1 Les sept prophétesses ( Abigayil )

12/07/2018 09:51

Les sept prophétesses

-Sarah la princesse,

-Myriam la sœur de Moïse,

-Déborah du livre des Juges,

-Hannah,

-Abigayil,

-Houldah,

-Esther la reine.

 

Abigayil

 

Dans la Bible, Abigaïl (אֲבִיגָיִל - la joie de son père) est la femme de Nabal, un riche marchand. Elle serait ensuite devenue la seconde épouse de David avec qui elle partagera ses nombreuses errances.

Abigaïl est aussi le nom de la sœur de David.

 

 

ce qu'en dit le rabbin Jacques Kohn

Avigaïl : Présentée par le Midrach comme l’une des plus belles femmes de l’histoire, Avigaïl est devenue la veuve de Nabal le Carmélite, un individu particulièrement antipathique, dans des circonstances que relate avec force détails le chapitre 25 du premier livre de Samuel. Elle a par la suite épousé David, alors qu’il était encore pourchassé par Saül. Elle a été traversée par l’esprit saint, rapporte le Midrach ( Eikha rabba 21, 1), lorsqu’elle tint à celui qui allait devenir son deuxième mari ces propos prémonitoires :
Si l’on s’avisait de t’attaquer et d’en vouloir à ta vie, l’existence de mon seigneur restera liée au faisceau des vivants que protège Hachem , ton Dieu. Quant aux âmes de tes ennemis, Il les atteindra comme par le creux d’une fronde” (I Samuel 25, 29).

 

Le traité Meguila consacre un long passage à Abigaïl, épouse de Nabal, un riche propriétaire rural qui avait refusé à David, alors qu’il était fugitif, des vivres pour sa troupe fidèle. Au début de Samuel (I) 25, David est prêt à venger dans le sang l’affront qui lui est fait, mais Abigaïl descend à sa rencontre, munie des provisions réclamées, et lui tient un discours si brillant d’intelligence que David cède à sa demande d’épargner Nabal. Par ailleurs, le futur roi d’Israël est ébloui par son extraordinaire beauté et, lorsque le mari aura succombé à ce qu’on pourrait appeler un coup de sang en apprenant l’intervention de son épouse, celle-ci rejoindra David qui la prendra pour femme.

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La guemara interprète les versets bibliques ayant trait à cet épisode de la manière suivante :

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a) « À califourchon sur l’âne, elle descendait dans le secret de la montagne [60][60] Samuel (I) 25, 20.. » On aurait attendu : elle descendait de la montagne, remarque la guemara, et cette anomalie inspire à Raba bar Samuel la restitution d’un dialogue entre les deux protagonistes : dans ce dialogue, Abigaïl prend prétexte d’une question halakhique c’est-à-dire juridique concernant les interdits liés à la vie conjugale ou lois de nida, – question d’intimité d’où le lien avec le secret de la montagne – pour démontrer à David qu’il n’a pas le droit de tuer Nabal. S’adressant à David comme à un maître en Tora, elle lui montre un linge taché de sang « venant des parties secrètes », c’est-à-dire du vagin ou de l’utérus, pour savoir s’il s’agit d’un cas d’impureté interdisant toute relation sexuelle. Il objecte qu’on ne tranche pas ce type de question la nuit. Ce à quoi elle rétorque qu’on ne juge pas de procès criminels la nuit. Nul besoin de procès, répond David, car Nabal est en rébellion contre le roi. Mais Abigaïl a le mot de la fin : « Saül est vivant, on n’a pas encore frappé monnaie à ton effigie ! » Et lui de s’incliner devant son raisonnement : « Bénie soit ton intelligence et bénie sois-tu qui m’as empêché aujourd’hui d’en venir aux sangs [61][61] Samuel (I) 25, 23. ! »

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b) Pourquoi ce terme « sangs » est-il au pluriel ? On déduit de là qu’il l’a désirée mais qu’elle ne lui a pas cédé : « cette fois-ci ne sera pas pour toi un écueil [62][62] Ibid., verset 31. » – « cette fois », mais il y aura une autre fois qui, elle, sera un écueil – allusion à l’histoire de Bethsabée avec qui David cédera à la tentation : l’ayant aperçue, depuis sa terrasse, quand elle était en train de se baigner, il l’enverra chercher, la mettra enceinte et s’arrangera pour que son mari meure à la guerre [63][63] Samuel (II) 11.. Ce qui permet à Abigaïl de conclure au verset 29 :

