Louis Ier de Bourbon-Condé

10/12/2016 13:41

 

Louis Ier de Bourbon-Condé
Image illustrative de l'article Louis Ier de Bourbon-Condé

Titre Prince de Condé (1546 - 1569)
Autre titre duc d'Enghien (1566 - 1569)
pair de France (1566)
Arme cavalerie
Grade militaire général
Commandement général en chef deshuguenots
Conflits guerres de religion
Faits d'armes Batailles de Dreux, de Saint-Denis et de Jarnac
Biographie
Dynastie Maison de Bourbon
Naissance  à Vendôme
Décès  à Jarnac(à 38 ans)
Père Charles IV de Bourbon
Mère Françoise d'Alençon
Conjoint Éléonore de Roye
Françoise d'Orléans Longueville
Liaisons Isabelle de Limeuil
Enfants


Blason Louis Ier prince de Condé (1530 † 1569).svg

 

Louis Ier de Bourbon, prince de Condé, duc d'Enghien (Vendôme

 

 – Jarnac

) est unprince du sang de la maison de Bourbon et le principal chef protestant pendant les trois premières guerres de religion. Il meurt assassiné sur le champ de bataille de Jarnac.

Il est le fondateur de la maison de Condé .

 

***

LOUIS DE CONDÉ 
 
 
 
Louis de Bourbon, prince de Condé, naquit à Vendôme, le 7 mai 1530. Il était le septième fils de Charles de Bourbon, qui tirait son origine de Robert, sixième fils de saint Louis, et de Marguerite de Provence. Le cardinal de Bourbon, oncle du jeune prince, se chargea de son éducation et le fit élever dans son abbaye de Saint-Denis, et le destina à l’état ecclésiastique, afin de lui transmettre ses riches et opulents bénéfices ; mais son neveu déjoua toutes ses espérances, car son goût pour le métier des armes était si prononcé que le cardinal dut renoncer à faire un prêtre du jeune prince, qui, à tout prix, voulut être soldat. En 1549, il parut à la cour d’Henri II, qui le nomma gentilhomme de sa chambre avec 1 200 livres d’appointements. C’était bien peu pour faire bonne figure dans une cour aussi somptueuse et aussi prodigue que celle du roi de France ; mais Condé, trop fier pour rechercher la protection des Guises, demanda à son épée de lui donner ce qu’il aurait rougi d’obtenir par un acte de bassesse ; il prit du service, guerroya en Piémont, assista au siège de Metz, monta à plusieurs assauts, et se distingua parmi les plus braves. 
 
      Parti volontaire en 1551, il avait gagné en 1558, les épaulettes de colonel général de l’infanterie française ; cela aurait été beaucoup pour un simple gentilhomme, c’était peu pour lui, prince du sang et visant à l’épée de connétable. 
 
    À la mort de Henri II, le pouvoir tomba entre les mains des Guises, qui gouvernèrent le royaume sous le jeune et faible François II, qu’ils marièrent à leur nièce, Marie Stuart. Condé perdit dès lors tout espoir d’avancement, et se jeta, non par conviction, mais par haine des princes lorrains, dans le parti protestant. Sa conversion ne fut pas plus sérieuse que celle d’Antoine de Bourbon, son frère, roi de Navarre ; les huguenots n’en furent pas moins fiers, et ils eurent le tort d’attendre de l’épée des princes et des grands ce qu’ils auraient dû attendre de la foi et du courage de leurs martyrs. Leurs beaux jours, ceux où se dressaient les bûchers sur lesquels montaient Pavannes, Louis de Berquin, Jean Leclerc, Caturce, les étudiants de Lyon, et tant d’autres, étaient passés ; vainqueurs jusque-là, parce qu’ils avaient lutté avec l’épée de l’esprit, ils furent vaincus quand ils voulurent lutter avec l’épée de fer. Ce qu’ils regardaient comme leur force devint leur faiblesse. N’est-il pas écrit que « les armes du chrétien ne sont point charnelles » ? Nous dirons cependant, à la décharge des protestants, qu’ils ne descendirent sur les champs de bataille que contraints par les Guises, qui travaillaient à leur extermination avec une persistance que rien ne pouvait lasser. Les huguenots, à leur tour, lassés de se voir immoler sans défense, bondirent de colère, et exercèrent, à l’égard de leurs ennemis, la terrible loi du talion. On comprend donc que lorsque des princes comme Louis de Condé et son frère, des nobles comme Coligny et Andelot se joignaient à eux, ils devaient être fiers de les compter dans leurs rangs et empressés de les mettre à leur tête. 
 
