JOUR 35 DE 130 : NOUVEAU TESTAMENT

16/09/2018 00:55

JOUR 35 DE 130 : NOUVEAU TESTAMENT

 

JEAN 1 ET 2

 

JEAN 1 * 1 à 51

 

1 ¶  Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

Au commencement. Au contraire de #1Jn 1:1 (où Jean utilise une tournure similaire, « dès le commencement », pour désigner le point de départ du ministère de Jésus et de la prédication de l’Évangile), cette expression fait pendant à #Ge 1:1. Jean l’utilise dans un sens absolu, pour évoquer le commencement de l’univers matériel spatio-temporel.

était. Ce verbe souligne la préexistence éternelle de la Parole, c’est-à-dire Jésus-Christ. Avant que l’univers soit créé, la deuxième personne de la Trinité existait déjà : elle était de toute éternité (cf. #Jn 8:58). Ce verbe est utilisé en opposition avec le verbe « faire » du v. 3 qui, lui, signale un commencement temporel. Puisque le thème de Jean consiste à montrer que Jésus-Christ est le Dieu éternel, la deuxième personne de la Trinité, il n’a pas jugé bon d’inclure une généalogie, au contraire de Matthieu et Luc. Si l’on considère l’homme Jésus, il a évidemment une généalogie, mais si l’on considère le Dieu Jésus, il ne peut, par définition, en avoir.

la Parole. Jean a emprunté le terme « Parole » non seulement à l’A.T. mais aussi à la philosophie grecque, pour laquelle ce terme, totalement impersonnel, désignait le principe rationnel de la raison divine, l’esprit ou même la sagesse. Jean, quant à lui, lui donne le sens qu’il a dans l’A.T. et pour les chrétiens (p. ex. #Ge 1:3, où la parole de Dieu engendre l’univers; #Ps 33:6 ; #Ps 107:20 ; #Pr 8:27, où elle constitue l’expression toute-puissante de Dieu dans la création, sa sagesse, sa révélation et son salut), en désignant par lui une personne, c’est-à-dire Jésus-Christ. Il serait donc faux de prétendre que le seul arrière-plan culturel connu de Jean soit la philosophie grecque. L’utilisation par Jean de ce terme fait partie de sa stratégie pour atteindre non seulement les Juifs mais aussi les Grecs non sauvés : ce concept était familier aux deux groupes.

la Parole était avec Dieu. La Parole, la deuxième personne de la Trinité, était en intime communion avec Dieu le Père de toute éternité. Or, bien que jouissant des splendeurs du paradis et de l’éternité avec le Père (#Esa 6:1-13 ; cf. #Jn 12: 41 ; #Jn 17: 5), Jésus abandonna volontairement ses privilèges célestes pour prendre la forme d’un homme et se soumettre à la mort sur une croix.

était Dieu. La construction grecque souligne que la Parole possédait l’essence et les attributs de la divinité, c’est-à-dire que Jésus le Messie était, lui aussi, Dieu (cf. #Col 2:9). Même pendant son incarnation où il se dépouilla lui-même, il ne cessa jamais d’être Dieu mais prit sur lui la vraie nature humaine et donc un corps matériel ; il s’abstint volontairement de se servir de façon indépendante de ses attributs divins.

1:1-18 Ces vv. constituent un prologue qui introduit bien des thèmes majeurs que Jean va traiter, surtout le thème principal: « Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (vv. #Jn 1:12-14, #Jn 1:18 ; cf. #Jn 20: 31). Plusieurs mots clés récurrents dans tout l’Évangile (p. ex. vie, lumière, témoignage et gloire) apparaissent ici. Le reste de cet Évangile développe le thème du prologue : comment Jésus, le Messie et le Fils de Dieu, la « Parole » éternelle de Dieu, s’est fait chair et a accompli son ministère parmi les hommes pour que tous ceux qui croient en lui soient sauvés. Bien que Jean ait écrit ce texte en employant le vocabulaire le plus simple du N.T., les vérités qui y sont contenues font partie des plus profondes. Dans ce prologue figurent six vérités de base sur Christ en tant que Fils de Dieu :

1° le Christ éternel (vv. #Jn 1:1-3);

2° le Christ incarné (vv. #Jn 1:4-5);

3° le précurseur de Christ (vv. #Jn 1:6-8);

4° le Christ ignoré (vv. #Jn 1:9-11);

5° le Christ tout-puissant (vv. #Jn 1:12-13);

6° le Christ glorieux (vv. #Jn 1:14-18).

 

2  Elle était au commencement avec Dieu.

 

3  Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.

Toutes choses ont été faites par elle. Jésus-Christ fut l’agent de Dieu le Père, et il participa autant que ce dernier à la création de l’univers (#Col 1:16-17 ; #Hé 1:2).

 

4  En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

1:4-5

vie …  lumière. Jean introduit ici les lecteurs aux oppositions récurrentes à travers son Évangile. « Vie » et « lumière » constituent des qualités de la Parole qui sont communes non seulement aux personnes de la Trinité mais aussi à ceux qui répondent au message de l’Évangile à propos de Jésus-Christ (#Jn 8:12 ; #Jn 9:5 ; #Jn 10:28 ; #Jn 11:25 ; #Jn 14: 6). Jean utilise 36 fois le mot « vie » dans son Évangile, beaucoup plus que les autres livres du N.T. Cela ne renvoie pas seulement dans un sens large à la vie temporelle et physique que le Fils, par son engagement en tant qu’agent de la création, a donnée au monde créé (v. #Jn 1:3), mais tout spécialement à la vie éternelle et spirituelle qui est communiquée gracieusement à ceux qui croient en lui (#Jn 3:15 ; #Jn 17: 3 ; #Ep 2:5). Dans les Écritures, « lumière » et « ténèbres » sont des symboles familiers. D’un point de vue intellectuel, la « lumière » évoque la vérité biblique, alors que les « ténèbres » renvoient à l’erreur et à la fausseté (cf. #Ps 119:105 ; #Pr 6:23). D’un point de vue moral, la « lumière » évoque la sainteté et la pureté (#1Jn 1:5) alors que les « ténèbres » évoquent le péché et les mauvaises actions (#Jn 3:19 ; #Jn 12:35, #Jn 12:46 ; #Ro 13:11-14 ; #1Th 5:4-7 ; #1Jn 1:6 ; #1Jn 2:8-11). « Ténèbres » a une signification spéciale quand ce terme a trait à Satan et à ses cohortes démoniaques qui règnent sur le monde présent, dans les ténèbres spirituelles (#1Jn 5:19). Il est en effet « le prince de la puissance de l’air », qui s’efforce de semer obscurité spirituelle et rébellion contre Dieu (#Ep 2:2). Jean emploie le mot « ténèbres » 14 fois (8 fois dans l’Évangile et 6 fois dans 1 Jn). Comme il n’existe que 17 occurrences de ce mot dans tout le N.T., c’est donc un terme qui lui est presque exclusif. Chez lui, « lumière » et « vie » ont un sens particulier en rapport avec le Seigneur Jésus-Christ, la Parole faite chair (v. #Jn 1:9 ; #Jn 9:5 ; #1Jn 1:5-7 ; #1Jn 5:12, #1Jn 5:20).

 

5 ¶  La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.

reçue. Une meilleure traduction de ce terme dans ce contexte est « surmontée ». Les ténèbres ne peuvent vaincre ni conquérir la lumière. Tout comme il suffit d’un petit lumignon pour éclairer toute une pièce, les puissances de ténèbres peuvent être vaincues par le Fils, au moyen de sa mort sur la croix (cf. #Jn 19: 11a).

