Le Nouveau Testament présente au moins quatre Jacques différents

23/04/2014 08:22
Introduction 
 
       Le Nouveau Testament présente au moins quatre Jacques différents : Jacques l’apôtre, fils de Zébédée (#Mr 1:19) ; Jacques, fils d’Alphée (#Mr 3:18), parfois identifié avec Jacques le Mineur (#Mr 15:40) ; Jacques, frère de Jésus (#Mr 6:3) ; Jacques, le père de l’apôtre Judas (ou Jude, #Lu 6:16 ; #Ac 1:13). 
 
       Seuls deux d’entre eux peuvent entrer en considération pour l’attribution de l’épître dite de Jacques : le fils de Zébédée et le frère de Jésus. Si le premier a été très tôt mis à mort par Hérode (#Ac 12:2), le dernier pourrait bien être le Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ de notre épître (#Ja 1:1). Telle était déjà l’opinion reçue dans l’Eglise ancienne. L’historien Eusèbe de Césarée (265-340) la rapporte sans y souscrire en parlant de Jacques, le frère du Seigneur, « de qui est, dit-on, la première des épîtres appelées catholiques » (Histoire ecclésiastique, II, XXIII, 24). 
 
       Ce Jacques nous est présenté par ailleurs comme une figure marquante de l’Eglise ancienne. Paul le cite parmi les premiers témoins du Christ ressuscité (#1Co 15:7). 
 
       Vers 37 déjà, Paul, montant à Jérusalem pour la première fois après sa conversion, juge opportun de rendre visite à Jacques, l’une des « colonnes » de l’Eglise (#Ga 1:19 ; #Ga 2:9). Dans le livre des Actes, Jacques est à la tête de l’Eglise de Jérusalem (#Ac 12:17 ; #Ac 15:13 ; #Ac 21:18). Suivant la tradition, les Juifs non chrétiens le tenaient en haute estime et l’avaient surnommé « le Juste ». Certains textes du Nouveau Testament rappellent cependant que les « frères du Seigneur », dont Jacques faisait partie (#Ga 1:19 ; cf. #Ac 1:14 ; #1Co 9:5), ne comptaient pas parmi les disciples de Jésus de son vivant (#Jn 7:5 ; cf. #Mr 3:31//). 
 
       Jacques s’adresse aux douze tribus dans la dispersion ({==> NBS_Notes "Ja 1:1"}) : il ne s’agit vraisemblablement pas des Juifs de la diaspora en général, puisque les destinataires ont la foi de notre Seigneur glorieux, Jésus-Christ (#Ja 2:1). Mais il reste difficile de savoir si ces douze tribus sont en particulier les chrétiens d’origine juive, ou bien l’ensemble de la communauté chrétienne, comprise comme l’Israël de Dieu ({==> NBS_Notes "Ga 6:16"}). 
 
       Fait surprenant à première vue, cette épître, la plus juive peut-être du Nouveau Testament, s’exprime dans un grec des plus purs. 
L’épître de Jacques et l’enseignement de Jésus 
 
       De très nombreux rapprochements peuvent être établis entre l’enseignement de l’épître de Jacques et celui de Jésus, surtout dans le « Sermon sur la montagne » tel que le présente Matthieu, bien que nulle part l’auteur ne cite formellement les paroles de Jésus (voir « Jacques et le « Sermon sur la montagne » », p. 1626). Comme les discours de Jésus dans les synoptiques, l’épître de Jacques contient beaucoup d’images tirées de la nature, plus que toutes les épîtres de Paul réunies. 
 
Procédés littéraires 
 
       Certains éléments de l’épître de Jacques, surtout dans le texte central #Ja 2:1-3:12, ressortissent au genre littéraire de la diatribe grecque, forme populaire de prédication morale pratiquée par les philosophes dès le IIe siècle av. J.-C. Comme dans la diatribe grecque, on trouve dans l’épître des dialogues interrompus, des questions et des réponses brèves (#Ja 2:18 et #Ja 5:13), ainsi que de nombreuses personnifications (#Ja 1:5 ; #Ja 2:13 ; #Ja 3:5 ; #Ja 4:1 ; #Ja 5:3). 
 