      Dans la biographie de la Renaudie, nous avons raconté la conspiration d’Amboise dont Condé fut le chef secret. Pendant l’exécution des compagnons de la Renaudie, le prince fut averti que sa vie courait des dangers de la part des Guises, qui voulaient le faire arrêter. Condé, dans cette circonstance critique de sa vie, se montra audacieux et lâche ; audacieux, en allant trouver le roi pour protester de son innocence ; lâche, en aidant François de Guise à disperser les conjurés, et en assistant à l’exécution de ceux dont il était le chef secret ; sa conduite ne détruisit pas les soupçons des Guises, qui se disposaient à le faire arrêter, quand il se présenta hardiment devant le Conseil du roi, alors réuni à Amboise. « Ceux qui ont affirmé, dit-il, que je suis chef de la conspiration contre le roi et son État ont menti faussement, et autant de fois qu’ils le diront, autant de fois ils mentiront, et je leur offre, dès lors, à toute heure, de quitter le degré de prince si proche du sang du roi pour les combattre. » 
 
     Dans un sens, le prince disait la vérité, car il ne s’était pas fait le chef secret de la conjuration pour détrôner le roi, mais pour le débarrasser, ainsi que son royaume, de la tyrannie des princes lorrains. 
 
      Personne n’osa relever le gant, et, chose singulière ! ce fut le duc de Guise qui se constitua le second du prince ; celui-ci ne se trompa pas cependant sur les sentiments intimes du duc, et chercha prudemment à quitter Amboise ; sous prétexte d’un voyage en Picardie, il se dirigea vers Nérac. 
 
      À la suite de la conspiration d’Amboise, les États généraux furent convoqués à Orléans, « afin d’aviser aux moyens de pacifier le royaume. » Les Guises, n’ayant pu empêcher leur tenue, prirent leurs mesures pour que les délibérations tournent à leur avantage particulier. Au moyen de leur police secrète, ils découvrirent le projet des Bourbons de se mettre à la tête des protestants et des catholiques mécontents de l’état des choses, de marcher sur Paris, de se présenter à la cour et d’en chasser les Guises. Ces derniers prirent habilement leurs dispositions, et surent attirer à Orléans, où se tenaient les États, Condé et le roi de Navarre, son frère. Ils y vinrent, malgré les avertissements de leurs conseillers, et se jetèrent étourdiment dans les filets des princes lorrains. À peine arrivé, Condé fut arrêté et jeté en prison. Sa captivité, loin de l’abattre, releva son courage, et le prince, qui était intrépide sur un champ de bataille, fut grand dans son cachot. Les Guises, qui demandaient sa tête au nom de la politique, comme coupable de conspiration contre la sûreté de l’État, la demandaient aussi au nom de la religion, comme coupable du crime d’hérésie. Ils lui envoyèrent un prêtre dans sa prison, espérant qu’il le repousserait, et que, par cet acte, il déclarerait ouvertement qu’il avait abjuré le catholicisme ; leur attente ne fut pas trompée ; Condé rembarra vertement le prêtre. « Sortez, lui dit-il en lui montrant la porte, et allez dire au roi que je ne suis pas venu le trouver pour aucunement communiquer aux impiétés de l’Antéchrist romain. » Il ne pouvait déclarer ni plus publiquement, ni plus dédaigneusement qu’il n’était plus catholique. 
 
