lui, il permettrait à nouveau aux autres nations de les asservir (#Jér 2:14-25). En dépit des avertissements répétés de Dieu par la bouche de ses prophètes, Israël et Juda avaient décidé de rejeter leur Seigneur, de s’adonner au culte de dieux étrangers et de pratiquer les abominations liées à l’idolâtrie (cf. #2R 17:7-18 ; #Jér 2:7-13). Conformément à ses avertissements, Dieu avait suscité les Assyriens et les Babyloniens pour punir la rébellion d’Israël et de Juda.

      En 722 av. J.-C., les Assyriens avaient déporté les dix tribus du royaume du nord et les avaient dispersées sur tout leur territoire (cf. #2R 17:24-41 ; #Esa 7:8). Plus d’un siècle plus tard, entre 605 et 586 av. J.-C., Dieu avait utilisé les Babyloniens pour piller et dépeupler presque entièrement Jérusalem. Comme Juda persistait dans son infidélité à l’alliance, Dieu l’avait châtié en l’envoyant en captivité pendant 70 ans (#Jér 25:11). Les livres d’Esdras et de Néhémie relatent le retour du peuple à Jérusalem. Esdras commence avec le décret promulgué par Cyrus, roi de Perse (vers 538 av. J.-C.), un an après avoir renversé Babylone (539 av. J.-C.), pour autoriser le retour des Juifs à Jérusalem. Il décrit le rétablissement des fêtes et sacrifices du calendrier national de Juda ainsi que la reconstruction du temple (commencée en 536 av. J.-C. et achevée en 516 av. J.-C.).

       De même qu’il y avait eu trois étapes dans la déportation des Judéens à Babylone (605, 597 et 586 av. J.-C.), de même le retour à Jérusalem se fit en trois étapes, sur une période de 90 ans. Le retour de Zorobabel, en 538 av. J.-C., précéda celui d’Esdras, en 458 av. J.-C. Treize ans plus tard, en 445 av. J.-C., Néhémie prendrait la tête du dernier convoi. Cependant, l’autonomie politique ne fut jamais complètement rétablie. Le ministère prophétique d’Aggée et de Zacharie est à situer à l’époque de Zorobabel, dès 520 av. J.-C.

 

Thèmes historiques et théologiques

       Le retour des Juifs de leur exil babylonien était une sorte de nouvel exode: Dieu libérait souverainement son peuple, comme lorsqu’il l’avait délivré de l’esclavage égyptien. Le retour de Babylone entraînait l’exercice d’activités similaires à celles du premier exode:

1° édification du temple et des murs de la ville,

2° rétablissement de la loi (acte qui assimilait Zorobabel, Esdras et Néhémie à Moïse),

3° défi des ennemis locaux,

4° tentation de se marier avec des non-Juifs, avec l’idolâtrie qui en découlait.

D’autres parallèles entre l’exode et le retour de Babylone durent amener les anciens exilés à penser qu’ils avaient l’occasion de prendre un nouveau départ avec Dieu.

       Dans sa description de ce retour, Esdras s’appuya sur toute une série de documents administratifs perses, auxquels il avait accès en sa qualité de scribe. Le message transmis par la citation de tels documents était puissant, accompagnés qu’ils étaient de l’affirmation sans équivoque de l’intervention divine (« la main de l’Éternel …  sur » Esdras; 7:6, 28). Les décrets, proclamations, lettres, listes, généalogies et autres mémorandums, pour la plupart rédigés par l’administration perse, ne faisaient qu’attester de la souveraineté de l’Éternel dans la restauration de son peuple. Le message principal de ce livre, c’était que Dieu lui-même avait orchestré la sombre situation passée (la captivité) et qu’il continuait d’agir, même au travers d’un roi païen et de ses successeurs, pour donner à Juda un espoir quant à l’avenir (le retour). En soulignant que l’autorité de l’Éternel dépasse celle de tous les souverains du monde entier, c’est donc le message de la perpétuation de sa grâce, dans le cadre de son alliance avec Israël, que le livre d’Esdras communique.

       L’opposition des Samaritains est un autre thème dominant du livre. Leurs ancêtres avaient été amenés là par les Assyriens (#Esd 4:2 ; cf. #Jn 4:4-42), et ils résidaient depuis lors sur le territoire d’Israël. Ennemis des Juifs, ils demandèrent à pouvoir participer à la reconstruction du temple (#Esd 4:1-2) dans un objectif de sabotage spirituel. Après avoir vu leur offre rejetée, ils engagèrent des conseillers contre eux (cf. #Esd 4:4-5). Mais le Seigneur, au travers des prophéties d’Aggée et de Zacharie, éveilla l’esprit du peuple et de ses chefs afin qu’ils reprennent les travaux: « Fortifie-toi …  et travaillez! Car je suis avec vous » (#Ag 2:4 ; cf. #Esd 4:24-5:2). La reconstruction put reprendre (vers 520 av. J.-C.), et le temple fut rapidement achevé et consacré. Il fut alors de nouveau prêt à fonctionner en l’honneur de Dieu (vers 516 av. J.-C.).

