POUR EN CONNAÎTRE PLUS SUR LA BIBLE

02/01/2014 13:42
 

 

POUR EN CONNAÎTRE PLUS SUR LA BIBLE

 

 INTRODUCTION À l’ANCIEN TESTAMENT

« Pour nous l’autorité suprême de l’A.T. est celle que lui reconnaît Jésus-Christ lui-même …  Ce qui était indispensable au Rédempteur doit toujours l’être pour les rachetés ».

G. A. Smith, Professeur

I. Le nom « Ancien Testament »

   Avant de nous lancer dans les eaux profondes de l’étude de l’A.T. ou même dans celle d’un des livres qui le composent, il est utile d’indiquer brièvement certains faits généraux concernant le livre sacré que nous appelons : « L’Ancien Testament ».

   Notre mot « alliance » traduit le mot hébreu berîth.{2} Dans le N.T. les mots alliance et testament traduisent tous deux le même mot grec (diathèke). Dans le titre des Écritures, le mot « alliance » semble nettement préférable car le Livre constitue un pacte ou une alliance entre Dieu et son peuple.

   Ce livre s’appelle l’A.T.* pour le différencier du « Nouveau », mais le terme Ancien (vieux) suggère à certains qu’il est inutile de l’étudier, erreur fatale d’un point de vue à la fois spirituel, historique et culturel. Les deux Testaments sont inspirés de Dieu et par conséquent profitables à tous les chrétiens. Tandis que le croyant se tourne fréquemment vers la partie de la Bible qui parle plus particulièrement du Seigneur, de son Église et de la manière dont il désire que ses disciples vivent, l’on ne saurait trop insister sur l’importance de l’A.T. pour qu’il soit « propre à toute bonne œuvre ».

   * N.D.E. -Les Juifs le nomment « premier Testament ».

II. Le canon de l’Ancien Testament

   La relation entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament a été très bien décrite par Augustin :

   Le Nouveau est dans l’Ancien caché

   L’Ancien est dans le Nouveau révélé.{3}

   L’Ancien est expliqué dans le Nouveau.

   Le mot canon (grec kanon) se réfère à une « règle » qui sert à mesurer quelque chose. Le canon de l’A.T. est l’ensemble des livres divinement inspirés et par suite faisant autorité, livres reconnus dans l’Antiquité par les chefs spirituels d’Israël. Comment savoir si ces livres sont les seuls qui devaient figurer dans le canon ou si la totalité des trente-neuf livres y figurent tous à juste titre ? D’autres écrits religieux (y compris hérétiques) existent depuis des temps très anciens, comment être certain que ceux-ci sont les bons ?

   Il est connu qu’un conseil juif a établi le canon de l’A.T. vers la fin du premier siècle de notre ère. En fait, les livres sont canoniques dès leur rédaction : dès le tout début, des Juifs pieux et dotés de discernement reconnaissent la plupart des écrits inspirés. Seuls quelques livres (par exemple, Esther, Écclésiaste, Cantique des Cantiques) sont discutés pendant quelque temps dans certains milieux.

   Les Juifs divisent l’A.T. en trois sections : La Torah, les Prophètes (antérieurs et postérieurs), et les Écrits.{4}

   On explique de diverses façons le fait que Daniel, livre prophétique, figure parmi les Écrits et non parmi les Prophètes. Selon ceux qui ont une attitude négative à l’égard de la Bible, ce livre a été écrit trop tard pour figurer dans la seconde section du canon qu’ils considèrent comme déjà « clos » à ce moment-là (Voir Introduction à Daniel). Pour ceux attachés à la véracité des Écritures, le livre de Daniel figure dans la troisième section parce que son auteur n’occupe pas la fonction de prophète, mais celle d’un homme d’état utilisé par Dieu pour écrire une prophétie. Le Dr Merrill F. Unger enseigne que la division en trois parties reflète la position des auteurs.{5}

 Voici l’explication évangélique, à mes yeux, juste. Les livres de l’A.T. sont rédigés dans le but bien précis d’être tenus pour sacrés et comme faisant autorité. Par conséquent ils sont canoniques dès leur publication. La division en trois parties reflète la position et le statut des auteurs et nullement des degrés différents d’inspiration ou des différences de contenu ou de chronologie {6}.

   En réalité, le concile qui a reconnu officiellement le canon actuel de l’A.T. confirme seulement ce qui a été généralement accepté pendant des siècles ; il ne dresse pas une liste inspirée de livres, mais la liste des livres inspirés.

   Fait plus important encore pour les chrétiens : le Seigneur Jésus-Christ lui-même cite souvent des livres appartenant aux trois sections de l’A.T. hébraïque et les traite comme faisant autorité (voir, par exemple, #Luc 24.27,44 ; note 4). En outre, Jésus-Christ ne cite jamais des « livres apocryphes » (non-canoniques).

III. Les Apocryphes

   Les Orthodoxes, les Catholiques et les Protestants s’accordent tous sur les vingt-sept livres du canon du N.T., en général {7} placés dans le même ordre et comportant le même nombre de chapitres : 260. La situation par rapport à l’A.T. est un peu plus complexe.

   Les Protestants et les Juifs s’accordent sur le canon de l’A.T., mais les Orthodoxes et les Catholiques {8} acceptent aussi plusieurs livres d’histoire et de poésie qu’ils qualifient de « deutérocanoniques » (en grec « deuxième canon »), mais que les Protestants et les Juifs appellent « apocryphes » (en grec, « caché » {9}).

   Les trente-neuf livres des versions protestantes {10} de l’A.T. contiennent exactement la même matière que les trente-quatre livres de la Bible hébraïque. La différence en nombre de livres résulte de la combinaison de certains livres dans les éditions juives. Par exemple, les deux livres de Samuel, des Rois et des Chroniques y constituent trois livres et les Petits Prophètes, appelés « Le Livre des Douze », sont considérés comme étant un seul livre.

   Les Juifs ont écrit de nombreux autres livres religieux, pas nécessairement en hébreu, qu’ils ne considèrent pas comme inspirés et comme faisant autorité. Certains, tels que 1 et 2 Maccabées, sont utiles pour renseigner sur l’histoire de la période intertestamentaire, tandis qu’il suffit de lire d’autres (comme « Bel et le Dragon ») avec discernement pour comprendre leur statut non canonique.