      Quelques jours après, un gentilhomme, qui lui fut député, pénétra en espion dans sa prison, et lui parla d’un rapprochement avec les Guises. À ce mot de rapprochement, le prince lui répondit vivement : « Il n’y a meilleurs appointements qu’avec la pointe de l’épée. » 
 
     Les princes lorrains, maîtres par leurs créatures, dans l’assemblée des États, firent nommer une commission pour juger Condé, qui déclina la compétence de ses juges, et demanda à être jugé, comme prince du sang, par la cour des pairs. Son appel fut rejeté. Il se décida alors à comparaître devant ses juges, qui le condamnèrent à mort. 
 
      Les Guises faisaient dresser son échafaud et les bourreaux étaient prêts, quand tout à coup le jeune François II tomba malade, sans espoir de guérison. Sa mort, qui survint presque inopinément, sauva Condé. Les Guises, la veille, maîtres à Orléans, prirent peur, firent démolir l’échafaud qu’ils avaient dressé et ouvrirent eux-mêmes les portes de sa prison au prince. Celui-ci leur dit fièrement qu’il voulait être renvoyé devant les Pairs, ses juges naturels. Il fut transféré à Ham, puis à La Fère, où il demeura jusqu’à ce qu’un arrêt du Conseil, rendu le 15 mars 1560, « le déclara pur et innocent des crimes à lui imputés. » 
 
      Antoine de Bourbon, qui jusqu’à cette époque avait été reconnu comme le chef avoué du parti protestant, lui fit défection, et son frère prit naturellement sa place, pendant que les Guises, par leurs intrigues, reconquéraient peu à peu, sous Charles IX, l’influence qu’ils avaient perdue par la mort de François II. Pénétrés de plus en plus de cette pensée qu’il fallait exterminer les protestants, ils ouvrirent la sinistre année de 1562 par le massacre de Vassy, qui fut suivi de vingt autres massacres dans les principales villes de France. Les protestants, à la vue de leurs frères lâchement égorgés, se levèrent comme un seul homme au cri terrible de : Vengeance ! vengeance ! Des deux côtés, ce ne fut pas un combat, mais une boucherie ; et au moment où les Guises croyaient avoir noyé les protestants dans leur propre sang, ceux-ci s’avançaient menaçants vers Paris. 
 
      Catherine de Médicis, qui haïssait plus encore les Guises que les huguenots, se retira avec son fils à Fontainebleau ; de là elle suivait d’un œil inquiet la marche des événements, prête, selon que son intérêt le lui dicterait, à aller aux Guises ou à Condé. Elle était décidée à se joindre à ce dernier, quand les princes lorrains, qui devinèrent son projet, la contraignirent de rentrer à Paris, où ils la retinrent prisonnière. 
 
    Condé commit une faute irréparable : il aurait pu s’emparer du jeune roi. Maître de sa personne, il aurait, dans un manifeste, fait connaître à la France que le but des protestants, comme on les en accusait faussement, n’était pas de détrôner le jeune monarque, mais de délivrer le royaume de la tyrannie des Guises. Sa voix aurait été comprise, et du rôle de défenseurs de la royauté, les princes lorrains seraient descendus à celui de conspirateurs. Que de maux n’auraient pas été épargnés à la France ! le protestantisme y serait probablement devenu prépondérant, ou tout au moins, assez puissant pour ôter aux catholiques l’envie de les exterminer ; Charles IX ne serait pas aujourd’hui l’homme sinistre de la Saint-Barthélémy, et sa mère n’aurait pas dans l’histoire la page honteuse et sanglante qu’elle y occupe. Revenons à Condé ; il aurait pu être, aux yeux de la France, le défenseur de la royauté, et il ne fut plus qu’un conspirateur qui s’appuyait sur les huguenots pour détrôner le jeune Charles IX. Il le sentit ; et dans un manifeste qu’il fit répandre à profusion, il établit : « que la prise d’armes (et c’était vrai), n’avait d’autre but que de sauvegarder les droits de la royauté contre l’ambition des Guises. » 
 
