ÉVANGILE DE MATTHIEU ( Chemin de vie )

15/06/2014 13:28
ÉVANGILE DE MATTHIEU 
 
Chapitre 1 
 
Introduction 
 
Imaginez que vous êtes à votre compte, mais au service de l’État. Votre poste de travail est un portique de péage situé sur la seule route qui lie deux départements. Votre employeur exige une somme minimale de la part de chaque voyageur, mais vous avez le droit d’imposer la somme globale que vous voulez. Vous ajoutez donc ce surplus et empochez la différence, c’est votre salaire. Moi j’aimerais bien un tel boulot. Telle était la situation privilégiée des péagers aussi appelés publicains qui travaillaient pour le compte des Romains en Palestine. Il va sans dire qu’ils étaient riches et haïs du peuple. L’un d’entre eux s’appelait Matthieu. Or un jour, Jésus est passé le voir et lui a simplement dit : Suis-moi ! Ce qui est impressionnant, c’est qu’il a obéi. Il a tout laissé, tout abandonné parce qu’il a renoncé à ce travail, oh combien lucratif pour une vie de nomade démunie de tout. Il est devenu célèbre, puisqu’il devint l’un des 12 apôtres du Christ et que la plupart des gens ont entendu parler de l’Évangile selon Matthieu. 
 
   Je vais maintenant parcourir les pages de son chef d’œuvre. En nous penchant sur l’histoire de Jésus décrite par ce péager, je vous propose un retour aux sources, celles qui établirent les fondements de notre civilisation occidentale et forgèrent les valeurs de nos ancêtres. Si vous cherchez le sens de la vie, vous savez déjà qu’il n’est pas constitué par ce qui me distrait ou excite les sens. La vérité est ailleurs. Je vous invite donc à regarder de près l’Évangile selon Matthieu, un livre qui se trouve à la charnière de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ce premier ouvrage du Nouveau Testament qui compte 28 chapitres est particulièrement important. 
 
   À l’origine, le mot testament ne voulait pas dire dernières volontés comme aujourd’hui, mais alliance. L’Évangile explique la nouvelle alliance que le Créateur du ciel et de la terre a conclue avec l’humanité. Les deux ouvrages clés des Écritures sont le livre de la Genèse que j’ai précédemment couvert et l’Évangile de Matthieu. Ils ouvrent pour ainsi dire la compréhension des autres Textes Sacrés. Matthieu fut rédigé durant la deuxième moitié du premier siècle de notre ère, après que l’apôtre saint Paul ait écrit les Épîtres. Pourtant, c’est ce livre qui fait le pont et le lien entre deux pièces maîtresses, les deux alliances que sont l’Ancien et le Nouveau Testament. Afin d’apprécier l’Évangile selon Matthieu, il faut se rappeler qu’il existe un très grand vide d’environ 400 ans entre la fin de l’Ancien Testament, et le début du Nouveau qui commence avec la naissance de Jésus-Christ à Bethléhem. 
   Après que le prophète Malachie, le dernier auteur sacré de l’Ancien Testament, se soit tu, l’émetteur céleste demeura silencieux pendant près de 4 siècles. Puis un jour, sans raison particulière, un ange de l’Éternel interrompit le moment de prière d’un prêtre nommé Zacharie. Il se présenta à lui dans le temple de Jérusalem où il exerçait son ministère. Cet ange lui annonça que sa femme jusque-là stérile donnerait naissance à un fils, qu’il devra le nommer Jean-Baptiste, et qu’il sera le précurseur et l’émissaire du Messie. Durant les 4 siècles de silence de Dieu, de nombreux événements avaient bien sûr eu lieu et l’histoire de l’humanité suivait son cours. Aucun livre, faisant partie du canon sacré, inspiré de Dieu, ne commente ce laps de temps pourtant très long. Cette pause divine fut marquée par des circonstances mouvementées et tragiques pour la nation d’Israël. Le peuple issu d’Abraham, Isaac et Jacob connut un bouleversement radical aussi bien culturel que de ses institutions structurelles. La plupart de ces changements apparaissent tout au long des pages du Nouveau Testament. 
 
   Pendant ces 4 siècles qui séparèrent les deux Testaments, les nations du Proche-Orient avaient évolué de façon considérable. Lorsque le dernier prophète de l’Ancien Testament parlait, l’Égypte était encore importante, mais militairement inférieure à l’empire des Mèdes et des Perses qui dominait alors tout le Moyen-Orient. Toutefois pendant cet intervalle de 4 siècles, ces deux civilisations perdirent leur hégémonie et la domination du bassin méditerranéen passa de l’Est à l’Ouest, de l’Orient à l’Occident, de l’Asie à l’Europe. La Grèce, sous la botte d’Alexandre le Grand, conquit l’empire médo-perse pour tomber ensuite sous le joug de Rome, la nouvelle puissance sur la carte du monde. 
 
   Certaines dates clés donnent une vue d’ensemble de ces 4 siècles d’histoire tourmentée et permettent de mieux comprendre la situation et le mode de vie et de pensée des Juifs, lorsque leur Messie se présenta à eux. Tout d’abord vainqueur de Spartes, une des principales villes grecques en 480 av. J.-C., la Perse fut finalement battue en cette même année à Salamine lors d’une bataille navale ce qui consacra la suprématie maritime d’Athènes et le début d’un lent déclin de l’empire Médo-Perse. Je me souviens vaguement d’avoir appris ça sur les bancs de l’école, mais à l’époque je me demandais bien à quoi ça pouvait bien servir. En l’an 333, Alexandre le Grand écrasa les Perses et ne connut que victoire sur victoire. En 332, il se rendit à Jérusalem et on lui montra ce que le prophète Daniel avait prédit le concernant. Impressionné, il épargna la ville. En même temps que la répartition des puissances changeait, la langue grecque se répandait dans le sillage d’Alexandre. Mais les empires humains ne durent pas et en l’an 323, Alexandre le Grand meurt en Perse. 
   Alors, ses quatre généraux se partagent ou plutôt s’arrachent son immense empire, qui englobait à la fois l’Orient et l’Occident. Mais rien ne se fait dans l’ordre, car chacun de ces tyrans essaie de tirer la couverture à lui. Et puis les choses se compliquent encore davantage avec toutes sortes de personnages pittoresques qui essaient de devenir les maîtres du monde, mais on se lasse vite de leurs noms difficiles à prononcer. Je vais donc me résumer et me pencher sur la Palestine, qui est l’endroit qui nous intéresse, puisque c’est là que se trouvent les descendants d’Abraham. En l’an 320, cette région est annexée par l’Égypte, qui est sous la tutelle d’un des généraux d’Alexandre. En 312, le royaume de Syrie, sous la botte d’un autre général, essaie de s’emparer du territoire israélite, qui devient ainsi un état tampon et un champ de bataille entre ces deux tyrans. La Palestine joue alors le rôle de planche à laver sur laquelle vont et viennent alternativement les forces militaires de la Syrie et de l’Égypte. 
 