 

6  Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean.

envoyé de Dieu. Jean était le précurseur de Christ, et il devait donc témoigner de lui comme Messie et Fils de Dieu. Avec le ministère de Jean prirent fin les « 400 années de silence » entre la fin de l’A.T. et le début du N.T., au cours desquelles Dieu n’avait donné aucune révélation.

Jean. Le nom de « Jean », dans cet Évangile, désigne toujours Jean-Baptiste, jamais l’apôtre Jean. L’auteur le nomme « Jean » sans préciser « Baptiste », contrairement aux autres (#Mt 3:1 ; #Mr 6:14 ; #Lu 7:20). En outre, l’apôtre Jean (fils de Zébédée) n’est jamais directement désigné dans cet Évangile, même s’il était l’un des trois intimes de Jésus (#Mt 17: 1). Une telle discrétion tend fortement à prouver que l’apôtre Jean est bien l’auteur de l’Évangile qui porte son nom, et que ses lecteurs le savaient eux aussi. Pour plus de détails sur Jean-Baptiste, cf. #Mt 3:1-6 ; #Mr 1:2-6 ; #Lu 1:5-25, #Lu 1:57-80.

 

7  Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.

témoin …  rendre témoignage. Ces termes reçoivent une attention particulière dans cet Évangile; cela reflète le langage juridique de l’A.T., où la vérité apparaissait sur la base du témoignage de plusieurs (#Jn 8:17-18 ; cf. #De 17: 6 ; #De 19: 15); Jean-Baptiste ne fut pas le seul à témoigner de Jésus comme Messie et comme Fils de Dieu (vv. #Jn 1:19 ; #Jn 3:27-30 ; #Jn 5:33-35), car il y eut aussi d’autres témoins:

1° la femme samaritaine (#Jn 4:29);

2° les œuvres de Jésus (#Jn 10:25);

3° le Père (#Jn 5:32-37);

4° l’A.T. (#Jn 5:39-40);

5° les foules (#Jn 12:17);

6° le Saint-Esprit (#Jn 15:26-27).

afin que tous croient par lui. « Lui » désigne non pas Christ mais Jean en tant que porteur du témoignage de Christ. Le but de son témoignage était de produire la foi en Jésus-Christ le Sauveur du monde.

 

8  Il n’était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.

Il n’était pas la lumière. Alors que Jean-Baptiste était l’agent de la foi, Jésus-Christ en est l’objet. La personne et le ministère de Jean furent d’une importance cruciale (#Mt 11:11); il ne fut cependant que le prédécesseur qui annonça la venue du Messie. Bien des années après le ministère et la mort de Jean, certains n’avaient toujours pas compris que son ministère n’était que subordonné à celui de Jésus (#Ac 19:1-3).

 

9  Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.

la véritable lumière …  venant dans le monde. Souligne l’incarnation de Jésus-Christ (v. #Jn 1:14 ; #Jn 3:16). Les mots « venant dans le monde » peuvent être, mais c’est moins probable, rattachés grammaticalement à « tout homme » au lieu de « lumière », ce qui se traduirait « la véritable lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde ».

éclaire tout homme. A travers la puissance souveraine de Dieu, tout homme reçoit assez de lumière pour être tenu pour responsable. Dieu a planté sa connaissance en tout homme, au travers d’une révélation générale dans la création et dans chaque conscience. Cette révélation offerte à tous ne produit cependant pas le salut : soit elle conduit à recevoir toute la lumière de Jésus-Christ, soit elle a pour conséquence la condamnation de ceux qui rejettent une telle « lumière ». La venue de Jésus-Christ était l’accomplissement et l’incarnation de la lumière que Dieu avait placée dans le cœur de chaque homme.

le monde. Le sens de base du mot grec est « ornement », « parure » (cf. #1Pi 3:3). Le N.T. l’utilise au total 185 fois, et Jean avait une prédilection pour ce mot puisqu’il l’utilise à lui seul 78 fois dans son Évangile, 24 fois dans ses épîtres et 3 fois dans l’Apocalypse. Il lui donne plusieurs nuances :

1° l’univers physique créé par Dieu (v. #Jn 1:9 ; cf. #Jn 21:24-25);

2° l’humanité en général (#Jn 3:16 ; #Jn 6:33, #Jn 6:51 ; #Jn 12: 19);

3° le système invisible du mal dominé par Satan et tout ce qu’il offre pour s’opposer à Dieu, sa Parole et son peuple (#Jn 3:19 ; #Jn 4:42 ; #Jn 7:7 ; #Jn 14: 17, #Jn 14: 22, #Jn 14: 27, #Jn 14: 30 ; #Jn 15:18-19 ; #Jn 16: 8, #Jn 16: 20, #Jn 16: 33 ; #Jn 17: 6, #Jn 17: 9, #Jn 17: 14 ; cf. #1Co 1:21 ; #2P 1:4 ; #1Jn 5:19).

Ce dernier concept est le nouvel emploi qui est, de façon significative, fait de ce mot dans le N.T. et qui prédomine chez Jean. Ainsi, la plupart des fois où Jean utilise ce terme, c’est dans un sens résolument négatif.

 

10  Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue.

 

11  Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue.

les siens …  les siens. La première acception de « les siens » renvoie probablement au monde de l’humanité en général, alors que la deuxième suggère la nation juive. Le monde appartient à la Parole puisqu’elle en est créatrice, mais il ne l’a pas reconnue, du fait de son aveuglement spirituel (cf. aussi le v. 10). Jean utilisa la deuxième occurrence de ce mot dans son sens plus étroit pour désigner la filiation biologique de Jésus, donc les Juifs. Alors qu’ils possédaient les Écritures qui attestaient de son existence et de sa venue, ils se sont obstinés à le rejeter (#Esa 65:2-3 ; #Jér 7:25-26). Ce thème du rejet par les Juifs du Messie promis reçoit une attention toute particulière de la part de Jean dans son Évangile (#Jn 12:37-41).

 

12  Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu,

à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient. La seconde expression précise le sens de la première. Recevoir celui qui est la Parole de Dieu signifie accepter pour vrai ce qu’il affirme sur lui-même, croire en lui et donc lui prêter allégeance.

son nom. Dénote le caractère de la personne elle-même.

donné. Ce terme souligne que le don du salut est exclusivement un effet de la grâce de Dieu (cf. #Ep 2:8-10).

le pouvoir. Ceux qui reçoivent Jésus, la Parole, reçoivent l’autorité pleine et entière pour se prétendre les « enfants de Dieu ».

1:12-13 Ces vv. font contraste avec les vv. #Jn 1:10-11. Jean adoucit l’amertume que provoque la notion de rejet du Messie en mentionnant un reste de croyants. Cela annonce la structure du reste du livre, puisque les douze premiers ch. focalisent sur le rejet de Christ, tandis que les ch. #Jn 13:1-21:2 se concentrent sur ceux qui l’ont reçu.

 

13  (1-12) lesquels sont nés, (1-13) non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu.

de Dieu. Le côté divin du salut : au final, ce n’est pas la volonté de l’homme qui produit le salut, mais celle de Dieu (cf. #Jn 3:6-8 ; #Tit 3:5 ; #1Jn 2:29).