       Mais l’épître présente aussi de nombreux points communs avec les textes de sagesse issus du judaïsme hellénistique (notamment le Siracide*) et les écrits retrouvés à Qumrân*. Parmi les traits qui la rattachent, plus généralement, aux sermons juifs traditionnels, on peut relever les suivants : 
 
      -      citation ou formulation nouvelle de préceptes ancestraux, recours à l’exemple des personnages de l’histoire biblique (Abraham, Rahab, Jacob, Elie, Job) ; 
 
      -      reprise du même thème en divers endroits (la douceur : #Ja 1:21 et #Ja 3:13 ; l’endurance dans la souffrance : #Ja 1:2-4, 12 et #Ja 5:7 ; les riches : #Ja 1:9 ; #Ja 2:1 ; #Ja 5:1 ; la prière : #Ja 1:5-8 ; #Ja 5:16) ; 
 
      -      usage de mots-crochets (un même terme à la fin d’un paragraphe et au début du suivant) pour relier les idées (ainsi manquer en #Ja 1:4 ; épreuve / éprouver en #Ja 1:12 ; religion #Ja 1:26 ; voir aussi juger / jugement en #Ja 2:12). 
La foi et les œuvres, les riches et les pauvres 
 
       Une apparente contradiction exerce depuis longtemps la sagacité des commentateurs : celle de notre épître (#Ja 2:14-26) et des affirmations de Paul sur la foi et les œuvres (cf. #Ro 3:28 ; #Ro 4:2, etc.), qui ne semble pas vraiment correspondre au conflit suggéré en Galates #Ga 1 et #Ga 2 (cf. #Ac 15). Si certains ont achoppé sur cette tension (ainsi Luther qui s’étonnait qu’on admît Jacques, « l’épître de paille », dans le Nouveau Testament), d’autres ont tenté de la résoudre en faisant valoir que Paul parle d’œuvres de la loi juive et de foi chrétienne, alors que Jacques opposerait une foi purement cérébrale à des œuvres authentiquement chrétiennes, nées d’une foi vivante. Toujours est-il qu’en christianisme comme en judaïsme la foi-surtout comprise au sens de « croyance » -n’est pas à l’abri de devenir un vain mot, une abstraction incapable de sauver, concrètement, de quoi que ce soit (#Ja 1:22 ; #Ja 2:14). Or l’épître de Jacques ne craint pas de s’en prendre de front à la « foi » que les chrétiens sacralisent-les démons croient aussi ! (#Ja 2:19) -quand celle-ci n’inspire plus que des discours au lieu de changer les comportements, quand elle fait de l’Eglise, non plus une communauté où l’on vit différemment, mais une chapelle où le statut de maître est la dignité suprême et devient l’enjeu de luttes pour le pouvoir (#Ja 3:1 ; #Ja 4:1). 
 
   Jacques et le « Sermon sur la montagne » ==> figure 11626 
 
       En particulier, l’épître de Jacques débusque les hypocrisies d’un christianisme qui, tout en se proclamant différent du « monde » (cf. #Ja 1:27 ; #Ja 4:4), en adopte sans discrimination les convenances sociales. Ce qui peut expliquer ses paroles très dures au sujet des riches, qu’il se garde d’appeler directement frères. Quand ces riches, qui ne semblaient guère s’intéresser dans un premier temps aux communautés chrétiennes, se mettent à y affluer(comparer #1Co 1:26 et #1Ti 6:17), ils sont enclins à y importer subrepticement leur façon de voir et de faire le monde (cf. #Ja 4:1, 13 ; #Ja 5:1). On comprend, dès lors, que l’auteur proteste contre une adhésion à la « foi » qu’il juge trop légère. Pour lui, la vraie foi signifie une conversion de la pensée et de la pratique. Ce qui, dans le cas des riches, suppose un abaissement dont ils ne sauraient faire l’économie (#Ja 1:9). Il n’y a aucune raison (l’auteur, semble-t-il, n’hésiterait pas à dire : au contraire !) pour que les riches qui entrent dans une assemblée chrétienne y soient accueillis d’emblée avec plus d’honneur que des pauvres (#Ja 2:1). 
      Pour l’épître de Jacques, ce n’est pas une foi trop aisément dissociable de la réalité, mais bien la compassion qui sauve du jugement (#Ja 2:13). Compassion qui n’est pas la « charité » trop bien ordonnée des riches, mais un engagement décisif et sans retour auprès du prochain, notamment des plus démunis (#Ja 1:27 ; sur le sens du mot traduit par compassion, voir #Lu 10:30). Cette compassion présuppose, certes, une foi réelle, mais elle ne peut être une simple profession de foi (#Ja 2:14). Elle situe en effet l’existence chrétienne non pas dans une sphère « spirituelle » qui risque toujours de devenir imaginaire, mais dans l’existence tout court, lieu des épreuves qu’il convient d’affronter sans aucun pieux fatalisme (#Ja 1:12). 
 