   La Suisse a connu quelque chose de semblable avant de devenir la Confédération helvétique qu’on connaît. Finalement, c’est la Syrie qui triompha et un despote du nom d’Antioche le Grand, encore un, prend Jérusalem. Soit dit en passant, ces égos-maniaques aiment beaucoup se faire appeler grand comme s’ils avaient besoin de ce qualificatif pour se remonter le moral et mieux dormir la nuit. En l’an 170 av. J.-C. se produit la profanation du temple de Jérusalem par un dénommé Antioche Épiphane, mentionné par le prophète Daniel comme étant un tyran de grande envergure. Ce triste personnage fut aussi horrible vis-à-vis des descendants d’Israël que le sera l’empereur romain Néron envers les chrétiens. Finalement, les Juifs, sous la conduite du prêtre Mattathias de la famille des Maccabées, se révoltent contre la tyrannie d’Épiphane et de la Syrie. Cette longue période de guerres est dirigée par Judas Macchabée. Beaucoup se montrèrent héroïques, mais la nation d’Israël souffrit énormément. Sept frères ainsi que leur mère de la famille Maccabée furent suppliciés à cause de leur fidélité à la Loi de Moïse. Parce que cette guerre fut particulièrement cruelle et marquée par d’immenses bains de sang, le mot maccabée qui veut simplement dire marteau, vint à désigner un noyé au 19e siècle et tout cadavre aujourd’hui. 
 
   Finalement, les Juifs vainquirent réussissant à rejeter le joug de l’oppresseur. Malheureusement, leur triomphe fut de courte durée. En l’an 63, le Romain Pompéi prit Jérusalem et le peuple juif passa sous la tutelle de Rome, la nouvelle puissance aux commandes. Et c’est ainsi que d’un événement à un autre nous nous rapprochons tout doucement du premier Noël. En l’an 40 av. J.-C., le Sénat romain nomme Hérode roi de la province de Juda. Jamais le Proche-Orient n’avait encore connu un despote de cette envergure. Il était à ce qu’il parait digne d’un Hitler, Staline et autres Néron du même gabarit. Son premier acte officiel fut d’éliminer les derniers survivants de la famille Maccabée. En l’an 31 avant notre ère, César Auguste devient empereur et en l’an 19 débute la construction du temple de Jérusalem, qui se poursuivra durant toute la période du Nouveau Testament. 
   Durant les 4 siècles qui séparent les deux Testaments et comme je l’ai déjà dit, de profonds changements culturels eurent lieu en Israël. Les rescapés de l’exil babylonien s’étaient regroupés en Judée, sur l’ancien territoire du royaume de Juda au sud de la Palestine. La partie nord du pays avait subi un fort brassage de populations tant juives que païennes durant et après la captivité à Babylone. Le territoire appelé Samarie est en sandwich entre la Galilée au nord où Jésus résidait habituellement et la Judée au sud où se trouve la ville sainte. La Samarie est mentionnée à plusieurs reprises dans les Évangiles, parce que Jésus l’a traversée chaque fois qu’il se rend à Jérusalem pour y célébrer les fêtes juives. Il faut se rappeler que les deux royaumes d’Israël, le nord et le sud, avaient été jugés par Dieu et déportés à cause de leur idolâtrie maladive incessante. 
 
   Cependant, Cyrus le Grand, encore un qui avait besoin de ce qualificatif et fondateur de l’empire perse, n’avait personnellement rien contre les descendants d’Abraham. Après qu’il eut conquis Babylone, il les autorisa donc à rentrer chez eux. Soit dit en passant qu’en agissant ainsi, il accomplissait une prophétie très précise le concernant. Les Juifs qui choisirent de retourner dans leur pays s’implantèrent en Judée dans le sud du pays et ne furent plus idolâtres contrairement à leur lourd passé. Cependant, ils adoptèrent un légalisme religieux fanatique qui ne vaut guère mieux et peut même devenir dangereux comme chacun sait. L’extrémisme sous toutes ses formes, les fous de Dieu, le soi-disant intégrisme et les attentats suicides, on en a soupé. Au final, la Loi de Moïse, que les descendants d’Abraham devaient respecter, devint à son tour une véritable idole dans le sens que les religieux juifs en firent une législation très lourde et totalement inaccessible au peuple. Seule la classe ecclésiastique pouvait s’y conformer et encore. 
 
   L’autre changement important qui affecta les Israélites fut d’ordre linguistique. L’hébreu céda la place à l’araméen dans les conversations de tous les jours, mais continua à être utilisé dans les synagogues qui commencèrent à pousser comme des champignons un peu partout en Judée et en Galilée. C’est à partir de cette époque que ces institutions cultuelles relativement récentes devinrent également des centres culturels partout où il y avait des Juifs de par le monde. C’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui. 
 
   Un troisième changement notable s’opéra après le retour de captivité : ce fut la création quelque peu spontanée des partis religieux. Les Pharisiens et les Sadducéens, en particulier, sont fréquemment mentionnés dans le Nouveau Testament, mais curieusement absents de l’Ancien Testament. Une esquisse des différents groupes d’influence présents en Palestine lorsque le Christ commença son ministère permet de mieux comprendre pourquoi les religieux étaient constamment à couteaux tirés avec le Christ et ses disciples. Cette animosité est une toile de fond pendant tout le ministère de Jésus et explique au niveau humain son arrestation et la crucifixion. 
  Le parti dominant était les Pharisiens. Leur mission consistait à défendre le mode de vie juif et à les préserver contre toute influence étrangère qu’ils jugeaient forcément mauvaise. Ça me fait un peu penser à la défense de la langue française contre les anglicismes. Les Pharisiens étaient d’une grande discipline morale et rituelle, ce dont ils n’étaient pas peu fiers, et qui les séparait du reste du peuple. Les adeptes de ce groupe étaient des légalistes purs et durs qui s’efforçaient de mettre en pratique de manière stricte les préceptes de l’Ancien Testament selon leur interprétation, et c’est bien là que le bât blesse. Ils avaient élaboré toute une tradition qui consistait à observer 613 règles, 248 commandements et 365 interdits. Leur enseignement oral fut mis par écrit au 2e siècle de notre ère et s’appelle la Mishna. Elle se développa encore davantage pour former au 4e siècle le Talmud. Les Pharisiens constituaient un parti politico-religieux qui comptait environ 6 000 membres, dont de nombreux interprètes de la Loi, appelés scribes. Ils avaient foi en la résurrection des morts, mais aussi une conception dualiste de la vie qui deviendra plus tard le manichéisme. Ils croyaient que deux tendances, une mauvaise et une bonne, s’opposaient en tout homme. Sur le plan politique, ils étaient très nationalistes, voulant rétablir le royaume du roi David. 
 