 

14  Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.

la Parole a été faite chair. Alors que Christ, en tant que Dieu, n’a pas été créé et demeure éternel, le verbe « a été faite » souligne le processus par lequel il a endossé la nature humaine (cf. #Hé 1:1-3 ; #Hé 2:14-18). Cette vérité est très clairement la plus importante, car elle indique que l’infini a accepté de devenir fini ; l’Éternel s’est conformé au temps ; l’invisible est devenu visible ; celui qui est surnaturel s’est abaissé au naturel. Dans son incarnation, en revanche, la Parole n’a jamais cessé d’être Dieu mais elle a été faite Dieu dans une chair humaine, c’est-à-dire que sa divinité n’a pas été amoindrie en prenant forme humaine (#1Ti 3:16).

a habité. Signifie « édifier un temple » ou « habiter dans une tente ». Ce terme renvoie au tabernacle de l’A.T. où Dieu rencontra Israël avant la construction du temple (#Ex 25:8). On l’appelait « tente d’assignation » (#Ex 33:7 ; « tente du témoignage » LXX), et le Seigneur y parla à Moïse face à face, comme un homme à un ami » (#Ex 33:11). Dans le N.T., par contre, Dieu choisit d’habiter parmi les hommes de façon beaucoup plus personnelle, en devenant l’un d’eux. Dans l’A.T., une fois le tabernacle terminé, la présence de Dieu remplit toute la structure (#Ex 40:34 ; cf. #1R 8:10). Quand la Parole devint chair, la glorieuse présence de la divinité fut incarnée en elle (cf. #Col 2:9).

pleine de grâce et de vérité. Jean avait probablement #Ex 33:1-34:2 à l’esprit. A cette occasion, Moïse demanda à Dieu de lui manifester sa gloire. Le Seigneur répondit à Moïse qu’il ferait passer devant ses yeux toute sa « bonté », et quand il passa devant lui, il se présenta comme un Dieu plein de compassion, de miséricorde, de patience, de bonté et de fidélité (#Ex 33:18-19 ; #Ex 34:5-7). Ces attributs de la gloire de Dieu soulignent sa bonté, en particulier en rapport avec le salut. Jésus, en tant que « l’Éternel » de l’A.T. (#Jn 8:58: je suis), manifesta les mêmes attributs divins quand il établit son tabernacle parmi les hommes à l’époque du N.T. (#Col 2:9).

et nous avons contemplé sa gloire. Sa divinité fut certes voilée en prenant forme humaine, mais les Évangiles révèlent, comme par des éclairs, des aperçus de sa divine majesté. Les disciples eurent un aperçu de sa divinité sur la montagne de la transfiguration (#Mt 17:1-8). La référence à la gloire de Christ, cependant, n’était pas seulement visible mais aussi spirituelle : ils le virent faire la preuve de ses attributs divins ou des caractéristiques de Dieu (grâce, bonté, miséricorde, sagesse, vérité, etc.; cf. #Ex 33:18-23).

gloire comme …  du Père. Jésus était le Fils unique de Dieu, et il démontra la même gloire que son Père. Par essence, ils ont la même nature (cf. #Jn 5:17-30 ; #Jn 8:19 ; #Jn 10:30). L’expression « Fils unique » est une traduction peu exacte, car ce mot ne dérive pas du verbe « engendrer » mais évoque plutôt l’idée qu’il était « le seul bien-aimé du Père ». Cela signifie, par conséquent, que sa particularité consistait dans le fait qu’il était aimé comme nul autre. Par ces paroles, Jean souligne le caractère privilégié de la relation entre le Père et le Fils au sein de la Trinité (cf. #Jn 3:16, #Jn 3:18 ; #1Jn 4:9). Cela n’a rien à voir avec son origine mais avec son unique prééminence ; ce terme fut p. ex. utilisé à propos d’Isaac (#Hé 11:17), qui était le second fils d’Abraham (Ismaël étant l’aîné; cf. #Ge 16: 15 avec #Ge 21:2-3).

 

15 ¶  Jean lui a rendu témoignage, et s’est écrié : C’est celui dont j’ai dit : Celui qui vient après moi m’a précédé, car il était avant moi.

Le témoignage de Jean-Baptiste corrobore la déclaration de l’apôtre Jean qui affirme que la Parole incarnée est éternelle (cf. v. #Jn 1:14).

 

16  Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce ;

grâce pour grâce. Expression qui souligne la surabondance de la grâce qui fut démontrée par Dieu envers les hommes, surtout au bénéfice des croyants (#Ep 1:5-8 ; #Ep 2:7).

 

17  car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.

1:17-18 En corroborant la vérité du v. 14, ces vv. établissent un contraste pour conclure le prologue. La loi, donnée par Moïse, ne fut pas une démonstration de la grâce de Dieu mais de ses exigences de sainteté. Dieu l’a conçue dans le seul but de faire la démonstration de l’injustice de l’homme pour qu’il ressente le besoin d’un Sauveur, Jésus-Christ (#Ro 3:19-20 ; #Ga 3:10-14, #Ga 3:21-26). En outre, elle a révélé seulement une partie de la vérité, et sa raison d’être était essentiellement préparatoire. La réalité, la vérité pleine et entière en direction de laquelle pointait la loi, n’est venue que dans la personne de Jésus-Christ.

 

18  Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître.

qui est dans le sein du Père. Terme qui dénote l’intimité mutuelle, l’amour et la connaissance qui existent dans la Trinité (voir #Jn 13: 23 ; #Lu 16:22-23).

a fait connaître. Les théologiens utilisent le terme « exégèse », dérivé de ce verbe grec, pour désigner une explication. Jean voulait dire que tout ce que Jésus est et fait explique ce que Dieu est et ce qu’il fait (#Jn 14:8-10).

 

19 ¶  Voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent de Jérusalem des sacrificateurs et des Lévites, pour lui demander : Toi, qui es-tu ?

Jean. Jean, issu d’une famille de sacrificateurs, appartenait à la tribu des Lévites (#Lu 1:5). Il commença son ministère dans la vallée du Jourdain quand il eut environ 29 ou 30 ans et proclama avec courage qu’il était indispensable de se repentir pour préparer la venue du Messie. C’était le cousin de Jésus, et il lui servit de précurseur prophétique (#Mt 3:3 ; #Lu 1:5-25, #Lu 1:36).

les Juifs …  de Jérusalem. Allusion probable au sanhédrin, l’institution la plus importante qui gouvernait les Juifs. Cette autorité était contrôlée par la famille du souverain sacrificateur, et ses envoyés étaient naturellement des sacrificateurs et des Lévites, plus intéressés par le ministère de Jean, aussi bien par son message que par le baptême qu’il proposait.

1:19-37 Par ces vv., Jean présenta le premier des nombreux témoignages qui attestent que Jésus est bien le Messie et le Fils de Dieu, renforçant ainsi son thème principal (#Jn 20:30-31). Le témoignage de Jean-Baptiste fut donné à trois dates différentes à trois groupes distincts (cf. vv. #Jn 1:29, #Jn 1:35-36). Chaque fois, il parla de Christ de façon différente et souligna des aspects différents à son propos. Les événements cités dans ces vv. eurent lieu en 26 ou 27 apr. J.-C., quelques mois à peine après le baptême de Jésus par Jean (cf. #Mt 3:13-17 ; #Lu 3:21-22).

 

20  Il déclara, et ne le nia point, il déclara qu’il n’était pas le Christ.

qu’il n’était pas le Christ. Certains pensaient que Jean était le Messie (#Lu 3:15-17).

Christ. Ce terme est l’équivalent grec de l’hébreux qui signifie « Messie ».

 

21  Et ils lui demandèrent : Quoi donc ? es-tu Elie ? Et il dit : Je ne le suis point. Es-tu le prophète ? Et il répondit : Non.

Quoi donc? Es-tu Elie? #Mal 4:5 promettait le retour du prophète Elie avant que le Messie n’établisse son royaume sur terre. Si Jean était le précurseur du Messie, était-il, lui, Elie ? demandèrent-ils. L’ange qui annonça la naissance de Jean avait dit que Jean viendrait avant Jésus « avec l’esprit et la puissance d’Elie » (#Lu 1:17), indiquant ainsi qu’un autre qu’Elie, au sens littéralement, pourrait venir accomplir la prophétie. Dieu envoya Jean qui était comme Elie, c’est-à-dire qu’il avait le même type de ministère, la même puissance et une personnalité semblable à lui (#2R 1:8 ; cf. #Mt 3:4). S’ils avaient accepté de recevoir Jésus comme leur Messie, Jean aurait réalisé cette prophétie.