      Ces derniers répondirent au manifeste du prince par un autre manifeste. Oubliant volontairement que les catholiques avaient été les agresseurs, ils reprochèrent amèrement à Condé les excès des huguenots. Ces abus différaient cependant essentiellement de ceux des catholiques, car pendant que ces derniers abattaient des têtes d’hommes, les huguenots ne décapitaient le plus souvent que des statues. En le faisant, ils croyaient obéir au second commandement de la loi : « Tu ne te feras pas d’images taillées. » Condé déplorait ce vandalisme sans pouvoir l’empêcher. Un jour, il voit un soldat renversant une statue placée au-dessus du portail d’une église. Irrité, il le couche en joue : « Attendez, prince, lui dit tranquillement le soldat, que j’aie abattu cette idole, je mourrai ensuite, si cela vous plaît. » Condé abaissa son arme et dit : « Dieu le veut. » 
 
      On comprend donc, sans l’excuser, le fanatisme huguenot ; mais ces mêmes hommes, qui étaient sans pitié pour les monuments, se distinguaient dans leur camp, autant par l’austérité de leurs mœurs que les soldats catholiques par leur licence. Soir et matin, ils assistaient au culte public, et la journée commençait et se terminait par la prière ; mais malheureusement il n’en fut pas toujours ainsi, et l’immoralité peu à peu s’introduisit au milieu d’eux, « et ils perdirent, dit le sage Lanoue, leur réputation de sagesse. » 
 
    Condé fit la guerre avec des chances diverses : il prenait des villes, il en perdait ; pas de grandes batailles, mais des rencontres et des escarmouches avec les troupes catholiques ; le vainqueur de la veille était le vaincu du lendemain. La France s’affaiblissait et se déshonorait dans cette guerre civile ; les catholiques se montraient cruels, les huguenots farouches ; les uns et les autres se battaient au nom de la religion et compromettaient la cause au service de laquelle ils avaient mis leurs passions et leur bravoure. Condé, abandonné par un grand nombre de ses soldats, s’adressa aux États protestants d’Allemagne, pour refaire ses cadres dégarnis par la mort et par la désertion. 
 
      Après beaucoup de marches et de contre-marches et de rencontres sans aucun résultat, l’armée catholique, commandée par le connétable de Montmorency, et l’armée huguenote, sous les ordres de Condé, se trouvèrent en présence, et se livrèrent, le 19 décembre 1562, près de Dreux, la première bataille rangée depuis le commencement des hostilités. Des deux côtés on montra une rare intrépidité ; chacun fit son devoir ; mais Condé fut plus colonel que capitaine, et François de Guise, le lieutenant du connétable, plus général encore que capitaine. Il se montra habile tacticien, et au moment où les huguenots, après la plus brillante des charges, se croyant les maîtres du champ de bataille, commençaient le pillage, il fondit sur eux avec autant de précision que d’impétuosité, et décida du sort de la journée. Les huguenots perdirent 2 200 hommes et 140 cavaliers. Leur désastre aurait été bien plus considérable, si Coligny, plus redoutable, comme on l’a dit, après une défaite qu’après une victoire, n’avait rallié les fuyards. Une chose digne de remarque, c’est que dans cette sanglante journée, le général en chef des catholiques, et Condé, celui des protestants, furent faits prisonniers. Ce dernier fut traité courtoisement par François de Guise, son vainqueur. Il mangea à sa table et dormit dans son lit. 
 
      Le prince fut conduit à Chartres ; de là à Blois et de Blois au château d’Amboise, d’où il essaya de s’échapper, ce qui coûta la vie à plusieurs de ceux qui avaient aidé à son évasion. 
 