  Les livres juifs ayant le moins de valeur sont appelés Pseudepigrapha (en grec, « faux écrits ») tandis que les plus valables sont appelés Apocrypha.

   Des Juifs et des chrétiens de l’Antiquité, mais surtout les Gnostiques d’Égypte, acceptent un canon plus large comprenant plusieurs de ces livres. Quand l’évêque Damase de Rome demande à l’érudit St. Jérôme de traduire les livres apocryphes en latin, il le fait, mais contre son gré car il connaît bien le texte hébreu canonique et sait que ces livres n’en font pas partie. Jérôme discerne leur statut au mieux secondaire, mais les traduit pour la Vulgate. Aujourd’hui, ils apparaissent aussi dans des versions catholiques telles que la Bible de Jérusalem, dans des versions œcuméniques comme la TOB et certaines éditions de la Bible en Français Courant.

   L’Église catholique romaine elle-même reconnaît officiellement les Apocryphes comme canoniques, mais seulement depuis l’époque de la Contre-réforme au 16e siècle.{11} Le Vatican agit ainsi car certaines de ses doctrines (par ex. la prière pour les morts) se trouvent uniquement dans les Apocryphes. En réalité, les Apocryphes appartiennent surtout à la littérature et à l’histoire juive et n’ont donc aucun rapport direct avec la doctrine chrétienne.

   Bien que non inspirés, certains de ces livres sont à lire d’un point de vue culturel et historique, une fois que l’on a acquis une solide compréhension des livres inspirés du Canon juif.

IV. La paternité des livres bibliques

   (L’inspiration).*

   L’Auteur divin de l’A.T. est le Saint Esprit. Il pousse Moïse, Esdras, Ésaïe, et les auteurs anonymes à écrire sous Sa direction. En réalité, les livres de l’A.T. sont une production à la fois divine et humaine. L’A.T. n’est pas en partie humain et en partie divin, mais en même temps totalement humain et totalement divin. Dieu évite à ses auteurs humains de commettre la moindre erreur, aussi les manuscrits originaux sont innérents ou intégralement vrais.

   *(Voir Nouveau Dictionnaire Biblique, Excelsis, p. 744).

  La double nature de Jésus-Christ fournit un parallèle au caractère à la fois divin et humain de l’Écriture. Jésus n’est pas en partie humain et en partie divin (comme certains personnages de la mythologie grecque), mais en même temps totalement humain et totalement divin, aussi Sa nature divine rend-elle Sa nature humaine incapable de commettre la moindre erreur ou le moindre péché.

V. Les dates des livres bibliques

   Contrairement au N.T. qui a été rédigé en l’espace d’environ un demi-siècle (50-100 ap. J.-C.), l’A.T. a été rédigé au cours d’au moins mille ans (environ 1400-400 av. J.-C).{12} Les premiers livres à être écrits sont soit le Pentateuque (environ 1400 av. J.-C) soit Job (sa date est inconnue, mais son contenu suggère une époque avant le don de la Loi).

   D’autres livres (comme Josué à 2 Samuel) sont écrits avant l’exil (environ 600 av. J.-C), d’autres (comme Lamentations et Ézéchiel) sont écrits pendant l’exil, et d’autres encore (comme 1 et 2 Chroniques, Aggée, Zacharie et Malachie) après l’exil (environ 400 av. J.-C).

VI. Le contenu de la Bible

   Le contenu de l’A.T., suivant l’ordre des livres dans les versions protestantes, peut se résumer brièvement comme suit :

   Le Pentateuque

   Genèse à Deutéronome

   Les livres historiques {13}

   Josué à Esther

 Les livres poétiques

   Job au Cantique des Cantiques

   Les livres prophétiques

   Ésaïe à Malachie

   Des introductions séparées à ces quatre sections principales de l’A.T. se trouvent dans ce Commentaire, (voir la table des matières).

   Tout chrétien possédant une bonne connaissance de ces livres ainsi que de la révélation ultérieure et plus complète du N.T., est certainement « accompli et prêt à toute bonne œuvre ».

   Nous prions afin que ce commentaire aide grandement de nombreux chrétiens à y parvenir.

VII. Les langues de la Bible

L’hébreu

   À part quelques sections en araméen, langue sémitique voisine {14}, l’A.T. est écrit à l’origine en hébreu.

   Le croyant n’est pas surpris que Dieu utilise pour la première partie de sa Parole une langue tout à fait adaptée, car riche en couleurs et en idiomes, appropriée aux récits, lois et poèmes inspirés qui constituent l’A.T. L’hébreu est certes une langue ancienne -mais c’est la seule qui a été relancée, presque miraculeusement, comme la langue quotidienne moderne {15} de la nation d’Israël.

 L’hébreu s’écrit de droite à gauche, et à l’origine, comporte uniquement des consonnes. Celui qui connaît l’hébreu ajoute les voyelles manquantes en le lisant à voix haute. De façon providentielle, ce fait permet au texte hébreu de demeurer lisible pendant de nombreux siècles car c’est essentiellement le son des voyelles qui changent d’un siècle à l’autre, d’un pays à l’autre, et d’une région à l’autre.{16}

   Parfois un mot (appelé kethîv), tel que le nom de Dieu{17}, est considéré comme trop sacré pour être prononcé et alors une note en marge indique ce qu’il faut lire à haute voix (qeré). Les erreurs des copistes et les mots qui, au cours des siècles, sont considérés comme vulgaires sont également signalés par des notes.

   Aux premiers siècles de l’ère chrétienne, les spécialistes juifs appelés les Massorètes (du mot hébreu pour tradition) apparaissent. Conscients que l’hébreu devient une langue obsolète et désirant préserver la compréhension correcte du texte de l’A.T., ils inventent un système phonétique sophistiqué de points et de tirets sur, dans et surtout sous les vingt-deux consonnes hébraïques pour indiquer les voyelles généralement admises. Même aujourd’hui, ces signes indiquent la prononciation de façon plus scientifique et précise que l’orthographe française, anglaise ou même allemande !