Es-tu le prophète? Renvoi à #De 18:15-18, qui annonçait la venue d’un grand prophète comme Moïse, qui lui ferait office de voix. Du temps de Jean, certains interprétaient cette prophétie comme faisant allusion à un autre prédécesseur du Messie, et le N.T. (#Ac 3:22-23 ; #Ac 7:37) applique ce passage à Jésus.

 

22  Ils lui dirent alors : Qui es-tu ? afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu de toi-même ?

 

23  Moi, dit-il, je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit Esaïe, le prophète.

Jean cite et applique #Esa 40:3 à lui-même (cf. #Mt 3:3 ; #Mr 1:3 ; #Lu 3:4). Dans le contexte original d’#Esa 40:3, le prophète entend une voix qui l’appelle à préparer un sentier. Cet appel était une image prophétique qui annonçait le retour final en gloire d’Israël vers son Dieu. Israël quitterait ses ténèbres spirituelles et son aliénation au travers de la rédemption spirituelle accomplie par le Messie (cf. #Ro 11:25-27). En toute humilité, Jean se comparait à une voix plutôt qu’à une personne, forçant ainsi l’attention à se concentrer sur Christ seul (cf. #Lu 17: 10).

 

24  Ceux qui avaient été envoyés étaient des pharisiens.

 

25  Ils lui firent encore cette question : Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es pas le Christ, ni Elie, ni le prophète ?

baptises-tu. Puisque Jean ne se définissait que comme une simple voix (v. #Jn 1:23), cela soulevait la question de savoir par quelle autorité il se permettait de baptiser. L’A.T. associait la venue du Messie à la repentance et à la purification spirituelle (#Esa 36:1-37:2 ; #Za 13:1). Jean attirait l’attention sur son statut de précurseur du Messie et se servait du baptême traditionnel des prosélytes pour symboliser le besoin de reconnaître les Juifs qui, à l’instar des païens, se trouvaient en dehors de l’alliance salvatrice de Dieu. Ils avaient, eux aussi, besoin de purification spirituelle et de préparation (repentance #Mt 3:11 ; #Mr 1:4 ; #Lu 3:7-8) avant l’avènement du Messie

 

26  Jean leur répondit : Moi, je baptise d’eau, mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas,

 

27  (1-26) qui vient après moi ; (1-27) je ne suis pas digne de délier la courroie de ses souliers.

Ces mots de Jean-Baptiste prolongent le thème, présent dans le prologue, de la prééminence du Messie (vv. #Jn 1:6-8, #Jn 1:15) et démontrent sa propre humilité: chaque fois qu’il en avait la possibilité, il détournait l’attention de lui-même pour la tourner vers le Messie. Jean alla jusqu’à dire que, au contraire d’un esclave qui avait pour tâche de retirer les sandales de son maître, il n’était même pas digne de rendre ce service à son Messie.

 

28  Ces choses se passèrent à Béthanie, au-delà du Jourdain, où Jean baptisait.

Béthanie. Certains manuscrits portent « Bethabara », peut-être parce que des copistes ont cru que Jean s’était trompé en situant ces événements à Béthanie. On peut aussi supposer qu’il existait deux Béthanie : une près de Jérusalem, où vivaient Marie, Marthe et Lazare (#Jn 11:1), et une autre « au-delà du Jourdain » à proximité de la Galilée. Puisque Jean prit la peine de préciser la proximité de la première Béthanie par rapport à Jérusalem (#Jn 11:18), il faisait sans doute allusion ici à une autre ville qui portait le même nom.

 

29 ¶  Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde.

Le lendemain. Renvoie sans doute au jour qui suivit la réponse que donna Jean à la délégation envoyée par Jérusalem. C’est aussi le début d’une série de jours (v. #Jn 1:43 ; #Jn 2:1) dont le point culminant fut le miracle de Cana (#Jn 2:1-11).

l’Agneau de Dieu. Les Juifs utilisaient très couramment un agneau pour leurs sacrifices. C’est un agneau qu’on sacrifiait le jour de la Pâque (#Ex 12:1-28), un agneau qui est mentionné dans la prophétie d’Esaïe (#Esa 53:7), un agneau encore que l’on offrait à l’occasion des sacrifices quotidiens en Israël (#Ex 29:38-42 ; #No 28:1-8 ; cf. #Hé 10:5-7). Jean-Baptiste utilisa cette expression en rapport avec l’ultime sacrifice de Jésus sur la croix pour racheter les péchés du monde, thème que l’apôtre Jean évoque tout au long de ses écrits (#Jn 19: 36 ; cf. #Ap 5:1-6 ; #Ap 7:17 ; #Ap 17: 14) et qui apparaît dans d’autres écrits du N.T. (p. ex. #1Pi 1:19).

le péché du monde. cf. #Jn 3:16 ; #Jn 6:33, #Jn 6:51. Dans ce contexte, le « monde » désigne l’humanité en général, et non chaque personne en particulier. L’utilisation de « péché » au singulier, en lien avec « du monde », indique que le sacrifice de Jésus pour le péché atteint potentiellement tous les êtres humains, sans distinction (cf. #1Jn 2:2). Jean explique en revanche clairement qu’il n’est efficace que pour ceux qui reçoivent Christ dans leur cœur (vv. #Jn 1:11-12). Pour plus de détails au sujet de la relation entre la mort de Christ et le monde, voir la note 1 au bas du texte sur {==> "2Co 5:19"}.

1:29-34 Cette partie évoque le témoignage que rendit Jean de Jésus à un deuxième groupe de Juifs, le second jour (voir vv. 19-28 pour ce qui est du premier groupe et du premier jour). Cette partie fait office de transition. Elle continue sur le même thème du témoignage de Jean-Baptiste, mais introduit déjà une longue liste de titres applicables à Jésus : l’Agneau de Dieu (vv. #Jn 1:29, #Jn 1:36), Rabbi (vv. #Jn 1:38, #Jn 1:49), Messie / Christ (v. #Jn 1:41), Fils de Dieu (vv. #Jn 1:34, #Jn 1:49), roi d’Israël (v. #Jn 1:49), Fils de l’homme (v. #Jn 1:51) et « celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé » (v. #Jn 1:45).

 

30  C’est celui dont j’ai dit : Après moi vient un homme qui m’a précédé, car il était avant moi.

 

31  Je ne le connaissais pas, mais c’est afin qu’il fût manifesté à Israël que je suis venu baptiser d’eau.

Je ne le connaissais pas. Bien qu’étant le cousin de Jésus, Jean ne le connaissait pas en tant que « Messie », celui qui vient (v. #Jn 1:30).

 

32  Jean rendit ce témoignage: J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et s’arrêter sur lui.

l’Esprit descendre. Dieu avait précédemment communiqué à Jean que c’était par ce signe que serait identifié le Messie promis (v. #Jn 1:33), si bien que lorsqu’il fut témoin de cet événement, il fut en mesure de reconnaître que Jésus était bien le Messie (cf. #Mt 3:16 ; #Mr 1:10 ; #Lu 3:22).

 

33  Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser d’eau, celui-là m’a dit : Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et s’arrêter, c’est celui qui baptise du Saint-Esprit.