 

Questions d’interprétation

 1° Quel est le lien entre les livres des Chroniques, d’Esdras, de Néhémie et d’Esther, textes historiques postexiliques, et ceux d’Aggée, Zacharie et Malachie, prophètes de la même époque? Esdras écrivit les Chroniques pour rappeler aux Juifs les promesses de Dieu concernant la royauté davidique, le sacerdoce aaronique et le culte à rendre dans le temple. Aggée et Zacharie prophétisèrent au cours de la période décrite dans #Esd 4:1-6:2, celle de la reprise de la construction du temple. Quant à Malachie, il écrivit sa prophétie lors du retour de Néhémie en Perse (cf. #Né 13: 6).

 

2° Quel est l’objectif du livre? D’un point de vue historique, Esdras relate les deux premiers retours à Jérusalem des captifs de Babylone. Le premier (ch. #Esd 1:1-6:2) se déroula sous l’égide de Zorobabel (vers 538 av. J.-C.), et le second (ch. #Esd 7:1-10:2) sous celle d’Esdras lui-même (vers 458 av. J.-C.). D’un point de vue spirituel, Esdras rétablit l’importance du sacerdoce aaronique en le faisant remonter à Eléazar, Phinées et Tsadok (cf. #Esd 7:1-5). Il fait aussi un compte rendu de la reconstruction du temple (ch. #Esd 3:1-6:2). Les chapitres 9 et 10 présentent la façon dont Esdras aborda la grave question des mariages mixtes. Mais le plus important de tout, c’est la manière dont la main souveraine de Dieu change les rois et réduit à néant les diverses oppositions afin de rétablir Israël, la descendance d’Abraham du point de vue national et individuel, sur le territoire promis à Abraham, David et Jérémie.

 

3° Le temple fut reconstruit sous le règne de Cyrus. La mention d’Assuérus (#Esd 4:6) et d’Artaxerxès (#Esd 4:7-23) peut faire penser qu’il le fut sous leurs règnes. Une telle conclusion, cependant, ne respecterait pas l’histoire. Esdras ne parlait pas de leur implication dans la construction du temple, mais plutôt de leur opposition, même après l’achèvement des travaux et jusqu’à son époque. Il est manifeste, donc, que les versets 4:1-5 et 4:24-5:2 traitent de la reconstruction du temple sous Zorobabel, tandis que 4:6-23 est une digression qui relate l’histoire de l’opposition à l’époque d’Esdras et de Néhémie.

 

4° Le commentateur doit déterminer à quelle époque se situe l’histoire d’Esther par rapport à Esdras. Un examen attentif révèle qu’elle dut prendre place entre les événements des chapitres 6 et 7. Voir les notes sur Esther.

 

5° Comment concilier les divorces du chapitre 10 avec la haine affichée de Dieu contre le divorce (#Mal 2:16)? Esdras n’établissait pas une norme, mais était confronté à une situation particulière dans l’histoire du peuple juif. La décision semble avoir reposé sur le principe qu’un moindre mal (le divorce) était préférable à un mal plus grand: la corruption du peuple par le mariage avec des étrangers. Il fallait éviter le risque de voir la nation et la lignée messianique de David disparaître par le mélange avec les païens. En fait, cette manière de résoudre le problème exaltait la grâce de Dieu, puisque l’autre solution aurait consisté à tuer toutes les personnes impliquées (maris, femmes et enfants) en les lapidant, comme ce fut le cas lors du premier exode, à Sittim (#No 25:1-9).

 

Plan

I. Premiers retours avec Zorobabel (1:1-6:22)

A. L’édit de Cyrus (1:1-4)

B. Les dons pour la reconstruction du temple (1:5-11)

C. Les Juifs de retour d’exil (2:1-70)

D. La reconstruction du temple (3:1-6:22)

1. Début des travaux (3:1-13)

2. Manifestations d’opposition (4:1-5)

3. Excursus sur l’opposition à venir (4:6-24)

4. Reprise des travaux (5:1-2)

5. Reprise de l’opposition (5:3-6:12)

6. Achèvement et dédicace du temple (6:13-22)

II. Nouveaux retours avec Esdras (7:1-10:44)

A. L’arrivée d’Esdras (7:1-8:36)

 

B. Le réveil suscité par Esdras (9:1-10:44)

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