    Les Guises auraient sans doute demandé la mise en jugement du prince comme rebelle à son roi ; mais Catherine de Médicis ne se sentait pas disposée à travailler à leur grandeur, et lorsque peu après la bataille de Dreux, François de Guise fut assassiné à Orléans par Poltrot, elle regarda sa mort comme une délivrance, et fit des propositions de paix aux huguenots. Condé, qui s’ennuyait dans son donjon d’Amboise, prêta une oreille avide aux ouvertures qui lui furent faites, et signa, le 12 mars 1562, le traité de paix d’Amboise, au moment où Coligny, par une persévérance que rien ne pouvait lasser, relevait les affaires des huguenots, si compromises, tantôt par la bravoure irréfléchie de Condé, et tantôt par son imprévoyance. Le prince, d’un trait de plume, avait détruit tous les efforts du noble amiral. « Vous avez, lui dit sévèrement Coligny, renversé plus d’églises que les forces ennemies n’en auraient détruit en dix ans. » 
 
      L’irritation contre Condé était grande, et on l’accusait, non sans raison, d’avoir sacrifié la cause protestante aux ennuis de sa prison et aux plaisirs de la cour de Catherine. 
 
      Condé était un vaillant homme de guerre, mais un mauvais chrétien. Époux, il rendait la vie amère à Éléonore de Roye, sa vertueuse et fidèle épouse ; elle mourut de chagrin, se voyant délaissée par son époux. Celui-ci, devenu veuf, songea à se remarier ; il aurait pu épouser la jeune veuve de François II, la belle Marie Stuart, ou l’opulente veuve du maréchal de Saint-André. 
 
      Les protestants craignirent un moment, en le voyant pris dans les filets perfides de Catherine, qu’il ne les abandonne comme l’avait fait Antoine de Bourbon, son frère. Heureusement il évita les écueils plus encore par les circonstances que par sa prévoyance, et épousa en secondes noces Françoise d’Orléans, sœur du duc de Longueville. 
 
     Catherine avait atteint son but : elle avait discrédité Condé auprès des protestants, qui lui avaient retiré leur confiance, et l’avaient reportée sur Coligny, qui la méritait par sa grande droiture, sa capacité incontestable, et la grande austérité de ses mœurs. Condé ne tarda pas à comprendre qu’il avait fait fausse route ; Catherine ne tenait pas ses promesses envers lui et le laissait à l’écart, ne le redoutant plus. Aussi il saisit la première occasion qui se présenta pour reconquérir auprès de ses coreligionnaires son crédit perdu. Il appuya énergiquement leurs réclamations au sujet de la violation de l’édit d’Amboise ; mais la reine ne l’écouta pas, et entreprit, avec son fils Charles IX, à travers la France, son célèbre voyage, dont le but secret était de s’aboucher à Bayonne avec Philippe II, afin d’aviser aux moyens d’exterminer les protestants. Le roi d’Espagne envoya à sa place son ministre favori, le farouche duc d’Albe. 
 
      Ce fut au milieu de fêtes brillantes que l’homme le plus cruel d’Espagne et la femme la plus astucieuse de France se concertèrent pour mener à bonne fin cette abominable entreprise. Le duc voulut qu’on se défie d’abord des principaux chefs huguenots : « La tête d’un saumon, disait-il à la reine, qui n’était pas pour les moyens violents, vaut mieux que dix mille têtes de grenouilles. » Ce propos fut entendu par le jeune Henri de Navarre, depuis Henri IV ; il le répéta à sa mère, qui avertit Condé. Celui-ci se tint dès lors sur ses gardes. 
 