 

34  Et j’ai vu, et j’ai rendu témoignage qu’il est le Fils de Dieu.

le Fils de Dieu. Dans un sens restreint, tous les croyants peuvent s’appeler « fils de Dieu » (p. ex. v. 12; #Mt 5:9 ; #Ro 8:14), mais Jean donne ici à cette expression toute sa force, en l’employant comme un titre qui souligne l’unicité et l’intimité particulières de Jésus avec son Père. Il souligne aussi la divinité de Jésus en tant que Messie (v. #Jn 1:49 ; #Jn 5:16-30 ; cf. #2S 7:14 ; #Ps 2:7 .

 

35  Le lendemain, Jean était encore là, avec deux de ses disciples ;

1:35-51 Cette partie décrit le témoignage que Jean donna de Jésus à un troisième groupe, c’est-à-dire à certains de ses disciples, le troisième jour (voir vv. 19-28, 29-34 pour le récit de la rencontre avec le premier et le deuxième groupe). Comme il fallait s’y attendre de la part d’un homme aussi humble que Jean, il oriente l’attention de ses propres disciples vers Jésus (v. #Jn 1:37).

 

36  et, ayant regardé Jésus qui passait, il dit : Voilà l’Agneau de Dieu.

 

37 ¶  Les deux disciples l’entendirent prononcer ces paroles, et ils suivirent Jésus.

ils suivirent Jésus. Bien que le verbe « suivre » signifie d’habitude « suivre en tant que disciple » dans les écrits de l’apôtre (v. #Jn 1:43 ; #Jn 8:12 ; #Jn 12:26 ; #Jn 21:19-20, #Jn 21: 22), il peut aussi prendre un sens neutre (#Jn 11:31). Le sens du mot ne signifie pas nécessairement qu’ils devinrent ses disciples de façon définitive à ce moment-là. Il est plutôt suggéré ici qu’ils le suivirent afin de pouvoir l’observer de plus près, motivés comme ils l’étaient par le témoignage de Jean. Cet incident servit à mettre en contact les disciples de Jean avec Jésus (p. ex. André ; #Jn 1:40). Ils finirent par lui consacrer leur vie comme d’authentiques disciples et apôtres quand Jésus les appela définitivement à son service, quelque temps plus tard (#Mt 4:18-22 ; #Mt 9:9 ; #Mr 1:16-20). A ce point du récit, Jean-Baptiste se retire de la scène, et l’attention se porte désormais sur le ministère de Christ.

 

38  Jésus se retourna, et voyant qu’ils le suivaient, il leur dit : Que cherchez-vous ? Ils lui répondirent : Rabbi ce qui signifie Maître, où demeures-tu ?

 

39  Venez, leur dit-il, et voyez. Ils allèrent, et ils virent où il demeurait ; et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était environ la dixième heure.

la dixième heure. D’après la manière romaine de compter les heures, cela correspond à 10 heures du matin ; d’après la manière juive, à 4 heures de l’après-midi. Jean mentionne l’heure précise, probablement pour signaler qu’il était lui-même le compagnon d’André (v. #Jn 1:40). Témoin oculaire de ces événements qui se déroulèrent sur trois jours - Jean vécut avec Jésus une première rencontre si bouleversante pour lui qu’il se souvenait de l’heure exacte où il le vit pour la première fois.

 

40  André, frère de Simon Pierre, était l’un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus.

 

41  Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit : Nous avons trouvé le Messie ce qui signifie Christ.

Messie. Ce terme est la transcription approximative d’un mot hébreu ou araméen qui signifie « oint ». Il dérive d’un verbe signifiant « oindre » quelqu’un pour le consacrer à une fonction particulière. D’abord appliqué au roi d’Israël (« l’oint de l’Éternel », #1S 16: 6), au souverain sacrificateur (« sacrificateur ayant reçu l’onction », #Lé 4:3) et, dans un passage, aux patriarches (« mes oints », #Ps 105:15), le terme finit par désigner, avant tout, celui qui avait été annoncé comme étant « celui qui vient » ou le « Messie », dans son rôle de prophète, de sacrificateur et de roi. Le terme « Christ », mot grec (adjectif verbal) qui vient du verbe signifiant « oindre », est utilisé pour traduire le terme hébreu, si bien que les termes « Messie » et « Christ » sont des titres, et non des noms personnels de Jésus.

 

42  Et il le conduisit vers Jésus. Jésus, l’ayant regardé, dit : Tu es Simon, fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas ce qui signifie Pierre.

Jésus, l’ayant regardé. Jésus connaît ce qui est dans le cœur des hommes (vv. #Jn 1:43-51), mais il ne se contente pas de voir en eux (vv. #Jn 1:47-48): il est aussi capable de les transformer pour faire d’eux ce qu’il veut qu’ils deviennent.

tu seras appelé Céphas. Jusqu’à ce jour-là, Pierre était connu sous le nom de « Simon fils de Jonas » (cf. #Jn 21:15-17 ; #Mt 16: 17). Le terme « Céphas » signifie « pierre » en araméen et se traduit en grec par Petros. Jésus donna à Simon le nom de Céphas/Pierre au début de son ministère (cf. #Mt 16: 18 ; #Mr 3:16). Il annonçait ainsi non seulement la nouvelle façon dont ce disciple serait désormais appelé, mais aussi la manière dont il transformerait son caractère et l’utiliserait en relation avec la fondation de l’Église (cf. #Jn 21:18-19 ; #Mt 16:16-18 ; #Ac 2:14-4:32).

 

43 ¶  Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit : Suis-moi.

1:43-51 Cette section présente le quatrième jour depuis le commencement du témoignage de Jean-Baptiste (cf. vv. #Jn 1:19, #Jn 1:29, #Jn 1:35).

 

44  Philippe était de Bethsaïda, de la ville d’André et de Pierre.

Bethsaïda …  de la ville d’André et de Pierre. Alors que #Mr 1:21, #Mr 1:29 situe la maison de Pierre à Capernaüm, Jean précise qu’il était originaire de Bethsaïda. Pierre et André grandirent probablement à Bethsaïda pour aller ensuite s’installer à Capernaüm ; de même, Jésus était toujours identifié comme originaire de la ville où il vécut, Nazareth, alors qu’il habita plus tard ailleurs (#Mt 2:23 ; #Mt 4:13 ; #Mr 1:9 ; #Lu 1:26).

 

45  Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit : Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph.

celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé. Expression qui résume toute l’argumentation de l’Évangile de Jean : Jésus représente l’accomplissement de l’A.T. (cf. v. #Jn 1:21 ; #Jn 5:39 ; #De 18:15-19 ; #Lu 24:44-47 ; #Ac 10:43 ; #Ac 18: 28 ; #Ac 26:22-23 ; #Ro 1:2 ; #1Co 15: 3 ; #1Pi 1:10-11 ; #Ap 19: 10).

 

46  Nathanaël lui dit : Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? Philippe lui répondit : Viens, et vois.

Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon? Nathanaël était originaire de Cana (#Jn 21: 2), autre ville de Galilée. Les Galiléens étaient méprisés par les Judéens, et les Galiléens eux-mêmes méprisaient les natifs de Nazareth. Le mépris de Nathanaël était peut-être motivé par le fait que Nazareth était une localité insignifiante, sans valeur prophétique notoire (#Jn 7:52, cf. cependant #Mt 2:23). Plus tard, les chrétiens seront désignés de façon dédaigneuse comme les membres de la « secte des Nazaréens » (#Ac 24: 5).

 

47  Jésus, voyant venir à lui Nathanaël, dit de lui : Voici vraiment un Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude.

point de fraude. Ce que Jésus voulait dire, c’est que la brusque franchise de Nathanaël révélait un Israélite bien disposé à examiner pour sa part, et sans idée derrière la tête, tout ce qu’on racontait à propos de Jésus. Le terme désigne un cœur honnête et curieux. Possible allusion ici à #Ge 27:35: Jacob était notoirement connu pour sa duplicité, au contraire de Nathanaël. On peut comprendre que la duplicité de Jacob ne caractérisait pas seulement Jacob lui-même, mais aussi toute sa descendance. Aux yeux de Jésus, un Israélite honnête et sincère en était venu à représenter une exception plutôt que la règle (cf. #Jn 2:23-25).