   Les Sadducéens étaient le deuxième groupe influent de l’époque. Ils se composaient essentiellement de personnes aisées, intéressées par les problèmes sociaux et qui n’avaient que faire de la tradition des Anciens. Ils considéraient que seuls les 5 livres de Moïse étaient inspirés de Dieu. C’étaient des humanistes avant l’heure. Les riches sont toujours prêts à donner quelques miettes qui tombent de leur table. Encore que pour être juste, il faut mentionner certains milliardaires qui donnent des sommes considérables à de bonnes causes. J’ai une fois lu que Bill Gates, le fondateur de l’entreprise Microsoft, a offert plusieurs milliards de dollars à des organisations caritatives qui s’occupent d’enfants abandonnés ou maltraités dans le tiers monde. Chapeau bas ! La théologie des Sadducéens était rationaliste, car ils ne croyaient que ce qu’ils voyaient et rejetaient donc l’idée du surnaturel. Ils n’acceptaient évidemment pas le concept de la résurrection des morts et niaient l’existence des anges et des esprits. Par contre, ils se sentaient plutôt proche des Épicuriens grecs, dont la philosophie buvons et mangeons, prenons du bon temps, car demain nous mourrons est aussi très française. Ils étaient adeptes de la poursuite du bonheur personnel et de la satisfaction sans retenue de tous les appétits sensuels ce qui leur permettait, disaient-ils, d’échapper à toute tentation. Voilà une manière de voir les choses pour le moins intéressante et qui a fait beaucoup d’émules. Les Sadducéens s’opposaient donc fondamentalement aux Pharisiens plutôt ascètes, dans leur façon de vivre et leur conception de Dieu. Politiquement, ils voulaient sauvegarder leur nation coûte que coûte, mais pour cela avaient choisi de collaborer avec les Romains. 
   Un troisième groupe qui apparaît tout au long des Évangiles est celui des scribes. Ils étaient les interprètes professionnels de la Loi de Moïse. Habitués à couper les cheveux en quatre ou en huit, ils aimaient jouer sur les mots et étaient comme les Pharisiens attachés à la lettre de la loi plutôt qu’à son esprit. À côté de ça, ils se souciaient de bien soigner leur prestige et respectabilité auprès du peuple. Quand le despote Hérode demanda aux scribes où devait naître le Messie, sans hésiter ils répondirent Bethléhem. En revanche, ils ne se précipitèrent pas à la crèche pour voir et adorer le petit enfant comme le firent les rois mages. La réalité et la signification de la naissance du Christ ne les intéressaient pas particulièrement. Ce qu’ils aimaient, c’était interpréter les textes, ils auraient été les champions du scrabble. Cette classe élitiste est une parfaite illustration du danger qui consiste à augmenter ses connaissances mêmes des Écritures sans pour autant qu’elles aient un quelconque impact sur son cœur ou sa vie de tous les jours. 
 
   Aujourd’hui, beaucoup de théologiens d’obédience chrétienne sont érudits au possible avec des diplômes plein les poches et des connaissances linguistiques et historiques impressionnantes. Mais malgré toute cette éducation, ils demeurent ignorants au regard de la compréhension de l’amour de Dieu et d’une relation personnelle avec Jésus-Christ. 
 
   Si je ne me trompe pas, c’est Rabelais qui fait dire à l’un de ses personnages qu’il vaut bien mieux une tête bien faite que bien pleine, voulant dire par là que l’aptitude à résoudre les problèmes est plus importante que le bourrage de crâne. En réalité, on a autant besoin d’intelligence pratique que de connaissances et une solide éducation est sans conteste un gros atout dans la vie. C’est d’ailleurs une valeur très prisée dans notre société moderne. Cela dit, certains peuples antiques possédaient un savoir-faire qu’on n’a pas pu égaler. Par exemple, nous n’avons pas encore été capables de reproduire la technique d’embaumement que les Égyptiens utilisaient du temps d’Abraham, ni de fabriquer des teintures qui conservent leurs couleurs comme le faisaient les gens qui habitaient le long de la Méditerranée il y a 4 000 ans. Cela dit, la connaissance n’a pas que du bon. Au premier siècle de notre ère, les scribes qui interprétaient la Loi de Moïse avaient de grosses têtes bien pleines, mais le cœur dur et vide. Et dans une de ses Épîtres, l’apôtre Paul écrit que la connaissance enfle, rend orgueilleux, tandis que l’amour édifie et fait grandir la foi (#1Corinthiens 8:1). Dans le même ordre d’idée, l’apôtre Jacques, et un des auteurs du Nouveau Testament, dit : 
 
 
Ne vous contentez pas d’écouter la Parole de Dieu, traduisez-la en actes, sans quoi vous vous tromperiez vous-mêmes. Au contraire, un homme qui scrute la loi parfaite qui donne la liberté et qui lui demeure fidèlement attaché en y conformant ses actes ; cet homme sera heureux dans tout ce qu’il fait (#Jacques 1:22, 25). 
 
 À côté des scribes interprètes de la Loi et parmi les groupes d’influence qui pesaient de tout leur poids sur la société juive à l’époque du Christ, se trouvaient les Pharisiens et les Sadducéens dont j’ai déjà parlé. En 4e lieu, il y avait les Esséniens, un groupe dissident des Pharisiens. Ils étaient environ 4 000 qui vivaient en communauté et partageaient leurs biens entre eux. Très légalistes, ils obéissaient à des règles de vie très strictes, ayant un grand idéal de pureté rituel, et se croyaient eux aussi meilleurs que les autres. Ils attendaient la venue de deux messies, l’un politique et l’autre religieux. Ils ne sont pas mentionnés dans les Évangiles parce qu’ils vivaient à l’écart de la société. Ensuite viennent les zélotes qui cherchaient d’abord et avant tout à renverser le pouvoir romain par la force. Un des apôtres choisis par Jésus, nommé Simon le zélote, en faisait partie. Le dernier groupe, que je veux mentionner très rapidement parce qu’il apparaît dans les Évangiles, est celui des Hérodiens. Comme leur nom le suggère, leur but était de maintenir la dynastie des Hérode sur le trône parce qu’ils profitaient de ses largesses. C’étaient les opportunistes politiques de l’époque. 
 
   Bien que la période intertestamentaire fut silencieuse de la part de l’Éternel, rétrospectivement il est évident qu’Il préparait le monde antique à la venue du Messie promis maintes fois depuis le jardin d’Éden. Sans le savoir, le peuple juif, la civilisation grecque, l’empire romain et les foules grouillantes de l’Orient étaient en train d’être façonnés par Dieu pour l’arrivée de son Fils, le Sauveur du monde, au point où l’apôtre Paul écrivit : 
 
 
Lorsque les temps furent accomplis, au moment fixé par Dieu, Il a envoyé son Fils (#Galates 4:4). 
 
 
   Un autre point intéressant à noter durant cette période de 4 siècles est la grande activité littéraire qui s’y développa. C’est entre le troisième et le second siècle av. J.-C., à Alexandrie en Égypte, que l’Ancien Testament fut traduit en grec par six membres de chacune des 12 tribus d’Israël, d’où le nom de Septante qui est plus court que 72, donné à cette version. Des passages de cet ouvrage furent cités par l’apôtre Paul ainsi que par le Christ. C’est aussi pendant ces 4 siècles de silence divin que furent rédigés les livres dits Apocryphes comme pour remplir un vide inconfortable. Ils se composent de 12 à 14 ouvrages selon la façon de les assembler, mais les Juifs ne les ont jamais considérés comme inspirés de Dieu au même titre que les 39 livres qui composent le canon de l’Ancien Testament et qui sont acceptés par toutes les branches de la chrétienté. 
 
   Les 4 Évangiles sont chacun destinés à un auditoire différent, mais tous ont la même vocation de révéler Dieu en la personne du Christ. À la veille de son exécution, Jésus a dit à ceux qui le suivaient : 
 
La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ (#Jean 17:3). 
 
 
   Selon l’enseignement de Jésus, l’essentiel du christianisme consiste à chercher à le connaître personnellement et son Père à travers lui. Ceux qui lisent les Évangiles, celui de Matthieu par exemple, uniquement pour se documenter sur la vie de Jésus restent insatisfaits ; les évangélistes n’ont pas écrit une biographie. Ceux par contre qui cherchent dans ces Évangiles à y rencontrer et à suivre le Sauveur et Maître trouvent tout ce qui leur est nécessaire. Chaque Évangile dresse un portrait de Jésus-Christ peint en paroles par quatre hommes assez différents, mais tous animés par l’Esprit Saint de Dieu (#2Pierre 1:21). Pris ensemble, ces livres nous offrent un tableau précis, digne de foi, et harmonieux de la personne, de l’œuvre et de la pensée de celui que Dieu envoya pour être le Sauveur du monde (#Jean 4:42), le Messie tant attendu par son peuple. Examiné séparément, chacun des 4 Évangiles décrit Jésus sous une lumière qui lui est propre, avec une orientation particulière afin de mieux communiquer la bonne nouvelle à un auditoire spécifique. 
 