    À son retour de Bayonne, Catherine fit ses dispositions pour mettre ses projets à exécution. Condé et Coligny ne furent pas pris au dépourvu. Lors de nombreuses réunions de gentilshommes, qu’ils eurent, en 1567, à Valéry et à Chatillon-sur-Loing, ils résolurent, après beaucoup d’hésitations, à lever, tant le danger était pressant, l’étendard de l’insurrection, et au moment où Catherine de Médicis croyait pouvoir tomber sur eux à l’improviste, ils étaient prêts à tenir tête à l’orage. Sans une nouvelle imprévoyance de Condé, qui se laissa amuser par les propositions de paix de la reine, l’armée huguenote aurait pu s’emparer de Charles IX, qui était à Meaux. Le jeune roi frémissait de colère, et la rage au cœur, prit la fuite et s’enferma dans Paris. Condé se porta alors sur la capitale et résolut de l’affamer, afin de forcer la reine à une paix solide donnant aux huguenots des garanties qui jusqu’alors leur avaient manqué. Les Parisiens étaient furieux contre le connétable de Montmorency, qui ne voulait pas livrer bataille aux rebelles. « Une mouche, disaient-ils avec ironie, en faisant allusion aux 6 000 huguenots qui bloquaient la ville, assiège un éléphant. » Montmorency se décida enfin à accepter le combat, et échelonna ses escadrons dans la plaine de Saint-Denis. La journée fut chaude ; les huguenots y firent des prodiges de valeur, et suppléèrent à leur infériorité numérique par une bravoure sans égale. Le vieux connétable, qui n’avait pas commandé en capitaine, se battit en soldat ; il fut blessé mortellement et mourut quelques jours après. 
 
    La nuit seule sépara les combattants, qui s’attribuèrent chacun la victoire. Condé, qui manquait de troupes pour affamer Paris, battit en retraite, et, après avoir donné ses ordres à son lieutenant, alla au-devant des milices étrangères, qu’il rencontra, le 15 janvier 1568, à Pont-à-Mousson. Sa joie fut grande, mais courte. Les mercenaires allemands, qui ne se battaient ni pour la gloire ni pour la foi protestante, demandaient, avant de faire un pas de plus en avant, qu’on leur compte les 100 000 écus qu’on leur avait promis, et la caisse huguenote était vide ! Dans ce moment critique, le prince n’hésita pas : il livra sa vaisselle d’argent et ses bijoux ; ses gentilshommes et ses soldats, jusqu’aux derniers valets de l’armée, se cotisèrent, et l’on réunit ainsi 30 000 écus. Les mercenaires consentirent à accepter cet acompte et suivirent Condé, qui, retournant sur ses pas, traversa la Champagne, et arriva, le 31 janvier 1568, sous les murs de Chartres, dont il entreprit le siège. Les Chartrais se défendirent avec autant d’habileté que de bravoure, et Condé, qui avait plus d’élan que de persévérance, décampa de devant la ville avant que la paix, celle de Longjumeau, négociée par Catherine, ait été signée. Coligny opinait dans un sens différent du prince ; ce fut vainement qu’il insista. La paix se fit, et prit dans l’histoire le nom de paix boiteuse et mal assise, parce que ses négociateurs furent Biron, qui était boiteux, et Henri de Mesmes de Malassise. Elle justifia son nom ; elle n’était qu’un leurre, au moyen duquel Catherine voulait endormir la vigilance de Condé et de Coligny, afin de s’emparer de leurs personnes. Cette odieuse tentative en pleine paix ne réussit pas ; les deux chefs huguenots, avertis à temps, s’enfuirent, le 25 août 1568, de Noyers, et gagnèrent la Loire, dont presque tous les passages étaient gardés. Le danger pour les fugitifs, qui emmenaient avec eux leurs femmes et leurs enfants, était imminent. Condé, qui savait que son salut dépendait de la rapidité de sa marche, se décida à traverser la Loire à gué dans les environs de Sancerre. Arrivé sur les bords du fleuve, il passa le premier, tenant son fils entre ses bras ; les autres le suivirent en chantant le psaume : Au sortir d’Égypte, Israël ! Ils étaient sauvés ! 
 