 

48  D’où me connais-tu ? lui dit Nathanaël. Jésus lui répondit : Avant que Philippe t’appelât, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu.

Je t’ai vu. Aperçu rapide des pouvoirs surnaturels de Jésus : non seulement il fit une brève description de Nathanaël qui était juste, mais il révéla des choses que lui seul était en mesure de connaître (v. #Jn 1:47). Nathanaël venait peut-être de faire l’expérience d’une communion particulière avec Dieu à cet endroit-là, et c’est pourquoi il pouvait comprendre à quoi Jésus faisait allusion. De toute façon, Jésus avait connaissance d’informations qui n’étaient pas accessibles au commun des mortels.

 

49  Nathanaël répondit et lui dit : Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël.

le Fils de Dieu …  le roi d’Israël. La preuve donnée par Jésus de ses connaissances surnaturelles s’ajoutait au témoignage de Philippe, et balaya ainsi tous les doutes de Nathanaël. C’est pourquoi Jean ajoute à cette partie le témoignage de ce disciple. L’emploi de « le » associé à « Fils de Dieu » indique probablement que l’expression doit être comprise dans son sens le plus fort (cf. v. #Jn 1:34 ; #Jn 11:27). Pour Nathanaël, Jésus était quelqu’un que les pauvres mots humains ne suffisaient pas à décrire.

 

50  Jésus lui répondit : Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois ; tu verras de plus grandes choses que celles-ci.

 

51  Et il lui dit : En vérité, en vérité, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l’homme.

En vérité, en vérité. Cf. #Jn 5:19, #Jn 5:24-25. Expression fréquemment employée par Jésus pour signifier l’importance et la vérité de ce qu’il allait ajouter.

le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre. A la lumière du contexte du v. 47, ce v. renvoie probablement à #Ge 28:12 où Jacob rêve d’une échelle qui descend des cieux. Ce que Jésus voulait faire comprendre à Nathanaël, c’est que, tout comme Jacob avait reçu des révélations surnaturelles, les autres disciples et lui vivraient des instants de révélation surnaturelle qui viendraient confirmer la nature de Jésus. De plus, la mention du Fils de l’homme à la place de l’échelle du rêve de Jacob désigne Jésus comme moyen d’accès à Dieu pour les hommes.

Fils de l’homme. C’est le titre de prédilection de Jésus qui l’employa pour se désigner lui-même plus de 80 fois. Dans le N.T., il est exclusivement réservé à Jésus et apparaît principalement dans les Évangiles (cf. #Ac 7:56). Dans le quatrième Évangile, l’expression se répète 13 fois, et elle est le plus souvent associée aux thèmes de la crucifixion et de la souffrance (#Jn 3:14 ; #Jn 8:28) ou de la révélation (#Jn 6:27, #Jn 6:53), mais aussi à l’autorité eschatologique (#Jn 5:27). Bien que pouvant parfois évoquer l’humanité de la personne ou fonctionner en tant que simple substitut pour « je » (#Jn 6:27 ; cf. #Jn 6:20), elle prend une signification eschatologique en rapport avec #Da 7:13-14 où un « fils de l’homme », le Messie, vient en gloire pour recevoir le royaume des mains de l’« Ancien des jours », c’est-à-dire le Père.

 

Note 1

2 Corinthiens 5:19

Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation.

Dieu était en Christ. Dieu a souverainement décidé d’employer son Fils, le seul sacrifice acceptable et parfait, comme moyen d’effectuer la réconciliation entre lui et les pécheurs.

réconciliant le monde. Dieu prend l’initiative de changer la condition du pécheur : il s’approche de celui qui est éloigné, lui pardonne et l’accueille dans une relation juste avec lui-même. Cet enseignement constitue l’essence de l’Évangile. Le mot « monde » ne devrait pas être interprété ici dans un sens universaliste qui supposerait que tous les humains seront sauvés, ou sont potentiellement réconciliés. Il renvoie plutôt à l’humanité (cf. #Tit 2:11 ; #Tit 3:4) en tant que catégorie particulière des êtres à qui Dieu offre la réconciliation, et il englobe ainsi des personnes de tout groupe ethnique, sans distinction. La valeur de la mort de Christ est infinie, et le pardon qu’elle offre n’a pas de limites. Cependant, la rédemption a été effectivement réalisée pour ceux qui croient (cf. #Jn 10:11, #Jn 10:15 ; #Jn 17: 9 ; #Ac 13: 48 ; #Ac 20: 28 ; #Ro 8:32-33 ; #Ep 5:25). Le reste de l’humanité paiera personnellement le prix pour son péché dans l’enfer éternel.

imputant. Ce verbe peut aussi être traduit par « comptant ». C’est ici le cœur de la doctrine de la justification, par laquelle Dieu déclare que le pécheur repenti est juste à ses yeux: au moment même où une personne place toute sa foi en Christ et en sa mort sacrificielle, ses péchés sont couverts par la justice de Christ et ne sont plus pris en compte.

la parole de la réconciliation Dans ce passage, Paul présente une autre dimension du message de l’Évangile. Le mot grec pour « parole » (cf. #Ac 13: 26) souligne l’authenticité et la véracité d’un message, par opposition à une proclamation mensongère ou d’origine douteuse. Dans un monde rempli d’affirmations fausses, les croyants disposent des certitudes qu’apporte le message véridique et fiable de l’Évangile.


JEAN 2 * 1 à 25

1 ¶  Trois jours après, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là,

Trois jours après. Expression qui renvoie au dernier événement relaté, c’est-à-dire à l’appel de Philippe et de Nathanaël (#Jn 1:43).

noces. Une cérémonie de ce genre pouvait durer toute une semaine dans la région. La charge financière en incombait au marié (vv. #Jn 2:9-10). Manquer de vin à cette occasion aurait causé au marié un embarras considérable vis-à-vis de ses invités, au point que la famille de la mariée aurait été en droit de le poursuivre en justice.

Cana en Galilée. Nathanaël était originaire de Cana (#Jn 21: 2). On ne sait pas où cette ville se situait exactement. Il est probable qu’il s’agit de Khirbert Qana, village actuellement en ruine, à environ 15 km au nord de Nazareth.

2:1-11 Jean raconte le premier grand signe opéré par Jésus pour démontrer sa divinité: il changea de l’eau en vin. Dieu seul peut créer quelque chose à partir du néant. Jean identifie dans son Évangile huit miracles qui constituent autant de signes (sens littéralement du terme grec qu’il emploie pour « miracle ») ou de confirmations de la véritable identité de Jésus. Chacun des huit miracles est différent, aucun ne ressemble à un autre (cf. v. #Jn 2:11).

 

2  et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples.

Jésus fut aussi invité …  avec ses disciples. Puisque Jésus, sa mère et ses disciples assistaient à ce mariage, c’était sans doute celui d’un proche ou même d’un membre de la famille de Jésus. Les disciples qui accompagnaient Jésus sont les cinq qui apparaissent au ch. #Jn 1: André, Simon Pierre, Philippe, Nathanaël, et un disciple anonyme (#Jn 1:35), sans doute Jean, qui témoigna de ce miracle.

