Pardon, Pardonner.

09/02/2019 09:50

Pardon, Pardonner.

1. Les mots principaux. Dans l’Ancien Testament les textes qui parlent du pardon utilisent principalement 3 mots dont les racines sont kipper, (#Esa 6:7), qui évoque l’expiation ; nasa’ littéralement lever, élever, porter (#Lé 5:1,17; 17:16; 20:19; 24:15 ; #Ez 23:35), qui parle des conséquences du péché et du châtiment qui en résulte, que parfois quelqu’un d’autre pourrait porter (#Ex 34:7 ; #Lé 19:17), pour arriver au Serviteur souffrant (#Esa 53:4,12) qui porte sur lui notre péché pour l’enlever ; enfin salaH littéralement remettre une dette, une faute (#1R 8:30,39 ; #Esa 55:7) ou ne pas la remettre (#2R 24:4). Dans le Nouveau Testament, les mots principaux sont aphiêmi de la racine aphesis détacher, envoyer au loin, donc remettre dettes ou péchés, d’où l’idée de rémission et de pardon (#Mt 6:12,14,15; 9:2; 12:31,32) ; hilaskomai expier, pardonner (#Lu 18:13 ; #Hé 8:12 citant #Jér 31:34). D’autres mots comme apoluô littéralement relâcher (#Lu 6:37 traduit dans COLOMBE par absoudre), kaluptô littéralement couvrir, parfois utilisé à propos des péchés (#Ro 4:7 citant #Ps 32:1 ; #Ja 5:20 citant #Pr 10:12 ; #1P 4:8 citant également #Pr 10:12).

2. La nécessité. Le péché, qui entre dans l’expérience humaine par la chute, pèse aussitôt sur l’homme. Caïn dit que le poids de sa faute est trop grand pour être supporté (#Ge 4:13). Le péché apparaît aussi comme une offense à Dieu, à son amour, à sa sainteté, à sa justice (#Ro 5:16,17) ; il est représenté encore comme une dette immense dont l’homme ne pourra jamais s’acquitter (#Mt 18:24). Nous devons donc prendre conscience que le péché n’est pas simplement un fardeau à la manière des épreuves qui nous écrasent malgré nous. Il n’est pas seulement un lien qui nous retient prisonniers, enchaînés malgré nous. Cette vision transforme trop souvent les pécheurs en simples victimes. Elle déculpabilise dangereusement et pourrait nous faire passer à côté du pardon. Pécheurs, nous sommes pleinement responsables et coupables devant le Seigneur. Nous avons besoin de pardon et nous devons le demander (#Ps 25:18).

3. La source du pardon est en Dieu seul. Les Juifs du temps de Jésus l’avaient bien compris. Entendant Jésus prononcer une parole de pardon, ils pensent qu’il blasphème, car Dieu seul peut pardonner (#Mt 9:3). Dans l’alliance qui conduit au salut, par le pardon, Dieu seul dicte les conditions. Et même lorsque l’homme les accomplit, le pardon qu’il reçoit repose encore uniquement sur la grâce de Dieu. D’ailleurs, la forme passive, souvent utilisée, l’atteste : Tes péchés te sont pardonnés (#Mt 9:2). L’homme ne peut se pardonner lui-même. Dieu fixe la barre très haut. Dans l’Ancien Testament, il met au cœur du culte juif les sacrifices (#Lé 1:1-7:@) en établissant le principe de l’expiation par le sang (#Lé 17:11). Dans ce temps de formation, Israël doit savoir que sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon (#Hé 9:22). Mais les animaux des sacrifices sont en attente du seul et unique sacrifice, celui de l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde (#Jn 1:29), car le sang des taureaux et des boucs ne peut pas ôter les péchés (#Hé 10:4). Ainsi Dieu, en posant la règle fondamentale qui permet le pardon, s’engage lui-même personnellement, douloureusement, prêt à sacrifier son propre Fils (#2Co 5:18-19). Dieu a fait par amour pour l’homme, ce que l’homme était incapable de faire. La source du pardon est dans sa grâce, sa miséricorde. Les hommes de l’Ancien Testament l’ont déjà compris et se réjouissent devant Dieu qui pardonne (#Né 9:17, qui reprend les paroles de l’Éternel à Moïse #Ex 34:6).

4. Les conséquences. L’homme pardonné par le sang de Christ (#1Jn 1:7-9) retrouve aussitôt la communion avec Dieu et avec les frères. Il marche dans la lumière et l’obéissance aux commandements de Dieu (#1Jn 2:6). Il est un homme heureux et dit sa joie (#Ps 32:1-2), car il perçoit la dimension du pardon. Dieu lui dit qu’il met ses péchés à une distance comparable à celle qui sépare l’orient de l’occident (#Ps 103:12), les jette derrière son dos (#Esa 38:17), il les a effacés et ne s’en souvient plus (#Esa 43:25 ; #Jér 31:34). Du moment que Dieu les a oubliés, nous ne devons pas revenir sur des fautes pardonnées pour nous culpabiliser ou attendre un meilleur pardon, car ce serait une injure à son amour. Une autre conséquence sur laquelle Jésus a beaucoup insisté est le pardon que l’homme pardonné doit accorder aux autres. Ainsi, dans le Notre Père, nous fait-il exprimer le rapport entre le pardon reçu de Dieu et celui que nous donnons à ceux qui nous ont offensés (#Mt 6:12,14-15). Si cette mesure est appliquée, elle indique que nous avons vraiment compris le pardon de Dieu et que nous avons fait le juste rapport entre l’énorme dette qui nous a été remise et les petites créances que nous remettons à notre tour. Aux 10 000 talents qui représentent la dette qui nous a été remise, Jésus oppose les 100 deniers figurant la dette des autres envers nous (#Mt 18:24-33). Le principe appliqué ici est la relation entre l’amour et le pardon (#Lu 7:47-48). Ainsi l’apôtre Paul nous exhorte à nous pardonner mutuellement à cause de la bonté que nous devons nous témoigner les uns les autres (#Ep 4:32).