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c) « Et l’âme de mon seigneur trouvera sa place dans le trésor des vivants. » Cette expression (qui sera introduite par les rabbins dans la prière récitée en faveur d’un mort) est interprétée comme une allusion à la survie de l’âme des défunts. En effet, Abigaïl prophétise ainsi que, malgré les faits rapportés ci-dessus qui auraient pu exclure David de l’accès au « monde futur », sa faute sera effacée (grâce à son repentir sincère) et il méritera de figurer parmi ceux qui survivent à la mort, « dans le trésor des vivants ». Elle enseigne par ces mots l’existence du « monde futur », allusion que l’on trouve rarement dans la Bible.

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d) Abigaïl termine sa plaidoirie par cette prière discrète : « L’Éternel sera bienfaisant envers mon seigneur et tu te souviendras de ta servante ! » (fin du v. 31). Ce qui inspire à Rav Nahman, toujours dans cette même guemara, cette remarque : « D’où le dicton : la femme tout en parlant manipule son fuseau ! », ce qui signifie que la femme sait user de la parole pour tisser sa toile. Selon d’autres : « l’oie va tête basse et ses yeux voient loin ! » Autrement dit, la femme sait tirer profit de la situation. On peut expliquer cette fin comme faisant encore partie de l’ensemble de son discours prophétique : « l’oie voit loin » : Abigaïl prévoit la mort de Nabal et l’envoi par David de messagers pour l’amener à lui [64][64] Dans la littérature hébraïque, l’oie n’est pas notée....

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En quoi tous ces discours prouvent-ils qu’Abigaïl était une prophétesse ?

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a) En empêchant David de tuer Nabal et sa maison, en lui évitant de transgresser les interdits sexuels, elle lui a rendu un service qui dépasse en valeur tous les sacrifices [65][65] Yalkout Chimoni 135., car, comme l’indique le Midrach, ces derniers n’auraient pas eu la force d’effacer ces crimes. La mission prophétique d’Abigaïl consistait donc à sauver non seulement l’homme et le roi, mais aussi le Messie qui serait l’aboutissement de sa dynastie.

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b) Qu’elle n’obéissait pas alors à une intuition purement humaine, c’est son allusion à Bethsabée qui le prouve : « cette fois-ci ne sera pas pour toi un écueil » — sous-entend : « mais une autre fois oui… »

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c) Néanmoins (autre prophétie) cette faute ne l’exclura pas du Monde futur : « et l’âme de mon seigneur trouvera sa place dans le trésor des vivants [66][66] Samuel (I) 12, 13. », grâce au repentir qu’il témoignera [67][67] Sefat Emèt de R. Yehouda Arié Leib de Gour (1847-1....

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Abigaïl trouve ici la seule occasion de son existence d’agir en tant que prophétesse. Son intervention, motivée au départ par le souci d’éviter un massacre, a un caractère privé plutôt qu’historique, mais son action, par le contenu de sa prophétie, va gagner une dimension messianique – rendre possible l’avènement du Messie descendant de David – et eschatologique – enseigner l’existence du Monde futur, la survie de l’âme après la mort, vérité que le texte biblique n’exprime que très parcimonieusement. C’est pourquoi les sages du Talmud ont remarqué : « La vérité, c’est que la femme n’est pas quelque chose de secondaire, mais elle a une importance primordiale [68][68] Rabbenou Be’hayé (xiiie siècle) sur Exode 15, 21. ! » Ainsi, on trouve certains enseignements essentiels de la Tora énoncés par des femmes (voir aussi Deborah et Hannah).

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d) Quant à la conclusion de sa plaidoirie, « tu te souviendras de ta servante », elle indique que, tout en parlant de Nabal, elle prévoyait son propre destin. Elle avait résisté aux instances pressantes de David non par indifférence mais par une très forte maîtrise de soi, comme le montre l’ensemble de sa conduite dans ce passage. Rav Nahman commente donc ce verset en notant que, tout en prophétisant, elle était capable de tisser son propre destin ou, selon l’autre version, qu’elle voyait déjà la suite, comme l’oie qui voit loin. Ce pouvoir de voir loin lui a été donné par le mérite de s’être abaissée devant David [69][69] Samuel (I) 25, 24-25., elle, la femme d’un riche propriétaire, et prophétesse de surcroît, comme l’oie qui marche la tête basse.

 

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