   Dans les grandes lignes, ces quatre portraits s’accordent avec 4 annonces prophétiques concernant le Messie qui devait venir (#Zacharie 9:9; Esaïe 52:13; Daniel 7:13; Malachie 3:1). Je vais maintenant faire un rapide tour d’horizon des 4 Évangiles. Celui écrit par l’apôtre Jean présente Jésus comme le Fils de Dieu, Seigneur du ciel et de la terre. Il est plus généraliste que les 3 autres, s’adressant à tous les croyants de toutes les générations et plus particulièrement à ceux qui cherchent une libération de leur état, quel qu’il soit. Jean répond aux interrogations profondes de l’homme comme le sens de la vie. Il s’adresse directement à nous, à tous ceux qui au 21e siècle, fatigués du matérialisme sauvage qui leur est imposé, cherchent une raison d’être dans les religions orientales. 
 
   L’Évangile de Marc présente le Christ sous l’angle d’un serviteur venu pour montrer l’exemple et donner sa vie afin de racheter l’humanité. Il était destiné en priorité aux Romains, hommes d’action, bâtisseurs qui se croyaient capables de diriger le monde grâce à leurs constructions, à leur forme de gouvernement centralisé et à leur puissance militaire. Comme toutes les armées du monde, ils voulaient déplacer leurs troupes aussi rapidement que possible. En conséquence, ils firent un véritable travail de Romain, c’est le cas de le dire, en édifiant un immense système de voies dites romaines. C’est de là que vient l’expression : Toutes les routes mènent à Rome. Cette démarche guerrière et le réseau routier qui en résultat facilitèrent grandement l’expansion de l’Évangile dans tout l’empire. Alors que César croyait satisfaire sa soif de puissance et de grandeur, il accomplissait à son insu le plan de Dieu. Soit dit en passant, le révolutionnaire communiste Mao Tsé-Toung a fait de même pour la Chine. Il a sorti le pays de la féodalité en unifiant les provinces, en développant les voies de communication, et en simplifiant et imposant une seule langue ; c’est ce qui a permis à la Parole de Dieu de se répandre dans toute la Chine. Dieu se moque bien des hommes et de leur volonté dérisoire de domination. C’est un bon rappel qu’il est souverain dans les affaires humaines comme le dit si bien le prophète Daniel que je cite : 
 
Cette sentence est un décret de ceux qui veillent, afin que tous les vivants sachent que le Très-Haut domine sur toute royauté humaine, qu’il accorde la royauté à qui il veut, et qu’il établit roi le plus insignifiant des hommes. Devant lui les habitants de la terre ne comptent pour rien, il agit comme il l’entend envers l’armée des êtres célestes et envers les habitants de la terre. Personne ne peut s’opposer à ses interventions ou lui dire : « Que fais-tu ? » (#Daniel 4:17, 35). 
 
 
   Personnellement, je trouve ces paroles encourageantes parce qu’elles signifient que rien ni personne ne peut contrer le plan que Dieu a pour moi ; cela est d’autant plus vrai que je me confie en la personne de Jésus-Christ. Les Romains ont aidé l’Évangile d’une autre manière, en imposant la loi, l’ordre et la paix romaine, ils ont donné à leur société une structure stable dans laquelle l’Évangile pouvait prendre racine. Jésus a prêché la Loi et l’ordre, mais il y a ajouté le pardon et la miséricorde divine. 
 
   Le troisième Évangile écrit par Luc, un médecin non-juif, était plutôt destiné aux Grecs, à l’homme cultivé qui réfléchit sur les choses et cherche la sagesse. Luc présente Jésus comme l’homme parfait tel que Dieu l’envisageait. 
 
   Finalement, j’en arrive à l’Évangile de Matthieu. Ce livre clé est remarquable pour deux raisons principales. Tout d’abord et comme je l’ai déjà dit, il jette un pont entre le Nouveau et l’Ancien Testament parce qu’il s’y réfère bien davantage que les autres Évangiles. Il montre en particulier que Jésus-Christ est l’accomplissement de beaucoup de prophéties. On pouvait s’y attendre de la part de Matthieu puisqu’il destinait son ouvrage en priorité aux Juifs. Le deuxième point remarquable de cet écrit est qu’il introduit déjà l’Église, ce qui est avec la personne du Christ le point focal du Nouveau Testament et le thème central des Épîtres, surtout celles écrites par l’apôtre Paul. C’est dans Matthieu qu’on trouve cette prophétie de Jésus à l’apôtre Pierre : 
 
 
Tu es une pierre et sur ce roc je bâtirai mon Église (#Matthieu 16:18). 
 
 
   Même Ernest Renan qui fut d’abord séminariste puis philosophe et écrivain, reconnaît que l’Évangile de Matthieu est le livre le plus important de toute la chrétienté, voire même le plus important jamais écrit. C’est une affirmation étonnante de la part d’un grand septique et penseur rationaliste. Renan fit même scandale au Collège de France lors de sa leçon inaugurale d’hébreu parce qu’il parla du Christ comme d’un homme incomparable. 
   Matthieu écrivait pour le peuple juif, le sien, au milieu duquel il habitait et travaillait comme percepteur d’impôts. C’est ce qui ressort nettement de ses écrits. Ainsi, il fait 129 références à l’Ancien Testament ; il établit une généalogie remontant jusqu’à Abraham ; il utilise des termes juifs sans donner d’explication ; son style, ses tournures de phrases et sa manière de penser sont tout à fait hébraïques. Il est certain que celui qui a écrit l’Évangile de Matthieu était un Juif du premier siècle et qu’il l’a écrit avant la destruction de Jérusalem en l’an 70 de notre ère. En effet, il l’appelle la ville sainte (#Matthieu 4:5; 27:53), comme si elle existait toujours. Il cite des coutumes juives qui étaient encore pratiquées sans faire la moindre allusion à un quelconque événement qui les aurait interrompues. Il est donc probable qu’il rédigea son ouvrage entre les années 50 et 70 apr. J-C. 
 
   On constate que Matthieu connaissait bien les écrits de l’Ancien Testament et la géographie de la Palestine. C’est dans cet Évangile plus que partout ailleurs dans le Nouveau Testament que se trouvent le plus de termes financiers. Il utilise trois mots qui lui sont propres pour parler d’argent. Lui seul fait mention de talents, une somme très importante que peu de gens en Israël avaient vue à l’exception des percepteurs. Il parle des dettes financières, mais aussi de la comptabilité et des changeurs de monnaie, deux références qu’on ne trouve pas ailleurs, mais qui font partie du langage courant de ceux qui encaissaient les impôts. Pour ces raisons entre autres, on peut être sûr que c’est bien Matthieu le publicain qui est l’auteur de l’Évangile qui porte son nom et en tant que disciple de Jésus-Christ il était bien placé pour nous faire connaître le Sauveur et le Roi des cieux. 
 