   Le texte comportant uniquement des consonnes est aussi la source de lectures diverses car un groupe de consonnes peut parfois se lire avec diverses voyelles donnant des sens différents. En général, le contexte détermine le véritable sens, mais pas toujours. Par exemple, les orthographes différentes de certains noms dans les Chroniques (voir le commentaire) qui diffèrent des mêmes termes dans la Genèse, sont en partie dues à ce phénomène.

   Néanmoins, le texte massorétique traditionnel est en général remarquablement bien conservé, ce qui témoigne de l’immense respect des Juifs pour la Parole de Dieu. Lorsqu’un problème se présente, les anciennes versions (Targums, Septante et Vulgate) nous aident souvent à choisir la variante correcte. Depuis le milieu du 20e siècle, les Manuscrits de la mer Morte donnent de plus amples informations sur le texte hébreu-surtout en confirmant l’exactitude du texte massorétique.

   Heureusement pour nous qui lisons l’A.T. en français, l’hébreu se traduit très bien en français, beaucoup mieux qu’en latin, par exemple. Ce commentaire se base sur la version Segond, Nouvelle Édition de Genève, 1975 (NEG) Nous aurions pu également utiliser la version dite de la Colombe (BC).

L’araméen

 Comme l’hébreu, l’araméen est une langue sémite, mais employée pendant plusieurs siècles dans de nombreux pays en dehors d’Israël. Quand l’hébreu est devenu une langue morte pour les Juifs, l’A.T. a dû être traduit pour eux en araméen, langue différente mais très proche qu’ils ont adoptée. Le script, que nous associons à l’hébreu, est probablement emprunté à l’araméen vers 400 av. J.-C., avant d’adopter les caractères carrés très artistiques que connaissent les étudiants de l’hébreu.{18}

   La plupart des faits évoqués plus haut à propos de l’hébreu se rapportent également aux sections de l’A.T. rédigées en araméen. Ces passages sont peu nombreux et concernent essentiellement les contacts d’Israël avec ses voisins païens, par exemple lors de l’exil babylonien et ultérieurement.{19}

VIII. Les versions de la Bible

   Il existe de nombreuses « versions » (traductions) excellentes de la Bible en français (peut-être trop). Ces traductions peuvent se classer en quatre catégories :

L’équivalence littérale

   La traduction de J.N. Darby, (J.-N.D.) 1882 est extrêmement littérale, (le N.T. plus tôt encore). De ce fait, elle convient davantage à une étude approfondie qu’à l’adoration, à la lecture en public et à la mémorisation. C’est pourquoi la majorité des croyants évangéliques n’adoptent pas cette version, certes utile mais plutôt lourde*.

L’équivalence maximum (ou complète).

   La version Segond (1873, révisée en 1910) suit l’hébreu et le grec d’aussi près que le permet le français, tout en les traduisant plus librement quand le style ou les expressions de l’original l’exigent. Deux révisions approfondies de la version Segond s’attachent à refléter l’original aussi exactement que possible : la version dite « la Colombe » (BC) parue en 1978 et « la Nouvelle Bible Segond » (NBS) parue en 2002. Deux autres révisions traduisent de façon légèrement plus libre : « la Nouvelle Édition de Genève » (NEG), parue en 1975 qui retouche légèrement l’édition de 1910 et « la Segond 21 » parue en 2007 qui en actualise davantage le vocabulaire et le style.

L’équivalence dynamique (ou fonctionnelle)

  La Bible du Semeur (S) 1992, révisée 2000) se veut plus libre car elle vise à exprimer des pensées complètes de la façon dont l’auteur biblique les aurait exprimées s’il écrivait aujourd’hui en langue française. Certaines versions de ce type comportent des tournures éloignées de celles de l’original ou frôlent la paraphrase en ajoutant des mots pour faciliter la compréhension. La paraphrase est parfois utile, à condition que le lecteur en soit averti (par exemple par une note ou par l’emploi de parenthèses), et pourvu que les traducteurs s’en tiennent au sens de l’original et n’introduisent pas des interprétations discutables (ce qui à mon avis est parfois le cas dans certaines versions de ce type) (Voir aussi dans le Commentaire du Disciple, nouveau Testament, p. 22 d’autres remarques sur ce sujet).

   Il est bon de posséder et de consulter une version appartenant à chacune de ces catégories afin de pouvoir les comparer. À notre avis, cependant, une version visant l’équivalence maximum (ou optimum, complète) est la plus sûre pour étudier la Bible en détail avec l’aide de ce Commentaire.

IX. L’inspiration de la Bible

   Face à ces nombreux faits historiques et techniques, nous ferions bien de considérer les paroles du grand prédicateur anglais, Charles Haddon Spurgeon :

Ce volume est l’œuvre du Dieu vivant : chaque lettre est écrite par le doigt du Tout-Puissant, chaque mot prononcé par l’Éternel, chaque phrase dictée par le Saint-Esprit. Certes Moïse est choisi pour rédiger des récits dans un style plein de fougue, mais Dieu guide sa rédaction. Certes, David joue de la harpe et compose de merveilleuses mélodies pour accompagner les Psaumes, mais Dieu guide ses compositions. Certes, Salomon chante des cantiques d’amour et prononce des paroles d’une sagesse infinie, mais Dieu guide à la fois sa poésie et ses pensées. Si j’écoute la voix vibrante de Nahum lorsqu’il entend le galop des chevaux ou celle d’Habakuk lorsqu’il voit les tentes de l’Éthiopie dans la détresse, si j’entends Malachie annoncer que la terre brûle comme une fournaise …  c’est la voix de Dieu, pas celle d’un homme : ce sont les paroles de Dieu, de l’Éternel, du Tout-Puissant ! {20}

Le Codex d’Alep. Il contient-entre autres-cent dix-huit pages, du Pentateuque jusqu’à Deutéronome 28. 17. Sans copyright  ==> figure 24

« La critique moderne a osé miner et attaquer presque tous les livres des Saintes Écritures, mais aucun avec autant de hardiesse que le Pentateuque, toutefois aussi le livre du prophète Daniel. Tenons-nous en au fait hautement significatif et déterminant, que la question a été tranchée une fois pour toutes pour ceux qui reconnaissent Christ comme Dieu et également homme. »

- William Kelly

« Le Pentateuque est une introduction essentielle à l’ensemble de la Parole de Dieu. Il introduit ce qui est développé ensuite et nous conduit vers une conclusion qui nous remplit d’espérance, et dont l’accomplissement, bien que lointain, n’en est pas moins certain. »

Samuel Ridout

   Avant de commenter chacun des livres de Moïse, nous aimerions présenter quelques faits à propos de l’ensemble du Pentateuque car il s’agit d’une partie fondamentale de la révélation biblique.