       Quand on suit la logique propre de l’épître de Jacques, on s’aperçoit vite que, malgré des formules à première vue opposées, elle n’est pas très loin de Paul sur le fond : témoin les remarques de ce dernier touchant le Repas du Seigneur, qui n’a aucun sens hors d’une solidarité concrète entre les participants (#1Co 11:17). 
 
   Un plan pour l’épître de Jacques ? ==> figure 21626 
 
Autres lignes de force 
 
       On ne s’étonnera pas, dès lors, de l’importance que l’épître de Jacques attache à la vie communautaire, importance qui se reflète dans la fréquence inhabituelle d’expressions telles que parmi vous (#Ja 4:1 ; #Ja 5:13, 19), les uns les autres (#Ja 4:11 ; #Ja 5:16), frères (18 fois). L’auteur insiste sur l’importance du lien de la parole : que le oui soit oui sans nécessité de serment ; que chacun s’abstienne de médire de son prochain ; qu’il ait le courage de reprendre son frère et de le sauver ainsi d’une voie mortelle (#Ja 5:20) ; que tous prient les uns pour les autres, et en particulier les anciens pour la guérison des malades. 
 
       Plus surprenante, peut-être, et pourtant profondément liée à la volonté et à la puissance de transformation que l’épître ne veut en aucun cas voir perdre à la foi chrétienne, est l’insistance sur la fin des temps : c’est dans l’attente de l’avènement du Seigneur (#Ja 5:7) et du jour du jugement (#Ja 2:12 ; #Ja 4:12 ; #Ja 5:9) que doit s’exercer l’endurance active du chrétien (#Ja 1:2-4, 12 ; #Ja 5:10). Celui-ci est appelé à supporter patiemment les épreuves (#Ja 1:2-4, 12) et les souffrances (#Ja 5:10) jusqu’à l’avènement du Seigneur. Le juge est à la porte (#Ja 5:9) : qu’on se montre donc vigilant et généreux (#Ja 2:12). Celui qui aura persévéré jusqu’à la fin dans l’amour du Seigneur recevra la couronne de la vie (#Ja 1:12). 
       Cette lettre rude, dérangeante à bien des égards, mérite certainement d’être encore reçue avec toute l’attention dont elle juge elle-même digne l’ensemble de l’héritage chrétien, compris comme loi de la liberté : non pas en écoutant pour oublier, mais en mettant en pratique, -en faisant œuvre (#Ja 1:25). 
 
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       #Ja 1:1 Jacques : en grec Iakôbos, transcription du nom hébreu Jacob ; cf. #Mr 6:3//; #Ac 12:17+; #Ac 15:13; Ac 21:18; 1Co 15:7; Ga 1:19; Ga 2:9,12. 
 
       — esclave : autre traduction serviteur ;  #Ro 1:1+; #Jude 1+; #Ap 1:1; cf. #Ge 32:11; Esa 41:8; Esa 48:20. 
 
       — de Dieu … : on pourrait aussi traduire du Dieu et Seigneur Jésus-Christ, cf. v. #Ja 1:27; Ja 2:1; {==> NBS_Notes "Ja 3:9"}; #Ja 5:14; Jn 20:29. 
 
       — Christ : voir onction*. 
 
       — aux douze tribus : l’auteur s’adresse, ou bien à des chrétiens d’origine juive, ou bien à l’ensemble des chrétiens, indépendamment de leur origine, mais considérés comme formant un peuple nouveau comparable aux douze tribus d’Israël (cf. {==> NBS_Notes "Ga 6:16"}); voir aussi #Mt 19:28; Ac 26:7; Ap 7:4; Ap 21:12. 
 
       — dispersion : grec diaspora, terme désignant habituellement la communauté juive hors du pays de ses ancêtres ; voir « La diaspora ou les Juifs hors de leur pays », p. 1405; {==> NBS_Notes "Jn 7:35"}; {==> NBS_Notes "1P 1:1"}. 
 
       — bonjour ! litt. se réjouir, cf. v. #Ja 1:2; voir {==> NBS_Notes "Ac 15:23"}. 

 

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