 

3  Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont plus de vin.

vin. Le vin servi se mettait à fermenter rapidement. Dans l’Antiquité, cependant, on diluait le vin avec de l’eau pour lui faire perdre un tiers à un dixième de sa teneur en alcool, afin de pouvoir assouvir sa soif sans devenir soûl. A cause du climat et des circonstances, le vin, même « nouveau », fermentait facilement et montait rapidement à la tête si l’on ne le diluait pas (#Ac 2:13). Comme il manquait également de moyens techniques de purification de l’eau, il était plus sûr de boire du vin que de l’eau. La Bible condamne l’ébriété, mais jamais elle ne s’oppose à la consommation modérée de vin (#Ps 104:15 ; #Pr 20: 1 ).

 

4  Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue.

Femme. Terme qui n’est pas obligatoirement impoli mais qui a indéniablement pour effet de créer une distance entre Jésus et sa mère, et donc entre lui et sa requête. L’équivalent français pourrait être « Madame ».

qu’y a-t-il entre moi et toi? Cette expression, courante dans les langues sémitiques (#Jug 11:12 ; #2S 16:10), établit toujours une distance entre les deux parties en présence, et le ton qu’on y mettait pouvait traduire le reproche, comme ici. Jésus ne s’adressa pas à sa mère avec grossièreté, mais il se montra abrupt. Par cette expression, on mettait en doute ce que les deux parties avaient en commun. L’essentiel de cette répartie de Jésus servait à montrer qu’il avait entamé sa mission divine sur terre, et que toutes ses activités devaient donc se subordonner à son accomplissement. Marie était ainsi invitée à ne plus tant considérer Jésus comme le fils qu’elle avait élevé, mais comme le Messie qu’on lui avait annoncé, le Fils de Dieu. Cf. #Mr 3:31-35.

Mon heure n’est pas encore venue. Cette expression revient constamment en rapport avec la mort de Jésus et son exaltation (#Jn 7:30 ; #Jn 8:20 ; #Jn 12:23, #Jn 12:27 ; #Jn 13: 1 ; #Jn 17: 1). Il se trouvait engagé dans un programme divin décrété par Dieu avant la fondation du monde. Les prophètes ayant présenté l’âge messianique comme un temps où le vin coulerait à flot (#Jér 31:12 ; #Os 14: 7 ; #Am 9:13-14), Jésus faisait probablement allusion au fait que les nécessités de la croix devaient passer avant les réjouissances du millénium.

 

5  Sa mère dit aux serviteurs : Faites ce qu’il vous dira.

 

6  Or, il y avait là six vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs, et contenant chacun deux ou trois mesures.

purifications des Juifs. Les six amphores à eau étaient faites en pierre parce que ce matériau était moins perméable que la terre et moins susceptible de s’infecter. Cela les rendait, par conséquent, plus adaptées aux ablutions cérémonielles (cf. #Mr 7:3-4).

 

7  Jésus leur dit : Remplissez d’eau ces vases. Et ils les remplirent jusqu’au bord.

 

8  Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l’ordonnateur du repas. Et ils en portèrent.

 

9  Quand l’ordonnateur du repas eut goûté l’eau changée en vin,-ne sachant d’où venait ce vin, tandis que les serviteurs, qui avaient puisé l’eau, le savaient bien, — il appela l’époux,

 

10  et lui dit : Tout homme sert d’abord le bon vin, puis le moins bon après qu’on s’est enivré ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent.

 

11  Tel fut, à Cana en Galilée, le premier des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.

miracles. Jean utilisait un mot grec signifiant littéralement « signes » pour désigner des démonstrations de puissance significatives, qui attiraient l’attention, au-delà d’elles-mêmes, sur des réalités divines plus profondes, celles que l’on ne voit qu’avec les yeux de la foi. Il voulait dire que les miracles n’étaient pas seulement des démonstrations de puissance mais contenaient une signification plus profonde que les actes en eux-mêmes.

 

12 ¶  Après cela, il descendit à Capernaüm, avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n’y demeurèrent que peu de jours.

Après cela. Dans les Évangiles, l’expression grecque traduite « après cela » sert fréquemment à relier deux histoires différentes #Jn 3:22 ; #Jn 5:1, #Jn 5:14 ; #Jn 6:1 ; #Jn 7:1 ; #Jn 11:7, #Jn 11:11 ; #Jn 19: 28, #Jn 19: 38). Ce v. est placé ici par Jean pour faire transition et expliquer les déplacements de Jésus entre Cana en Galilée et Capernaüm et finalement son arrivée à Jérusalem, pour la célébration de la Pâque. Capernaüm se trouvait sur la rive nord-ouest du lac de Galilée, à environ 25 km au nord-est de Cana.

 

13  La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem.

La Pâque des Juifs. C’est la première des trois Pâques mentionnées par Jean (v. #Jn 2:13 ; #Jn 6:4 ; #Jn 11:55). Le dix du mois de Nisan, les Juifs sélectionnaient l’agneau, et ils fêtaient la Pâque, le 14e jour du mois (pleine lune à la fin de mars ou au début d’avril). Ils sacrifiaient l’agneau entre 3 et 6 heures de l’après-midi, le soir où devait se dérouler la fête. La Pâque commémore la libération vécue par les Hébreux de l’Égypte où ils étaient retenus esclaves: l’ange exterminateur passa, sans les toucher, à côté des maisons des Hébreux dont les linteaux avaient été badigeonnés de sang, mais frappa les maisons des Égyptiens (#Ex 12:23-27).

Jésus monta à Jérusalem. Ce voyage à Jérusalem pour la Pâque constituait un rite annuel habituel pour tout homme juif pieux de plus de 12 ans (#Ex 23:14-17). A l’occasion de cette fête, la plus importante pour les Juifs, Jérusalem débordait de pèlerins.

2:13-17 Le récit des actions de Jésus dans le temple servit à Jean à apporter une première preuve de la divinité de Jésus: son sens aigu de la révérence. Dieu seul peut exercer le droit de régler les formes de son adoration.

2:13-25 Jean utilisa cette partie où Jésus fait le ménage dans le temple, poussé par une juste indignation, pour renforcer le thème principal de son Évangile: Jésus était bien le Messie, le Fils de Dieu. Dans cette section, il souligne trois des attributs de Jésus qui confirment sa divinité :

1° son sens aigu de la révérence (vv. #Jn 2:13-17),

2° son pouvoir de résurrection (vv. #Jn 2:18-22),

3° sa façon de percevoir la réalité (vv. #Jn 2:23-25).

 

14  Il trouva dans le temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis.

les vendeurs …  les changeurs. Pendant les célébrations de la Pâque, les fidèles venaient à Jérusalem de toutes les parties de l’Empire romain et d’Israël. Comme la plupart avaient de longues distances à parcourir, il leur était difficile d’emmener avec eux les animaux à sacrifier. Des marchands opportunistes virent là une façon de gagner de l’argent facile, en sommes considérables. Ils s’étaient installés dans les parvis extérieurs du temple pour offrir leurs services aux pèlerins en mal d’animaux. Quant aux changeurs, ils étaient indispensables à cause de l’impôt payé annuellement par tout Juif consciencieux âgé de 20 ans et plus (#Ex 30:13-14 ; #Mt 17:24-27), et dont on devait s’acquitter en monnaie juive ou tyrienne (du fait de sa haute teneur en argent). Les étrangers devaient donc échanger leur monnaie pour payer l’impôt dans la monnaie en vigueur. Les changeurs se servaient largement au passage. Il y avait tellement de voyageurs, et la célébration durait si peu de temps chaque année, que les vendeurs d’animaux et les changeurs exploitaient outrageusement la situation pour s’enrichir rapidement (« caverne de voleurs », #Mt 21: 13). La religion était devenue une affaire sordide et purement matérielle.