I. Les titres du Pentateuque

   Les cinq premiers livres de la Bible sont communément appelés « le Pentateuque ». Dans l’Antiquité les livres prenaient la forme de rouleaux (autrefois appelé « codex ») plutôt que de pages reliées les unes aux autres comme dans un livre moderne. Ces rouleaux, appelés teuchoi{21} en grec, étaient conservés dans des contenants en forme de fourreaux. Le mot grec pour « cinq rouleaux » est pentateuchos, d’où notre mot « Pentateuque ».

   Les Juifs se réfèrent au Pentateuque comme « la Torah » (hébr. tôrâ, « loi » ou « instruction ») et le traitent comme la partie la plus importante de leur Bible.

   Un troisième titre courant de ces volumes est « les Livres de Moïse ». Fait ironique, dans certains pays de l’Europe du nord où la paternité mosaïque du Pentateuque est le plus largement rejetée, leurs versions de la Bible appellent ces livres « Premier livre de Moïse », « Second livre de Moïse » etc.

  Sauf pour le livre des Nombres, dont le nom est la traduction du grec Arithmoi et du latin Numeri, nous retenons les titres de ces cinq livres dans l’ancienne version grecque « la Septante » (LXX), mais en modifiant l’orthographe et la prononciation. (Pour la signification de ces titres, voir l’Introduction aux livres individuels dans ce Commentaire.

   Les Juifs appellent souvent ces livres d’après leurs premiers mots dans le texte hébreu. Ainsi la Genèse est appelée Bereshîth (« Au commencement »).

II. Le contenu du Pentateuque

   Le sens du mot loi est plus restreint que celui de l’hébreu tôrâ, c’est pourquoi le terme « Pentateuque » exprime mieux la conviction chrétienne de l’importance primordiale de ce recueil de cinq volumes.

A. La Genèse

   La Genèse est bien nommée car il s’agit du mot grec pour commencement. Le premier livre de la Bible retrace les origines de l’univers, de la terre, de l’homme, du mariage, du péché, de la religion vraie, des nations, des diverses langues et du peuple élu. Les onze premiers chapitres relatent les débuts de l’histoire de l’humanité en général, tandis que les chapitres 12 à 50 focalisent sur l’histoire de la famille d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de ses fils.

B. L’Exode

   L’Exode, du mot grec pour sortie, raconte comment la famille d’Abraham devint, en l’espace de quatre siècles, une nation soumise à la férule des Pharaons d’Égypte et comment cette dernière a été délivrée de l’esclavage sous la direction de Moïse. La Loi de Moïse et la description détaillée du tabernacle occupent le reste du livre.

C. Le Lévitique

 Comme l’indique son nom, le Lévitique est un manuel destiné aux lévites. Il décrit les rites nécessaires aux pécheurs israélites de cette époque-là pour entrer et rester en communion avec le Dieu saint. Le livre contient des images et des préfigurations du sacrifice de Jésus-Christ.

D. Les Nombres

   Comme son nom le suggère, le livre des Nombres inclut le recensement du peuple, au début et à la fin du livre. Le titre hébreu du livre « dans le désert » (Bemidbar) est plus expressif car ce livre rapporte les événements historiques vécus par les Israélites lors de leurs errements dans le désert.

E. Le Deutéronome

   Le Deutéronome, en grec : deuxième loi, est bien plus qu’une simple répétition de la loi à une nouvelle génération bien s’il s’agisse aussi de cela. Il constitue un lien avec les livres historiques qui le suivent, car il raconte la mort de Moïse et son remplacement par Josué, son successeur.

   Dans son style concis et lucide, Griffith Thomas résume le contenu des livres de Moïse ainsi :

Les cinq livres du Pentateuque rapportent l’introduction dans le monde de la religion divine. Chaque livre présente une phase du plan de Dieu, et ensemble ils constituent une véritable unité. La Genèse décrit l’origine de la religion divine et du peuple choisi par Dieu pour la transmettre. L’Exode raconte comment le peuple élu devint une nation et l’établissement par Dieu d’une relation avec lui. Le Lévitique montre les diverses manières permettant le maintien de cette relation. Le livre des Nombres relate comment le peuple fut organisé afin de commencer à vivre avec Dieu en Terre Promise. Ce livre parle aussi de l’échec de la nation, du retard pris et de la réorganisation rendue nécessaire. Ensuite, le Deutéronome montre comment le peuple fut préparé à la frontière de la Terre Promise pour son entrée imminente dans le pays.{22}

III. L’importance du Pentateuque

  Tout l’A.T., en fait toute la Bible, repose sur ces cinq premiers livres, aussi est-il impossible d’exagérer l’importance du Pentateuque pour la foi révélée. Si des rationalistes incrédules parviennent à miner la foi en l’intégrité et en l’authenticité de ces livres, les origines du Judaïsme se perdront dans un océan d’incertitude. Les chrétiens ne devraient pas penser que notre foi n’est pas menacée par de telles attaques, car le N.T. et notre Seigneur lui-même citent, eux aussi, les livres de Moïse comme vrais et dignes de confiance.

   Le Dr Merrill Unger l’exprime très clairement :

Le Pentateuque constitue le fondement de toute vérité révélée par Dieu et de tout son plan de salut. Si ce fondement n’est pas digne de foi, la Bible tout entière n’est pas non plus digne de foi.{23}

IV. La paternité du Pentateuque

   Vers le début de l’ère chrétienne certains attribuèrent la paternité du Pentateuque à Esdras{24}, mais traditionnellement, et encore aujourd’hui, à la fois le judaïsme et le christianisme l’attribue à Moïse.

A. La paternité mosaïque

   Avant d’examiner la théorie documentaire qui rejette presque entièrement toute paternité mosaïque, voyons d’abord les indices en sa faveur.