   Les particularités de cet Évangile sont liées aux besoins du peuple juif du premier siècle qui grondait sous la botte sévère et cruelle des Romains. Les trois courtes années du ministère de Jésus-Christ avaient profondément perturbé la nation. Son exécution mit fin aux espoirs nourris depuis des siècles que Dieu avait enfin envoyé un libérateur politique. Les Juifs étaient divisés à son égard ; certains le proclamaient Sauveur, d’autres le dénonçaient comme imposteur. Tous s’interrogeaient sur l’Église, ce nouveau mouvement qui s’amplifiait et qui accueillait tout le monde, Juifs et païens. En annonçant le Sauveur et son enseignement, Matthieu répondait aux questions brûlantes que posaient ses concitoyens : Est-il réellement celui qui devait venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Dès la première phrase, Matthieu présente Jésus comme le Messie, celui qui est oint de Dieu, le Roi, le Fils de David tant attendu par son peuple. Le thème de la royauté de Jésus est le fil conducteur du livre et la généalogie du premier chapitre est donnée pour prouver sa légalité. Les mages viennent pour adorer celui qui est né Roi des Juifs. Matthieu applique au Christ une prophétie de l’Ancien Testament (#Michée 5:2) annonçant la naissance du grand Roi à Bethléhem. Sept fois, l’auteur appelle Jésus Fils de David. Par de nombreuses références au Christ et à son royaume, il affirme le caractère royal de la personne et de l’œuvre du Sauveur. Le royaume des cieux est proche (#Matthieu 3:2; 4:17; 10:7) est une expression propre à l’Évangile de Matthieu. Le royaume de Dieu est venu vers vous ou un synonyme apparaît 32 fois. Cet Évangile se termine avec la déclaration solennelle de Jésus : 
 
 
Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre (#Matthieu 28:18). 
 
   Pour commenter l’entrée dite triomphale du Christ à Jérusalem, Matthieu cite la prophétie de l’Ancien Testament qui est peut-être la plus éloquente sur sa royauté. Je la lis : 
 
 
Voici ton roi vient vers toi, il est juste et victorieux, humilié, monté sur un âne, sur un ânon, le petit d’une ânesse (#Zacharie 9:9). 
 
 
   Si ce roi a déçu les espoirs de plusieurs dont Judas, pour ce qui est d’une délivrance politique et violente de l’envahisseur romain, il offre par contre une espérance sans précédent, un royaume éternel et inaltérable, à tous ceux — Juifs et païens — qui sont prêts à le suivre. Bien que le mot royaume soit mentionné 51 fois dans l’Évangile de Matthieu, il ne faut pas le confondre avec l’Église, car ce ne sont pas des termes interchangeables. Ainsi, Paris est en France, mais contrairement à l’avis de certains, Paris n’est pas la France ; vous n’avez qu’à demander aux Strasbourgeois, aux Toulousains ou aux Nantais ce qu’ils en pensent. 
 
   L’Église fait partie du royaume, mais le royaume des cieux est bien plus grand, c’est le règne du ciel sur la terre. Les Juifs pieux qui attendaient l’avènement du Messie comprirent que le royaume des cieux que leur présentait Matthieu, embrassait la somme totale de toutes les prophéties de l’Ancien Testament concernant le Roi du ciel venu pour établir un royaume sur terre régi par les lois célestes. La royauté de Jésus-Christ et son règne sont les thèmes de cet Évangile, qui contient trois discours principaux sur ce sujet. Tout d’abord, le Sermon sur la Montagne qui est la charte constitutionnelle du Roi. Comme il existe une charte des droits de l’homme et du citoyen, dans cet exposé, Jésus présente les règles qui vont gérer son royaume lorsqu’il sera établi sur terre. 
 
   Le deuxième discours se compose d’une série de paraboles qui comparent le royaume de Dieu à divers activités, personnages ou éléments de la vie courante. 
 
   Le troisième est l’entretien sur le mont des Oliviers ; il annonce l’établissement du royaume des cieux sur la terre. Cette expression royaume des cieux a un sens de plus en plus fort au fur et à mesure que les enseignements du Christ se précisent. Ce mouvement est important, car il permet de comprendre la dynamique qui se joue entre les religieux opposés au Messie et le peuple qui, habitué à leur faire aveuglément confiance, se sent pris dans un conflit qu’il ne comprend pas. Si vous roulez tranquillement sur l’autoroute et que vous manquiez la bretelle de sortie que vous deviez prendre, vous serez coincé jusqu’à ce que vous puissiez faire demi-tour et retrouver votre chemin. 
  Pareillement, je peux me perdre en plein Évangile, parce que je n’ai pas remarqué que Jésus a modifié sa façon d’enseigner. Comme je l’ai déjà dit, l’Évangile de Matthieu est comparable à la Genèse, parce que chacun de ces deux livres introduit une certaine économie divine, une façon pour Dieu de gérer l’humanité. L’Ancienne Alliance est scellée avec la nation d’Israël alors que la Nouvelle concerne l’Église dont l’objectif est de faire connaître le Sauveur et le salut à toute créature. Ce n’est pas le meilleur, c’est le seul programme qui peut et va apporter une paix durable à notre monde. 
 
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Chapitre 1 
 
Introduction 
 
Lorsque je suis dans une librairie et que je feuillette des bouquins, j’en cherche un qui va retenir mon attention, dans lequel il se passe quelque chose. Alors si je prenais un livre qui raconte l’histoire d’un grand homme et que le premier paragraphe établit sa généalogie, j’en serais ébahi et le remettrais sur le rayon illico presto. Ce n’est pas comme ça qu’un auteur va vendre son livre. Et pourtant, si vous ouvrez la première page de l’Évangile de Matthieu, vous tombez tout de suite sur une longue liste de noms. 
 
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Verset 1 
 
C’est comme ça que débute le Nouveau Testament que je commence à lire. 
 
 
Voici la généalogie de Jésus-Christ, de la descendance de David et d’Abraham (#Matthieu 1:1). 
 
  Le mot Christ est la traduction de l’hébreu Messie et veut dire celui qui est oint, un vieux mot signifiant consacrer. Ce verset est la première parole de Dieu après 400 ans de silence et celui qui ouvre tout le Nouveau Testament. Au premier abord, et comme je l’ai déjà dit, on pourrait s’étonner de trouver une généalogie, car ces listes d’illustres inconnus deviennent rapidement rasoir. On s’en lasse très vite. C’est pourquoi se lancer dans la lecture du Nouveau Testament en commençant au tout début sans y être préparé, fait l’effet d’une douche froide. C’est presque du suicide littéraire. 
 
   Par contre, pour le lecteur averti comme pour les érudits, ce document est de la plus haute importance, car pour les Juifs pieux qui au début de notre ère attendaient la venue du Messie, la question de sa lignée, de son appartenance tribale, de qui il serait issu, était primordiale. Dans le livre de la Genèse, Moïse cite à plusieurs reprises des livrets de famille avec les noms de tous ceux qui ont marqué leur temps. Souvent, tout au long de l’Ancien Testament, les prophètes avaient annoncé que le Messie serait de la postérité d’Abraham et issu de la famille de David. Et à ce dernier, Dieu avait promis un descendant qui régnerait éternellement sur son trône avec justice et qui amènerait la paix. L’expression Fils de David est d’ailleurs un titre messianique. Au patriarche Abraham, l’Éternel avait garanti une postérité qui procurerait la bénédiction universelle. 
 
   Les Juifs se donnaient le nom de fils d’Abraham ;  or Jésus-Christ l’est par excellence, il est la descendance promise, la réalisation de tous les espoirs de ceux qui attendaient le Messie et c’est ce que Matthieu veut montrer. Les généalogies ont toujours été importantes pour les Juifs, car grâce à elles chacun pouvait établir avec certitude qui étaient ses ancêtres et faire valoir ses droits à un certain héritage. De retour au pays suite à leur déportation à Babylone, chaque Israélite devait prouver qu’il appartenait à l’une des tribus d’Israël. Le livre historique de l’Ancien Testament qui s’appelle Esdras est plein de noms propres avec la lignée de leurs ancêtres respectifs. C’est sûr que pour moi c’est barbant, mais pour ceux qui à l’époque voulaient prouver qu’ils étaient par exemple de la descendance des prêtres, ce travail fastidieux de recherche était vital, car s’ils réussissaient à justifier leur origine sacerdotale, ils étaient admis au service du temple avec toutes les responsabilités et privilèges que cela supposait. C’est aussi grâce aux généalogies que les fausses déclarations étaient mises en lumière comme le montre le passage suivant tiré du livre d’Esdras. Je lis : 
 
 
Ils recherchèrent leurs registres généalogiques, mais ne les trouvèrent pas. Ils furent donc disqualifiés pour l’exercice du sacerdoce (#Esdras 2:62). 
 