 

15  Ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il dispersa la monnaie des changeurs, et renversa les tables ;

Alors que Jean situe cette purification du temple au début du ministère de Jésus, les Évangiles synoptiques rapportent une purification du temple à la fin du ministère de Jésus, pendant la semaine de la dernière Pâque, juste avant la crucifixion (#Mt 21:12-17 ; #Mr 11:15-18 ; #Lu 19:45-46). Les circonstances historiques et les contextes littéraires de ces deux purifications du temple sont si différents qu’il est impossible de faire cadrer ensemble ces deux sources. En outre, la notion de deux purifications distinctes est tout à fait cohérente avec le contexte global, puisque la nation juive, dans son ensemble, ne reconnut jamais l’autorité de Jésus comme Messie (#Mt 23:37-39). Ils rejetèrent au contraire son message autant que sa personne, ce qui rend la répétition du grand ménage de Jésus dans le temple tout à fait vraisemblable (et, de plus, nécessaire).

il les chassa tous du temple. Quand la sainteté et l’adoration de Dieu étaient en jeu, Jésus se mettait en action sans tarder et sans ménagement. « Tous » signifie qu’il chassa non seulement les hommes mais aussi tous les animaux. Cela ne veut pas dire que son action fut exécutée avec cruauté, mais seulement avec énergie. La modération de son acte est prouvée par le fait qu’il n’entraîna pas d’émeute ; sinon, la réaction ne se serait pas fait attendre de la part de l’importante garnison romaine en poste à Jérusalem, d’autant plus forte que c’était la période de la Pâque et qu’elle avait été placée dans la forteresse Antonia qui dominait le temple. Les actions de Jésus pour purifier le temple constituaient le premier accomplissement d’une prophétie ayant trait à la purification par le Messie du culte rendu à Dieu par son peuple (#Mal 3:1-3 ; #Za 14:20-21) et renvoyant fondamentalement aux actions de Jésus pendant le millénium.

 

16  et il dit aux vendeurs de pigeons : Otez cela d’ici, ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.

ne faites pas. La force de l’impératif grec serait mieux traduite par « arrêtez de faire ». Jésus leur demandait de cesser ce qu’ils étaient en train de faire. La sainteté de Dieu exige que lui soit rendu un culte saint.

mon Père. En reprenant ces paroles de Jésus, Jean donnait un indice subtil de sa divinité, de sa filiation divine et de son statut de Messie (voir #Jn 5:17-18).

maison de trafic. Peut-être Jésus faisait-il un jeu de mots. Le terme évoque une maison de commerce remplie de marchandises.

 

17  Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : Le zèle de ta maison me dévore.

Citation de #Ps 69:10 indiquant que Jésus ne saurait tolérer aucune marque d’irrespect envers Dieu. Lorsque David rédigea ce psaume, il était persécuté du fait de son zèle pour la maison de Dieu et de sa défense de l’honneur divin. Les disciples craignaient que ce genre de démonstration n’entraîne le même type de persécution. Paul cita en #Ro 15: 3 la seconde moitié de ce v., ce qui indique clairement la nature messianique de ce psaume aux yeux de l’Église primitive.

 

18  Les Juifs, prenant la parole, lui dirent : Quel miracle nous montres-tu, pour agir de la sorte ?

Les Juifs. Il s’agissait, selon toute vraisemblance, des autorités du temple ou de représentants du sanhédrin (cf. #Jn 1:19).

miracle. Les Juifs demandaient à Jésus de leur montrer un signe miraculeux pour leur prouver son autorité et justifier ainsi les initiatives dont il venait de faire preuve dans le temple. Par cette exigence, ils montraient qu’ils n’avaient pas compris les remontrances de Jésus, qui visaient à leur faire sentir le besoin d’adopter des attitudes correctes et saintes dans leur culte rendu à Dieu. Or, cette initiative en soi constituait un signe suffisamment éloquent de la personne de Jésus et de son autorité. En outre, ils exigeaient de Jésus un miracle, comme s’il s’était agi d’un numéro de cirque à la demande du public, ce qui mettait encore plus en évidence leur incrédulité.

2:18-22 La deuxième façon pour Jean de démontrer la divinité de Christ dans le récit de la purification du temple consista à montrer sa puissance sur la mort au travers de la résurrection. C’est un droit réservé à Dieu seul.

 

19  Jésus leur répondit: Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai.

A son procès, les autorités accusèrent Jésus (#Mr 14: 58 ; cf. #Mr 15: 29) d’avoir fait des déclarations menaçant l’intégrité du temple, révélant ainsi qu’elles ne comprenaient pas la réponse de Jésus. Une fois de plus, l’Évangile de Jean fournit un complément aux autres Évangiles en indiquant que Jésus fit énigmatiquement allusion à sa résurrection. Comme d’habitude avec les paraboles, Jésus s’exprimait de façon volontairement obscure pour ne révéler la vérité qu’à ses disciples et laisser dans leur ignorance ceux qui mettaient en doute sa légitimité (#Mt 13:10-11). Ce n’est qu’après sa résurrection, cependant, que les disciples comprirent le sens réel de cette déclaration (v. #Jn 2:22 ; cf. #Mt 12:40). Il est important de noter que par la mort et la résurrection de Christ, le culte dans le temple de Jérusalem fut détruit (cf. #Jn 4:21) et ré-institué dans le cœur de ceux qui furent édifiés pour former un temple spirituel, l’Église (#Ep 2:19-22).

 

20  Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours tu le relèveras !

quarante-six ans pour bâtir ce temple. Ce n’est pas une allusion au temple de Salomon, puisqu’il avait été détruit pendant la conquête babylonienne en 586 av. J.-C. Quand les exilés revinrent de Babylone, Zorobabel et Josué se mirent à reconstruire le temple (#Esd 1:1-4:2). Encouragés par les prophètes Aggée et Zacharie (#Esd 5:1-6:18), les Juifs achevèrent les travaux en 516 av. J.-C. En 20/19 av. J.-C., Hérode le Grand commença la reconstruction et l’expansion du temple. Les ouvriers achevèrent la plus grande partie de ce projet en dix ans, mais les autres parties étaient toujours en travaux, même au moment où Jésus purifia le temple. Il est intéressant de noter que les finitions du temple étaient encore en cours le jour où il fut détruit, pendant le sac de Jérusalem par les Romains en 70 apr. J.-C. Le célèbre « mur des lamentations » repose en partie sur les fondations du temple d’Hérode.

 

21  Mais il parlait du temple de son corps.

 

22  C’est pourquoi, lorsqu’il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

 

23 ¶  Pendant que Jésus était à Jérusalem, à la fête de Pâque, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu’il faisait.

2:23-24

plusieurs crurent en son nom …  Mais Jésus ne se fiait point à eux. Jean utilisa par deux fois le verbe grec « croire ». Ce v. révèle la vraie nature de la foi d’un point de vue biblique. En raison de ce qu’ils avaient vu Jésus faire, beaucoup se mirent à croire en lui. Cependant Jésus ne se fia jamais vraiment à eux car il connaissait leur cœur. Le v. 24 indique qu’il recherchait une conversion véritable plutôt qu’un enthousiasme superficiel pour ses miracles spectaculaires. Il mit en doute la réalité de la conversion de certains (cf. #Jn 8:31-32). Ce contraste entre les vv. 23 et 24 en termes de foi révèle, par conséquent, que « croire en son nom » signifie plus qu’un accord intellectuel : cela implique un engagement total, enthousiaste et durable à vivre en disciple de Jésus (cf. #Mt 10:37 ; #Mt 16:24-26).

2:23-25 La troisième façon pour Jean de démontrer la divinité de Jésus dans le récit de la purification du temple consista à montrer sa perception de la réalité: seul Dieu peut vraiment connaître le cœur de l’homme.

 

24  Mais Jésus ne se fiait point à eux, parce qu’il les connaissait tous,

 

25  et parce qu’il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l’homme.

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