1. Les qualifications de Moïse

   Au 19e siècle un critique allemand appelé Hartmann rejeta la paternité mosaïque en prétendant (comme beaucoup de ses contemporains) qu’à l’époque de Moïse l’on n’avait pas encore inventé l’écriture. Or l’archéologie a montré que Moïse a pu employer à la fois une écriture hébraïque ancienne, les hiéroglyphes égyptiens et la cunéiforme accadienne. Longtemps avant que l’archéologie ne le confirme, #Ac 7.22 indiquait au croyant que Moïse était « instruit dans toute la sagesse des Égyptiens ».

  Attribuer la paternité du Pentateuque à Moïse ne revient pas à nier que, pour rédiger la Genèse, il ait employé des documents existant antérieurement. L’inspiration éditoriale est plausible, sachant que le texte hébreu a évolué durant les siècles. Le fait que Moïse aurait pu rédiger le Pentateuque ne prouve pas qu’il l’ait fait. Cependant, comme père de la foi israélite, il aurait obligatoirement créé un document transmettant la révélation divine aux générations futures, ce que d’ailleurs Dieu lui a ordonné.

2. Les affirmations du Pentateuque

   Le texte de la Torah affirme clairement que Moïse a parfois rédigé un document en obéissant à Dieu. Voir #Ex 17.14; 24.4; 34.27; No 33.2; De 31.19.

3. Les affirmations bibliques ultérieures

   La suite de la Parole de Dieu atteste également la paternité mosaïque. Voir par ex. #Jos 1.7 et #1R 2.3 et, dans le N.T., #Lu 24.44 et #1Co 9.9.

4. Le témoignage de Christ

   Pour le chrétien, le fait que le Seigneur lui-même affirme la paternité mosaïque du Pentateuque devrait suffire pour trancher la question. L’idée que de par son humanité Jésus ignorait la science et l’histoire ou que, tout en connaissant la vérité, il s’accommodait à l’ignorance et aux préjugés de ses compatriotes ne mérite pas d’être considérée par le croyant.

5. L’archéologie et le Pentateuque

   De nombreux noms, mots, coutumes et détails historiques et culturels longtemps considérés par des critiques libéraux comme « trop tardifs » pour être mosaïques s’avèrent à présent remonter à des siècles avant Moïse. Ce fait ne prouve pas en lui-même la paternité mosaïque, mais il s’accorde mieux avec celle-ci, plutôt qu’avec la théorie que des rédacteurs vivant des siècles plus tard connaissaient et les assemblaient si bien ! (pour la plupart perdus depuis longtemps).

B. La théorie documentaire

   En 1753 le médecin français Jean Astruc présenta sa théorie selon laquelle Moïse composa la Genèse en employant deux documents existants. D’après le nom employé pour Dieu, il appela l’une de ses sources « J » (Jéhova [Yahvé]) et l’autre « E » (Elohim).

   Plus tard des spécialistes ayant une attitude critique à l’égard de la Bible développèrent davantage sa théorie et finirent par attribuer toutes leurs sources hypothétiques-comprenant entre autre « D » (source deutéronomique) et « P » (source « priestly » sacerdotal)  —  à une époque largement postérieure à Moïse. Ainsi on considéra le Pentateuque comme un patchwork de sources diverses rassemblées entre les 9ème et 6ème siècles av. J.-C., optique connue désormais comme « la théorie JEDP ».

   Au 19e siècle cette hypothèse était particulièrement attrayante aux yeux de ces critiques pour diverses raisons. D’abord, elle s’accordait avec la théorie darwinienne de l’évolution qu’ils appliquaient à de nombreux domaines en plus de la biologie. Ensuite, leur rejet du surnaturel les conduisait à prendre plaisir à réduire la Bible à un livre ordinaire d’origine uniquement humaine. Enfin, elle s’harmonisait parfaitement avec la volonté humaniste de substituer les efforts de l’homme à la révélation divine.

   En 1878 Julius Wellhausen rendit l’hypothèse documentaire populaire en la présentant de façon séduisante et plausible.

   Dans cette courte Introduction nous pouvons présenter seulement quelques-unes des objections principales soulevées par cette théorie.{25} Ces problèmes sérieux comprennent ce qui suit :

1. L’absence de toute preuve documentaire

   Il n’existe aucun document portant la moindre trace d’un travail de rédacteur comme celui proposée par la théorie JEDP.

2. Des analyses subjectives et contradictoires

   Les spécialistes qui adhèrent à cette théorie aboutissent à des résultats forts différents en raison de leur approche subjective et du manque de contrôle objectif.

3. L’archéologie

  L’archéologie tend à confirmer le caractère très ancien du langage du Pentateuque ainsi que des coutumes et de la situation religieuse qu’il évoque ; ils ne proviennent certainement pas d’une époque beaucoup plus tardive comme le propose la théorie de Wellhausen.

4. La linguistique

   Des expressions et des noms personnels figurant dans le Pentateuque ont été découverts dans des sources remontant à une époque bien antérieure à celle de Moïse.

5. L’unité du Pentateuque

   Les cinq livres de Moïse forment un ensemble cohérent difficilement compatible avec le « travail à ciseaux » censé avoir été employé pour les assembler peu à peu.

6. Sans valeur spirituelle

   Enfin, d’un point de vue spirituel, les théories documentaires, même nuancées par l’archéologie et par d’autres considérations, sont incapables d’expliquer l’origine des vérités grandes et belles révélées dans ces livres. « Si ces théories étaient vraies, nous dit le Dr Unger, le Pentateuque ne serait ni authentique, ni exact sur le plan historique, ni digne de foi car il serait l’invention des hommes et non l’œuvre de Dieu ».{26}

V. La date du Pentateuque

   Le récit du Pentateuque remonte certes à la Création mais sa rédaction date d’une époque bien plus récente. De toute évidence, la date de sa rédaction est liée à l’identité de son auteur.

   Des spécialistes libéraux proposent les dates suivantes pour les sources qu’ils postulent : le document « J » : vers 850 av. J.-C. ; le document « E » : vers 750 av. J.-C. ; le document E : vers 621 av. J.-C.{27} et le document « P » : vers 500 av. J.-C.