  De toute évidence, les filiations étaient soigneusement préservées par les instances dirigeantes du pays, probablement par les archivistes au service du temple parce qu’Israël était une théocratie, une nation où la religion et l’état ne font qu’un comme le Vatican. Avant la destruction de Jérusalem en l’an 70 de notre ère, ces généalogies étaient facilement accessibles au public et pouvaient être librement recopiées. Les ennemis du Christ y avaient donc accès comme tout le monde. 
 
   Il est donc probable qu’ils ne se privèrent pas d’aller consulter son état civil en détail et particulièrement son ascendance afin d’essayer de le piéger. Les adversaires de Jésus ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour compromettre son ministère. Ils ont produit des faux témoins, tordu le sens de son enseignement, menti effrontément, mais jamais ils n’ont mis en doute sa filiation. Cela prouve qu’elle était véridique et donc impossible à contester ouvertement ou à tronquer un tant soit peu. La généalogie du Messie le plaçait dans une situation unique de l’histoire et Jésus en était bien conscient. Aux religieux qui venaient le contredire, il a déclaré qu’il avait le droit de se poser comme le Berger d’Israël. Je cite ses paroles : 
 
 
Vraiment je vous l’assure : si quelqu’un n’entre pas par la porte dans l’enclos où l’on parque les brebis, mais qu’il escalade le mur à un autre endroit, c’est un voleur et un brigand. Celui qui entre par la porte est, lui, le berger des brebis (#Jean 10:1). 
 
 
   Cette bergerie c’est la nation d’Israël. Or le Christ ne vint pas en secret, il ne se trouva pas soudainement dans le feu des projecteurs parce qu’il avait sauté la barrière de l’enclos ou parce qu’il s’y était faufilé en douce. Absolument pas ! Il est entré par la grande porte, devant tout le monde, car il appartenait bel et bien à la fois à la lignée d’Abraham et à celle du roi David. C’est ce que Matthieu déclare d’emblée et dès le début en mettant bien l’accent sur la filiation du Christ. Jésus est l’accomplissement de tout ce qui avait été annoncé dans l’Ancien Testament depuis le début de la Genèse, ce qui est d’abord prouvé par sa filiation. Voilà pourquoi elle est tellement importante, et que Matthieu commence son Évangile par cette généalogie qui est peut-être barbante, mais nécessaire et même indispensable pour établir l’identité de Jésus. 
 
   La vraie foi en Jésus-Christ s’appuie sur du solide, sur des faits vérifiables et non sur du vent, des ouï-dire ou des légendes. Tous les chrétiens de tous les temps qui ont connu le martyre à cause de leur foi ont accepté le sacrifice ultime parce qu’ils savaient que leur allégeance au Christ reposait sur des fondations inébranlables et même éternelles. C’est pourquoi la crédibilité du Nouveau Testament dépend de l’exactitude de la généalogie établie par Matthieu. C’est elle qui prouve que Jésus appartient à la lignée de David ce qui lui donnait légalement le droit au trône. 
  Le document que nous donne Matthieu établit donc l’état civil du Christ et prouve sa légitimité en tant que Le Messie promis. Cette généalogie prouve aussi que Dieu s’est montré fidèle à la parole qu’il avait donnée à Abraham et à David, bien que ceux-ci soient morts sans avoir vu la réalisation des prophéties concernant leur postérité. En effet, des siècles se sont écoulés avant que le Fils de Dieu ne devienne un homme accomplissant ainsi ce que l’Éternel avait promis. Même si de mon point de vue je trouve que Dieu tarde à accomplir certaines promesses pour des raisons qui lui sont propres et qu’il ne révèle pas, je peux néanmoins être certain qu’éventuellement tout ce qu’Il a dit se réalisera. 
 
   L’expression Voici généalogie de Jésus-Christ est une phrase qui est propre à Matthieu. Elle n’apparaît nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament ni dans l’Ancien, sauf au 5e chapitre de la Genèse où il est écrit : Voici la généalogie d’Adam. Matthieu veut par là faire un rapprochement entre Adam et Jésus-Christ. En effet, il n’y a finalement que deux généalogies distinctes dans les Textes Sacrés, celle du premier homme, et celle du nouvel homme, le Fils de Dieu descendu du ciel et venu sur terre pour réparer les dégâts causés par Adam. Nous entrons tous dans la filiation humaine, celle du premier homme par la naissance physique. On ne nous demande pas notre avis et on n’a rien à faire. Nous sortons tous pareillement de cette famille humaine, par la mort. 
 
   Dans le chapitre 5 de la Genèse qui concerne la généalogie d’Adam, la même litanie déprimante est sans cesse répétée : un tel vécut tant d’années puis il mourut. C’est d’ailleurs pourquoi ce passage a été appelé le livre des morts. Mais à côté de la généalogie d’Adam, il existe une lignée spirituelle de Jésus-Christ dans laquelle on entre non par une procréation naturelle, mais par une naissance d’un type très particulier. Au début de son Évangile, l’apôtre Jean y fait référence lorsqu’il rapporte l’entretien d’un prêtre venu voir Jésus de nuit et en secret. C’est en fait le Christ lui-même qui explique à ce religieux cette réalité spirituelle lorsqu’il lui dit : 
 
 
Vraiment je te l’assure : à moins de renaître d’en haut ou naître de nouveau, nul ne peut voir le royaume de Dieu (#Jean 3:3). 
 
 
   On entre dans cette famille spirituelle en mettant sa confiance dans la personne du Christ. Tous ceux qui depuis l’aube de l’humanité sont nés d’en haut et de nouveau sont inscrits dans une généalogie qui est céleste et éternelle. Ce registre de naissances s’appelle le Livre de vie de l’Agneau. 
   Matthieu introduit tout d’abord le Christ comme fils de David et ensuite fils d’Abraham. Le Messie et futur roi d’Israël devait absolument faire partie de la lignée de David afin de satisfaire les prophéties faites à son sujet qui annonçaient qu’il établirait le royaume des cieux sur la terre. En second lieu, le Messie répond aussi à l’appellation de fils d’Abraham, mais dans un sens tout à fait différent des Juifs qui se réclamaient haut et fort et avec fierté de la descendance de leur ancêtre fondateur. L’Éternel avait promis à Abraham et je le cite : 
 
 
Toutes les nations de la terre seront bénies en ton héritier (#Genèse 22:18). 
 
 
   L’apôtre Paul commentant ce passage explique dans une de ses lettres ce que cette promesse veut dire. Je le cite : 
 
 
Il n’est pas dit : « à ses héritiers » comme s’il s’agissait de plusieurs bénéficiaires. Le terme est bien au singulier : « et à ton héritier » et cela ne peut se rapporter qu’à un seul : à Christ (#Galates 3:16). 
 