5. Le message. Le pardon proclamé en la personne de Jésus-Christ est une des spécificités de l’Évangile. Zacharie, le père de Jean-Baptiste l’annonce en rattachant le pardon au salut que le Seigneur donne (#Lu 1:77). Le ministère de Jean commence par la prédication de la repentance, et le baptême qu’il administre annonce déjà le pardon des péchés (#Lu 3:3). À la fin de l’Évangile, Jésus, dans la chambre haute, ouvrant l’intelligence spirituelle à ses disciples, leur rappelle qu’il était écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour et que la repentance en vue du pardon des péchés serait prêchée à toutes les nations à commencer par Jérusalem (#Lu 24:46-47). À la Pentecôte, Pierre termine son message par un appel à la repentance et mentionne le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon des péchés (#Ac 2:38). Plus tard, Paul, dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, termine en déclarant que, par le Christ ressuscité, le pardon des péchés est annoncé (#Ac 13:38). Pierre, envoyé chez Corneille, voit le Saint-Esprit descendre sur son auditoire au moment où il prononce ces paroles : Tous les prophètes rendent de Jésus le témoignage que quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon des péchés (#Ac 10:43). Et Paul devant le roi Agrippa rappelle comment Dieu l’a envoyé vers les païens afin qu’ils se tournent des ténèbres vers la lumière, du pouvoir de Satan vers Dieu et reçoivent le pardon des péchés et un héritage avec ceux qui sont sanctifiés par la foi en Christ (#Ac 26:18).

6. Deux difficultés doivent être mentionnées :

a) Le péché contre le Saint-Esprit qui ne peut être pardonné (#Mt 12:31-32 ; #Mr 3:28-29 ; #Lu 12:10 ; #1Jn 5:16 auxquels il faut associer #Hé 6:4-6; 10:26-31). Ce péché n’est pas vraiment défini. À la lumière du message global du Nouveau Testament, il est impossible de conclure à un péché précis particulier. Il semble que nous devrions plutôt considérer la résistance délibérée et prolongée au témoignage de l’Esprit Saint, comme étant, à un moment donné, le seuil que nous ne devons pas franchir. Le faire équivaudrait à un mépris définitif de la grâce de Dieu et du sacrifice de Jésus-Christ. Celui qui commet ce péché impardonnable n’est plus amené ni à la repentance, ni à la foi.

b) L’absolution prononcée selon #Jn 20:23 : Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. Le message général du Nouveau Testament rend difficile la perception, dans ce texte, d’un pouvoir qui serait sacramental, épiscopal, laissé à l’arbitraire des hommes responsables dans l’Église. Un tel texte est le mieux compris dans le ministère général de l’Église et de ses responsables qui, au bénéfice de l’inspiration divine, vont être envoyés comme le Christ a été envoyé (#Jn 20:21), pour annoncer l’Évangile de Christ. C’est donc, en même temps, par le témoignage fidèlement rendu à Christ selon les Écritures (#1Co 15:1-8) et le refus ou l’acceptation des auditeurs, que se décide le pardon des péchés ou le maintien de la culpabilité. Tout le Nouveau Testament, à commencer par les Actes, va dans ce sens. Les témoins qui proclament l’Évangile ne décident rien par eux-mêmes, ils ne prennent pas la place de Dieu, mais ils constatent et attestent, par les effets de la Parole de Dieu dans les cœurs, le pardon et le salut. Ce qui est dit sur terre est confirmé dans le ciel. La traduction littérale dit : Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur sont [déjà] pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur sont [encore] retenus. Les hommes sur terre ne font que reconnaître et confirmer ce que Dieu fait dans le ciel.

7. Jour du Grand Pardon (Yom kippour) appelé aussi Jour des expiations. La description en est faite dans le Lévitique. Le 10e jour du 7e mois (#Lé 16:29), le souverain sacrificateur pénétrait dans le lieu très saint pour y apporter d’abord du parfum qui, en brûlant, dégageait une nuée dense destinée à couvrir le propitiatoire (#Lé 16:13), puis le sang d’un taureau et d’un bouc (Lv. l6.14-15) afin de faire l’expiation pour le sanctuaire, pour lui-même et pour le peuple tout entier. C’était le seul jour de l’année où le grand prêtre était autorisé à pénétrer au-delà du voile, selon des indications très précises ordonnées par Dieu. Pendant ce temps, les Israélites humiliaient leur âme (#Lé 16:31), c’est-à-dire se repentaient de leurs fautes. Le grand prêtre, en ressortant vivant, attestait l’accueil de Dieu et le pardon des péchés. Le peuple pouvait alors se réjouir.

 

Copyright Editions Emmaüs

 

https://cms.dieu-avant-tout-com.webnode.fr/