  La plupart des spécialistes attachés à la véracité de la Bible font remonter la date de la Genèse à l’époque de l’exode, donc au 15e siècle av. J.-C. - ou environ un siècle et demi plus tard (selon la datation retenue pour cet événement).

   La date qui correspond au plus grand nombre de données bibliques est probablement entre 1450 et 1410 av. J.-C. Voir l’Introduction à chacun des livres du Pentateuque dans ce commentaire.

VI. Conclusion

   Nous terminons cette Introduction au Pentateuque en citant les paroles d’un éminent spécialiste canadien de l’A.T. :

« Le Pentateuque est une composition homogène en cinq volumes et non une agglomération de documents indépendants ayant peu de rapport les uns avec les autres. Il décrit, dans un contexte historique authentique, la façon dont Dieu se révéla aux hommes et choisit les Israélites en vue d’un service spécial et d’un témoignage précis dans le monde et au cours de l’histoire de l’humanité. Le rôle joué par Moïse dans la composition de cet ensemble apparaît capital, on a eu raison de lui attribuer la responsabilité principale dans la production de cette épopée à propos du peuple d’Israël, et à la fois les Juifs, et les chrétiens, ont eu raison de le vénérer comme le médiateur de la Loi. »{28}

Genèse

« Le premier livre de la Bible est, pour plusieurs raisons, l’une des parties les plus intéressantes et les plus captivantes de l’Écriture. Sa place dans le canon, sa relation avec le reste de la Bible et le caractère varié et saisissant de son contenu concourent tous à en faire l’un des livres les plus importants des Saintes Écritures. C’est donc avec une réelle perspicacité spirituelle qu’à toutes les époques le peuple de Dieu s’y est accroché et lui a prêté une attention toute particulière. »

W. H. Griffith Thomas

I. PLACE UNIQUE DANS LE CANON

La Genèse (mot grec pour « le commencement »), livre appelé Bereshîth par les Juifs (mot hébreu pour « au commencement »), est un titre fort à propos. Ce volume passionnant est le seul vrai récit de la création raconté par le Créateur, seul présent à cette occasion !

Par l’intermédiaire de son serviteur Moïse, le Saint-Esprit y trace les origines de l’homme, de la femme, du mariage, du foyer, du péché, des sacrifices, des villes, du commerce, de l’agriculture, de la musique, du culte, des langues, des races et des nations du monde. Tout cela se trouve dans les onze premiers chapitres de ce livre !

Ensuite, les Chapitres 12 à 50 racontent l’origine du peuple d’Israël, « nation pilote » de Dieu car microcosme spirituel de tous les peuples du monde. La vie des patriarches, Abraham, Isaac, Jacob et de ses douze fils, et surtout la belle histoire du dévoué Joseph, ont inspiré des millions de personnes, depuis les jeunes enfants jusqu’aux spécialistes érudits de l’A. T.

Une connaissance solide de la Genèse est nécessaire à la compréhension des soixante-cinq autres livres de la Bible, car ils se fondent tous sur ce livre merveilleusement agencé.

II. AUTEUR

Nous acceptons l’ancienne tradition juive et chrétienne selon laquelle Moïse, l’homme de Dieu et le législateur d’Israël, rédigea la Genèse. Puisque tous les événements décrits dans la Genèse datent d’avant l’époque mosaïque, il est quasiment certain que Moïse se servit, sous la direction du Saint-Esprit, de documents anciens et peut-être aussi de récits oraux. Voir l’introduction au Pentateuque (==> "Ge 1.1") pour une discussion de l’auteur de ces livres.

III. DATE

Les spécialistes les plus conservateurs attribuent généralement à l’Exode la date de 1445 av. J. -C. Par conséquent, la Genèse fut probablement écrite entre cette date et la mort de Moïse, à peu près quarante ans plus tard. Il est certes toujours possible que la Genèse ait été le seul livre du Pentateuque à être rédigé avant l’Exode, puisque tous les événements de la Genèse précèdent ce grand événement.

Voir l’Introduction au Pentateuque pour de plus amples détails.

IV. ARRIÈRE-PLAN ET THÈME

Hormis ceux qui nourrissent de forts préjugés à l’encontre de la Bible, du judaïsme ou du christianisme, presque tout le monde s’accorde pour reconnaître que la Genèse est un récit fascinant des temps très anciens et qu’il contient des épisodes d’une grande beauté comme, par exemple, l’histoire de Joseph.

Mais quel est au juste l’arrière-plan de ce premier livre de la Bible ? En bref de quoi s’agit-il ?

Ceux qui rejettent l’idée d’un Dieu personnel ont tendance à considérer la Genèse comme une collection de mythes adaptés des mythes mésopotamiens païens et épurés de leurs éléments polythéistes les plus prononcés en vue de l’édification des monothéistes israélites.

D’autres, pas tout à fait aussi sceptiques, voient la Genèse comme une collection de sagas ou de légendes d’une certaine valeur historique.

D’autres encore considèrent ces récits comme l’explication de l’origine des phénomènes naturels et des coutumes culturelles (éthologie en langage technique). Des éthologies figurent en effet dans l’A. T., particulièrement dans ce livre des commencements (l’origine du péché, de l’arc-en-ciel, des Hébreux, etc.) mais ces explications ont quand même un caractère historique.

En effet, la Genèse c’est de l’histoire. Comme toute histoire, elle comporte un élément d’interprétation. Ici il s’agit d’histoire théologique : des faits racontés dans le cadre du plan divin. Fait important, l’histoire de l’humanité est aussi l’histoire de Dieu. (En anglais l’on dit « history is His story » !) Bien que la Genèse soit le premier livre de « la Loi », il contient très peu de lois. C’est « la Loi » (hébr. Torah) ce qui signifie l’instruction, car elle pose le fondement des livres allant de l’Exode au Deutéronome et de la révélation des lois divines par l’intermédiaire de Moïse. En réalité, elle pose le fondement de toute l’histoire biblique, et même de l’histoire de toute l’humanité.

Les deux thèmes de la bénédiction et de la malédiction sont soigneusement tissés partout dans la structure de la Genèse et dans toute la Parole de Dieu. L’obéissance entraîne l’augmentation de la bénédiction tandis que la désobéissance entraîne l’opposé.