 
   L’apôtre prend beaucoup de peine à établir que le Christ est le seul qui puisse répondre à cette prophétie. Paul ne s’amuse pas à couper les cheveux en quatre comme aimaient à le faire les scribes lorsqu’ils interprétaient la Loi de Moïse, sa démonstration est de la plus haute importance. La promesse de Dieu à Abraham concerne une personne bien précise : le Christ qui est le Messie promis. Voilà ce que Matthieu veut dire lorsqu’il affirme que Jésus-Christ est fils d’Abraham. La généalogie qui suit et que je vais brièvement parcourir commence avec Abraham, l’ancêtre fondateur de la nation d’Israël et descend jusqu’au Christ en passant par le roi David et Joseph l’époux légal de la vierge Marie. 
 
   Je vous fais grâce de la plupart des noms de la longue liste que nous donne Matthieu. Je vais seulement m’attarder sur certains d’entre eux. Ce registre de noms est exceptionnel du fait de la présence inattendue de 5 femmes. Habituellement, elles ne sont jamais mentionnées dans les filiations bibliques. Pendant très longtemps lors d’un mariage, Madame prenait systématiquement le nom de son mari. C’est encore la coutume la plus répandue bien qu’il soit dorénavant possible pour chacun des époux de garder le nom de sa famille d’origine, d’y ajouter celui de son conjoint ou même pour le mari d’adopter le nom de son épouse. Matthieu fait donc une entorse aux us et coutumes de l’époque. Non seulement des femmes font partie de la généalogie du Christ, mais 4 d’entre elles étaient d’origine païenne, ne faisaient pas partie de la descendance d’Abraham. Pourtant dans la Loi de Moïse, Dieu déclare que son peuple ne devait pas contracter de mariages mixtes avec des femmes non israélites. 
   Abraham déjà avait reçu l’ordre de l’Éternel d’aller chercher une épouse pour son fils Isaac dans sa famille d’origine. Isaac fit de même pour son propre fils Jacob même si c’était plus par la force des choses que par conviction. Cette discrimination avait pour objectif de préserver le peuple élu de l’influence des religions idolâtres qui étaient pratiquées dans tout le Proche-Orient ancien, et ainsi préserver une lignée religieusement et moralement pure d’où éventuellement naîtrait le Sauveur du monde. Alors comment se fait-il que Dieu ait permis à deux femmes cananéennes, une Moabite et une qui était probablement Hittite d’entrer dans la généalogie du Christ ? Le mystère s’épaissit quand on découvre que l’origine païenne de ces femmes n’est pas la seule anomalie. En effet, 2 d’entre elles ont eu soit un comportement pour le moins discutable, soit des mœurs dirions-nous, légères. 
 
   La première qui est citée par Matthieu s’appelle Tamar et son histoire saugrenue est racontée dans le chapitre 38 de la Genèse. Elle avait eu pour maris les deux premiers-nés de Juda, l’ancêtre fondateur de la plus puissante des 12 tribus d’Israël. Tamar devenue veuve, son beau-père lui a menti en promettant de lui donner son troisième fils en mariage. Alors, déterminée à obtenir coûte que coûte une descendance pour son mari défunt, Tamar décide de piéger Juda. Pour ce faire, elle se déguise en prostituée sacrée et se place sur la route de son beau-père. Elle l’aguiche tant et si bien qu’il tombe dans ses bras. Tout marche comme sur des roulettes. Elle se retrouve enceinte et donne naissance à un fils qu’elle appelle Péretz et qui figure dans la généalogie de Matthieu. 
 
   La seconde de ces femmes se nomme Rahab et son histoire se trouve dans le livre de Josué, l’aide de camp de Moïse qui dirigea la conquête de la Palestine. Aubergiste et prostituée de profession, elle exerçait tranquillement dans la ville de Jéricho jusqu’au jour où des espions israélites débarquèrent chez elle. Elle choisit alors de les héberger, de les cacher et de les aider à reprendre le large une fois leur mission accomplie parce qu’elle croyait que l’Éternel, le Dieu des Hébreux était le seul vrai Dieu. Le Nouveau Testament passe sous silence ses petites vertus, mais rend hommage à sa foi en ces termes : 
 
 
C’est à cause de sa foi que Rahab la prostituée accueillit avec bienveillance les espions israélites et que, par la suite, elle ne périt pas avec les rebelles (#Hébreux 11:31). 
 
 
   Éventuellement, elle s’intégra au peuple d’Israël, se maria et donna naissance à un fils qui figure lui aussi dans la généalogie du Christ. 
   Ruth la troisième de ces femmes a donné son nom à un des livres de l’Ancien Testament. C’est une personne avec beaucoup de charme et qui contrairement aux deux précédentes n’a commis aucun acte répréhensible. Elle était descendante de Moab, un enfant incestueux dont l’histoire sordide est racontée dans le livre de la Genèse. Or, la Loi de Moïse stipulait qu’il était interdit à quelqu’un de cette lignée de faire partie du peuple d’Israël à cause de la guerre que les Moabites avaient menée contre les Hébreux après leur sortie d’Égypte. Néanmoins, un Israélite immigré dans le pays de Moab la prit pour épouse, mais il mourut. C’est alors que Ruth choisit l’Éternel comme son Dieu et prit soin de sa belle-mère devenue veuve elle aussi. Toutes deux, complètement démunies, retournèrent en Israël et là, un dénommé Boaz, un parent éloigné riche et influent prit Ruth sous sa protection parce qu’il vit qu’elle était une femme de distinction. C’est alors que pleine de reconnaissance elle a dit : 
 
 
Elle tomba sur sa face et se prosterna contre terre, et elle lui dit : Comment ai-je trouvé grâce à tes yeux, pour que tu t’intéresses à moi, à moi qui suis une étrangère ? (#Ruth 2:10). 
 
 
   La suite est une belle histoire d’amour qui ferait un bon film qu’il faudrait sortir pour la St-Valentin. Bref, Boaz eut le coup de foudre, l’épousa et elle donna naissance à un fils dont le nom figure dans la filiation du Christ. C’est ainsi que Ruth devint l’arrière-grand-mère du roi David. 
 
   La quatrième de ces femmes se nomme Bath-Chéba, mais dans la généalogie elle est appelée : la femme d’Urie le Hittite parce qu’elle trempe dans une sombre affaire de mœurs, d’adultère et de meurtre sans pour autant qu’elle en soit directement responsable. C’est le fameux grand roi David qui un jour l’a vu prendre un bain et en a eu plein les yeux, littéralement. Il a ordonné qu’on la lui apporte ; eh bien oui quoi, il était roi. Ça me rappelle un droit seigneurial du Moyen-Âge qui s’appelait le cuissage. On apprend ça sur les bancs de l’école. Quoi qu’il en soit, le roi David l’a mise enceinte illico presto et ensuite s’est arrangé pour que son mari meure au combat. Ça ferait un très mauvais roman à l’eau de rose. Je n’invente rien, cette histoire sordide fait vraiment partie des textes Sacrés qui n’essaient jamais d’arrondir les angles, mais disent la vérité, toute la vérité. 
 