    La petite escorte du prince se grossit, et quand il entra à La Rochelle, pour lui confier sa femme et ses enfants, il était à la tête d’un corps considérable de troupes. La perfidie de Catherine avait porté ses fruits : les huguenots étaient debout et menaçants. La reine fit de nouvelles propositions de paix ; Condé ne se laissa pas abuser ; l’expérience lui avait trop souvent appris à ses dépens ce que valaient les promesses et les serments de la mère de Charles IX. C’était désormais au sort des armes à se prononcer entre les deux partis. Après des rencontres sans résultats, ils se trouvèrent, le 15 mars 1509, en présence dans les plaines de Jarnac. Là se livra une célèbre bataille qui a pris date dans les guerres civiles et religieuses de la France. Le jeune duc d’Anjou, depuis Henri III, commandait l’armée catholique, Condé l’armée huguenote. Les deux armées s’élancèrent avec plus d’ardeur que d’ordre l’une sur l’autre. C’était moins un combat qu’une lutte d’homme à homme. Condé, en ralliant sa troupe qui avait cédé sous le nombre, reçut du cheval de La Rochefoucauld une ruade qui lui cassa la jambe. Les seigneurs qui l’entourent insistent vainement pour qu’il se retire ; pour toute réponse, il leur montre la devise de sa cornette : Doux le péril pour Christ et la patrie. Il se fait remonter sur son cheval, et suivi de ses braves gentilshommes, il fond avec impétuosité sur les rangs ennemis ; mais, accablé sous le nombre, il tombe de son cheval tué sous lui. Il se soulève, combat un genou en terre. Une lutte acharnée se livre autour de sa personne : 250 huguenots résistent à plus de 5 000 hommes ! Le carnage est affreux. Un vieillard, nommé La Vergne, entouré de vingt-cinq jeunes gens, ses fils, petits-fils et neveux, tombe blessé mortellement avec quinze d’entre eux, tous en un monceau. La résistance est impossible. Condé rend son épée à un gentilhomme, nommé d’Argence, qui lui doit la vie ; celui-ci jure de le protéger. 
 
      Le duc d’Anjou était à quelques pas et avait vu la chute du prince. Le capitaine de ses gardes suisses, Montesquiou, probablement sur l’ordre de son maître, court vers le blessé. À sa vue, Condé s’écrie : « D’Argence, je suis perdu ! tu ne me sauveras pas ! » Il s’enveloppe de son manteau, s’en couvre la tête et attend la mort. Montesquiou arrive sur lui par derrière, et lâchement, d’un coup de pistolet, l’étend raide mort. 
 
    Ainsi se termina, à l’âge de trente-huit ans, la vie de Louis de Condé, qui a laissé dans l’histoire du protestantisme français un nom digne à la fois d’éloges et de blâme. Il fut brave, généreux, dévoué à la cause qu’il servit par ambition, mais aussi avec conviction ; supérieur en talent à son frère aîné, le roi de Navarre, il ne l’aurait jamais imité dans sa lâcheté ; il était vif, impétueux, éloquent, généreux, le type le plus parfait du guerrier du seizième siècle ; mais il manquait de suite et de persévérance : de là ses insuccès. Ses mœurs étaient mal réglées ; et, somme toute, son sang qu’il versa pour la cause protestante et celui qu’il fit verser, profita moins au protestantisme que celui du plus obscur de ses martyrs. 
 
      La défaite de Jarnac porta un coup terrible aux huguenots. Ils perdirent sur ce funeste champ de bataille l’élite de leur armée. Leur vainqueur, le jeune duc d’Anjou, souilla sa victoire par une lâcheté sans exemple : il regarda avec une cynique curiosité le cadavre du héros protestant, qui fut porté à Jarnac, sur le dos d’une vieille ânesse, dans une salle, d’où son beau-frère le retira pour lui donner une sépulture à Vendôme, dans l’église de Saint-Georges, sépulture de la famille des Bourbons. 
 

 

 

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