Les grandes malédictions sont les pénalités provoquées par la Chute, le Déluge universel et la confusion des langues à Babel.

Les grandes bénédictions sont la promesse d’un Rédempteur, le salut d’un reste lors du Déluge et le choix d’une nation particulière, Israël, pour devenir un canal de la grâce de Dieu.

Si la Genèse est réellement de l’histoire, comment Moïse eut-il connaissance de toutes les anciennes généalogies, de toutes les conversations et de tous les événements, et aussi de l’interprétation juste de ces événements ?

Premièrement, l’archéologie authentifie le récit de la Genèse (elle ne le prouve pas, mais le confirme et l’illustre) dans plusieurs domaines, surtout en ce qui concerne les patriarches et leurs coutumes.

Selon quelques théologiens libéraux du 19e siècle comme Hartmann{29}, Moïse n’aurait pas pu écrire le Pentateuque car, à son époque, on n’avait pas encore inventé l’écriture ! Aujourd’hui nous savons que Moïse, instruit dans toutes les connaissances et toutes les traditions de l’Égypte, aurait pu employer plusieurs sortes d’écriture courante à l’époque.

Moïse se servit sans doute de récits laissés par Joseph, ainsi que de tablettes, de parchemins et de traditions orales ramenées de l’ancienne Mésopotamie par Abraham et ses descendants, sources comprenant, entre autre, des listes généalogiques, sections importantes commençant par les paroles « Voici le livre de la postérité d’Adam… » (#Ge 5.1 etc.).

Cependant, il fallut à Moïse autre chose encore : le Saint-Esprit de Dieu l’inspira dans le choix des matières à retenir et le conduisit à ignorer les autres. Le Saint-Esprit fournit probablement les détails des conversations et de certains autres sujets au moyen d’une révélation directe.

En dernier ressort, l’inspiration d’un livre biblique est simplement une question de foi. Soit Dieu est capable de produire un tel ouvrage au moyen de ses serviteurs, soit il ne l’est pas. Les croyants de toutes les générations dès les premiers âges jusqu’à aujourd’hui, certifient que Dieu est vrai (cf. #Jn 3.33).

L’archéologie nous aide à restituer la culture des patriarches afin de rendre les récits bibliques plus vivants{30}, mais seul le Saint-Esprit peut appliquer la vérité de la Genèse à notre cœur et à notre vie quotidienne.

Pour profiter vraiment des observations de ce commentaire sur la Genèse  —  ou sur n’importe quel autre livre de l’Ancien Testament  —  il vous faut rechercher la lumière que jette le Saint-Esprit sur la sainte Parole de Dieu elle-même. Un vrai commentaire ne se suffit pas à lui-même mais constitue plutôt une flèche qui indique « ainsi parle l’Éternel ».

Introduction au livre de la Genèse


PLAN
I. LES PREMIERS AGES DE LA TERRE (1-11)
A.  La Création (1, 2)
B.  La Tentation et la Chute (3)
C.  Caïn et Abel (4)
D.  Seth et ses descendants (5)
E.  L’étendue du péché et le Déluge universel (6-8)
F.  Noé après le Déluge (9)
G.  Le tableau des nations (10)
H.  La tour de Babel (11)
II. LES PATRIARCHES D’ISRAËL (12-50)
A. Abraham (12.1-25.18)
1. L’appel d’Abraham (12.1-9)
2. Son voyage en Égypte et son retour (12.10-13.4)
3. Ses expériences avec Lot et Melchisédek (13.5-14.24)
4. Un héritier promis à Abraham (15)
5. Ismaël, fils selon la chair (16, 17)
6. Sodome et Gomorrhe (18, 19)
7. Abraham et Abimélec (20)

8. Isaac, fils de la promesse (21)
9. Isaac offert en sacrifice (22)
10. Un lieu de sépulture pour la famille (23)
11. Une épouse pour Isaac (24)
12. Les descendants d’Abraham (25.1-18)
B. Isaac (25.19-26.35)
1. La famille d’Isaac (25.19-34)
2. Isaac et Abimélec (26)
C. Jacob (27.1-36.43)
1. Jacob trompe Ésaü (27)
2. Jacob fuit à Charan (28)
3. Jacob, ses femmes et ses enfants (29.1-30.24)
4. Jacob se montre plus malin que Laban (30.25-43)
5. Jacob retourne en Canaan (31)
6. La réconciliation de Jacob et d’Ésaü (32, 33)
7. Les péchés commis à Sichem (34)
8. Le retour de Jacob à Béthel (35)
9. Les descendants d’Ésaü, le frère de Jacob (36)
D. Joseph (37.1-50.26)
1. Joseph vendu comme esclave (37)
2. Juda et Tamar (38)
3. L’épreuve et le triomphe de Joseph (39)
4. Joseph interprète le songe du chef des échansons et du chef des panetiers (40)
5. Joseph interprète le songe de Pharaon (41)
6. Les frères de Joseph en Égypte (42-44)
7. Joseph se fait connaître à ses frères (45)
8. La réunion de Joseph avec sa famille (46)
9. La famille de Joseph en Égypte (47)
10. Jacob bénit les fils de Joseph (48)
11. La prophétie de Jacob au sujet de ses fils (49)
12. La mort de Jacob, puis celle de Joseph en Égypte (50)

I.  LES PREMIERS ÂGES DE LA TERRE (1-11)

A. La Création (1, 2)

1. 1 Au commencement Dieu …  Ces trois premiers mots de la Bible posent le fondement de la foi. Si nous croyons ces paroles, nous pourrons croire tout ce qui suit dans la Bible. La Genèse fournit le seul récit de la création qui, à la fois, fasse autorité, soit d’une richesse inépuisable et demeure compréhensible à des personnes de tout âge et de tous les siècles. Au lieu de chercher à prouver l’existence de Dieu, ce récit se contente de l’affirmer. La Bible a un nom particulier pour ceux qui choisissent de nier l’existence de Dieu : « insensé » (#Ps 14.1 et #Ps 53.2) ! De même que le récit biblique commence par Dieu, de même Dieu devrait occuper la première place dans notre vie.