   Quand à l’école il faut apprendre les noms de personnages qu’on nous dit être célèbres, c’est rasoir à mourir, une vraie galère. Pourtant, ces gens sont importants dans la mesure où ils ont littéralement fait l’histoire et en sont les points d’ancrage. Sans eux, les récits n’auraient pas de corps. C’est exactement la même chose en ce qui concerne les généalogies contenues dans les Textes Sacrés ; elles sont barbantes au possible, mais elles structurent toute l’histoire sainte. Matthieu commence son Évangile avec la filiation du Christ qui remonte jusqu’à Abraham l’ancêtre fondateur des Israélites. 
  Ce qui est curieux pour l’époque est que Matthieu a inclus 5 femmes dont 3 trempent dans des histoires sordides. La 4e, Bath-Chéba femme d’Urie le Hittite, fut doublement dérobée par le roi David, d’abord à l’un des ses officiers et ensuite pour la mettre dans son lit. Plus tard, le roi fit disparaître le mari gênant. Mais David ne s’en est pas tiré à bon compte, car il lui a fallu subir le jugement de Dieu et récolter les fruits amers de ses fautes. Il ne fut cependant pas rejeté comme il le méritait. 
 
   Suite à cette affaire, il se repentit amèrement, ce qu’il mit par écrit dans plusieurs psaumes. Il expérimenta alors le pardon et la grâce de Dieu, ce qui est un réconfort pour chacun d’entre nous. En effet, une brebis peut sortir du bercail et s’égarer, mais le Grand Berger cherche les brebis perdues et tente de les ramener à la bergerie. Ainsi, si l’Éternel a sévèrement puni le roi David, c’était pour le ramener dans le droit chemin. David prit Bath-Chéba pour femme et elle lui enfanta un fils qui techniquement est adultérin, mais qui devint quand même le grand roi Salomon. C’est lui qui conduisit la nation d’Israël à son apogée. Et c’est ainsi que dans la filiation du Christ figurent Bath-Chéba et son fils Salomon. 
 
   À côté des femmes qui sont les maîtresses de récits sordides, la généalogie de Matthieu comprend aussi un certain nombre d’hommes qui mériteraient plutôt le pénitencier que de figurer parmi les ancêtres du Christ. On peut se demander pourquoi, dès le début du Nouveau Testament, Dieu met devant nos yeux des noms de personnages — tant hommes que femmes — qui évoquent les fautes les plus graves. Sans doute que le Seigneur du ciel et de la terre veut attirer notre attention sur le fait que de la femme aux petites vertus jusqu’aux grands rois en passant par les hommes les plus pieux, nous sommes tous pervertis, entachés de vices divers et même coupables de crimes de sang. 
 
   Dieu n’a pas choisi le peuple d’Israël comme famille ancestrale du Messie à cause de sa religiosité ou de sa bonne conduite, loin de là, mais parce qu’il l’a décidé selon le conseil de sa seule volonté, un point c’est tout. C’est un choix qui de notre point de vue infiniment dérisoire peut sembler bien arbitraire et pourtant Dieu n’est ni capricieux ni sentimental. Il agit en fonction de critères qui ne nous sont pas révélés. L’apôtre Paul explique la souveraineté de Dieu dans ses choix dans une de ses Épîtres où il parle des petits-fils d’Abraham qui naquirent de Rébecca la femme de son fils Isaac. Je lis le passage : 
 
 
Rébecca, ses enfants avaient un seul et même père : notre ancêtre Isaac. Avant leur naissance, par conséquent avant qu’ils n’aient fait ni bien ni mal, et pour bien prouver que Dieu avait déjà fixé son plan et que tout dépend, non du comportement des hommes, ni de leurs mérites, mais du libre choix de Dieu, il fut dit à Rébecca : L’aîné servira le cadet ce qui s’accorde avec cet autre texte de l’Écriture : j’ai préféré Jacob à Ésaü ! (#Romains 9:10-13). 
 
   Le fait que l’Éternel ait choisi des femmes étrangères et de petites vertus dans la généalogie du Christ prouve bien qu’il est le Seigneur du ciel et de la terre y compris tous les êtres humains. Cela nous rappelle que depuis la nuit des temps les non-juifs font aussi partie du plan de Dieu. En incluant ces 5 femmes aux vies marginales, Matthieu, et derrière lui le Saint-Esprit qui est l’auteur de cet Évangile, répond à de possibles rumeurs qui peut-être circulaient concernant les circonstances inhabituelles de la naissance de Jésus. Matthieu prouve ainsi que d’une part le Christ n’est aucunement un enfant illégitime, et d’autre part un certain nombre de ses ancêtres, dont des rois, trempaient dans des situations moralement répréhensibles. Malgré cela, l’Éternel a agi en leur faveur, car c’est pour sauver des pécheurs qu’Il a envoyé son Fils. Si Dieu a montré sa grâce et sa faveur envers des païens et des coupables avant la venue du Christ, il agira de même envers ceux qui viendront après Lui. Jésus lui-même a dit à ceux de sa génération : 
 
 
Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs (#Matthieu 9:13). 
 
 
   Mis à part les femmes mentionnées dans la généalogie du Christ, il y a un personnage qui mérite l’attention, car il est sujet de controverses. Dans la liste des ancêtres du Messie, figure un certain Jéconia. Or de la bouche même du prophète Jérémie, l’Éternel l’avait maudit en déclarant : 
 
 
Quand Jéconia, roi de Juda, serait un anneau à ma main droite, je t’arracherais de là. 
 
 
   Cette parole revêt encore plus de force lorsqu’on songe que cet anneau portait le cachet qui servait à sceller les ordres royaux ; on ne s’en séparait jamais. Je continue à lire ce passage. 
 
 
Ainsi parle l’Éternel : Inscrivez cet homme Jéconia comme privé d’enfants sur le trône, car nul de ses descendants ne réussira à s’asseoir sur le trône de David (#Jérémie 22:24, 30). 
 
  David a eu plusieurs garçons et, par eux, de nombreux descendants. En théorie, tous possèdent un droit légal au trône. En haut de l’échelle, les deux fils de David qui nous intéressent sont Salomon et Nathan et en bas de l’échelle ce sont Joseph et Marie qui font partie de leur lignée respective. Les descendants de Jéconia, maudits par Dieu, conservent le droit légal au trône tout simplement parce qu’ils sont descendants de David par son fils Salomon. Cependant, aucun d’entre eux ne le possédera. Or Joseph appartenait à cette filiation privée du droit physique au trône. À cause de son ancêtre Jéconia, Dieu n’aurait pas permis que l’époux de Marie devienne roi, même si Israël avait été une nation libre. Qu’à cela ne tienne, comme le Christ est né miraculeusement conçu par l’entremise du Saint-Esprit et non de Joseph, cette malédiction prophétique ne le concerne pas. 
 
   Jésus fait partie de deux lignées royales de David, l’une par Marie et l’autre par Joseph, son père adoptif. Si ce dernier n’est qu’un pauvre charpentier en Galilée plutôt que résidant d’un palais, c’est à cause de l’idolâtrie maladive d’Israël. D’une part, il y a cette malédiction spécifique dont je viens de parler qui pèse sur Joseph, et d’autre part l’Éternel punissait son peuple en le plaçant sous la domination de puissances étrangères se succédant presque sans interruption depuis 600 ans. L’héritage de Joseph avait donc perdu toute signification. 
 
   Luc dans son Évangile donne d’autres détails concernant la naissance du Christ. Tout comme Matthieu, il affirme que Jésus naquit d’une vierge et que par conséquent Joseph ne l’avait pas engendré. Donc, Marie ne fut pas infidèle à son mari et le Christ n’est pas un enfant illégitime. Son père est Dieu lui-même et personne d’autre. Luc donne aussi la filiation de Jésus-Christ, mais en passant par Marie et en remontant jusqu’à David, mais par Nathan, un autre de ses fils et non par Salomon ancêtre de Joseph. C’est un peu compliqué, j’en conviens, mais cela souligne l’importance considérable que revêtent les généalogies, et pourquoi elles valent la peine d’être étudiées même si elles sont barbantes. 
 
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