Parmi plusieurs interprétations du récit de la création proposées par ceux qui croient à son inspiration, celle appelée « restitutionniste » prétend qu’une grande catastrophe eut lieu entre le premier et le deuxième verset, peut-être lors de la chute de Satan (voir #Ez 28.11-19). {31} Cette catastrophe aurait rendu informe et vide (tohû wavohû) la création originelle et parfaite de Dieu. Puisque Dieu n’a pas créé la terre pour qu’elle soit déserte et vide (tohû, #Esa 45.18), seul un cataclysme puissant saurait expliquer le chaos du verset #2. Les partisans de cette interprétation soutiennent que le mot traduit ici par était (hayetha) pourrait aussi se traduire par « était devenue ». {32} Ainsi la terre « était devenue informe et vide ».

L’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux en vue des formidables actes de création (ou de re-création) à suivre. Les versets suivants décrivent les 6 jours de création (ou de re-création) qui préparèrent la terre à la venue de l’homme.


{2} Ce mot apparaît dans le nom de l’organisation juive appelée « B’nai B’rith » (« Fils de l’Alliance »).
{3} Cet aphorisme en latin a aussi été traduit ainsi :Le Nouveau est renfermé dans l’Ancien.
{4} L’ordre des vingt-quatre livres de l’A.T. tels qu’ils figurent dans la Bible hébraïque ou dans une version juive dans une autre langue est comme suit :I. La Loi (Torah) Genèse Exode Lévitique Nombres DeutéronomeII. Les Prophètes (Nevî’îm) 1. Les Prophètes antérieurs  Josué  Juges  Samuel  Rois 2. Les Prophètes postérieurs  Ésaïe  Jérémie  Ézéchiel  Le Livre des Douze (Osée à Malachie)iii. Les Écrits (Ketûvîm) Psaumes Job Proverbes Ruth Cantique des Cantiques Écclésiaste Lamentations Esther Daniel Esdras-Néhémie Chroniques
{5} Merrill F. Unger, Introductory Guide to the Old Testament, p. 59.
{6} Idem.
{7} Toutefois le N.T. en russe présente un ordre différent, par exemple, après les Évangiles.
{8} Les Orthodoxes et les Catholiques ne s’accordent pas sur tous les livres à ajouter.
{9} Ce mot a aussi pris la connotation de « faux ».
{10} Certaines éditions protestantes de la King James, (KJV) du Xviie siècle avaient inclus les Apocryphes, placés entre l’A.T. et le Nouveau pour indiquer leur statut inférieur. Cela choquait beaucoup de gens, qui considéraient la King James comme la seule Bible authentique, lorsqu’ils s’apercevaient que son contenu avait des livres entiers qui ne sont pas d’origine divine !
{11} Au Concile de Trente qui se tint, entre 1545 et 1563 à Trente en Italie.
{12} Des spécialistes moins conservateurs préfèrent des dates un peu plus récentes mais couvrant à peu près le même nombre de siècles.
{13} Beaucoup préférèrent grouper le Pentateuque avec Genèse à Esther dans une même section : Livres historiques.
{14} Les langues sémites (ou sémitiques) sont des langues parlées autrefois et encore à présent essentiellement par les descendants de Sem. Elles comprennent l’arabe, le phénicien et l’accadien aussi bien que l’hébreu.
{15} Des linguistes chevronnés emploient des mots français et anglais et inventent de nouveaux mots à partir de racines hébraïques anciennes ainsi que des mots complètement neufs pour permettre à cette langue ancienne de revivre au 20e siècle.
{16} Aujourd’hui certaines voyelles sont prononcées de façon tout à fait différente dans différents pays anglophones tandis que le son des consonnes est le même.
{17} Par exemple, là où la version Segond emploie l’Éternel et d’autres versions le Seigneur (parfois en majuscules) pour traduire l’hébreu le « tétragramme » sacré (les quatre lettres hébraïques, YHWH) qui était remplacé lors de la lecture en publique par le mot hébreu Adonaï, et dont les voyelles ajoutées à YHWH donnent Yahvé (traditionnellement, Jéhova).
{18} Unger, Introduction, p. 124.
{19} Les sections en araméen sont #Esdras 4.8 à 6. 18 ; 7. 12-26 ; #Jérémie 10.11 ; #Daniel 2.4 à 7. 28.* N.D.E.  Une nouvelle traduction a été réalisée du N.T., et l’A.T. est en cours de révision, travail de spécialistes, qui tient compte d’une compréhension courante de la langue française.
{20} Charles Haddon Spurgeon, Spurgeons’s Sermons, 1. 28. Le mot « dicté » n’est pas à prendre au sens actuel. Comme le reste de la citation le montre, Spurgeon croit en la doctrine orthodoxe de l’inspiration, à savoir la paternité à la fois divine et humaine de chaque livre.
{21} À l’origine le mot teuchos signifiait un outil, puis, un rouleau sur lequel on écrivait.
{22} W. H. Griffith Thomas, The Pentateuch, p. 25.
{23} Merrill F. Unger, Unger Bible Handbook, p. 35.
{24} Spinoza, philosophe juif, attribua lui aussi le Pentateuque à Moïse.
{25} Une approche chrétienne est fournie par Gleason Archer dans son Introduction à l’A.T., éd. Em 1978. Hermann Wouk, romancier juif américain expose la théorie dans son livre, Voici mon Dieu, éd. Doubleday, 1959.
{26} Unger, Handbook, p. 35.
{27} De nombreux théologiens libéraux postulent une telle date en supposant à tort que Josias fit semblant de découvrir (en fait inventa) le livre du Deutéronome afin de promouvoir un sanctuaire unique dans sa capitale Jérusalem.
{28} Harrison, Introduction, p. 451.
{29} Anton Hartmann (1831). Voir Merrill F. Unger, Introductory Guide to the Old Testament, p. 244.
{30} Voir, par exemple, Gleason Archer, Archaeology and the Old Testament.
{31} D’autres encore situent la catastrophe avant le premier verset, qu’ils voient comme un résumé.
{32} Cependant le verbe hayah en hébreu, lorsqu’il signifie « devenir », est suivi habituellement de la préposition le, ce qui n’est pas le cas ici.

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