Versions de la Bible.

20/12/2013 12:56
 

 Versions de la Bible.

      Une version est une traduction en langue vulgaire d’une partie ou de toute la Bible. Les versions sont en principe faites directement sur les textes originaux hébreux et grecs. Cependant les traducteurs ont parfois travaillé sur des traductions. Pendant longtemps, les traductions catholiques ont été faites sur la version latine (Vulgate).

I. Pour l’Ancien Testament, il existe surtout cinq sortes de traductions anciennes : une version samaritaine, plusieurs grecques, araméennes, syriaques et latines. Toutes ces versions possèdent une valeur particulière : elles ont été réalisées avant l’établissement du TM (voir Manuscrits, où plusieurs des textes de ces versions sont présentés. Voir aussi Manuscrits de la mer Morte).

1. Version samaritaine. Le Pentateuque samaritain est une transcription de la Torah hébraïque en caractères samaritains. Le texte diffère sur un certain nombre de points du TM (texte hébreu des Massorètes). La version samaritaine est une traduction de cette transcription du Pentateuque samaritain en dialecte samaritain.
2. Versions grecques.


a) Version des Septante (LXX). Traduction la plus célèbre et la plus ancienne de l’Ancien Testament entier, en grec vulgaire (koinê). Ptolémée Philadelphe (285-247 avant Jésus-Christ) aurait chargé 72 érudits juifs de faire ce travail. La version des Septante, commencée à Alexandrie, tire son nom de cette tradition. Il paraît établi que le Pentateuque fut achevé sous Ptolémée Philadelphe. Les autres livres de l’Ancien Testament suivirent et le tout fut terminé vers 150 avant Jésus-Christ. Le style et la manière de procéder révèlent de nombreux traducteurs. Philon, convaincu de sa conformité au texte hébreu, dit : « Lorsque des Hébreux qui ont appris le grec ou des Grecs qui ont appris l’hébreu lisent les deux textes, ils admirent ces deux éditions et les vénèrent comme deux sœurs, ou plutôt comme une seule personne » (Vie de Moïse, par Philon). La version des Septante fut adoptée par l’Église chrétienne comme texte de l’Ancien Testament, et la plupart des citations bibliques contenues dans le Nouveau Testament en sont tirées.


      Il semble qu’il y ait eu trois recensions principales de la version des Septante. L’une parut vers 245 après Jésus-Christ ; les deux autres sont antérieures à 311 après Jésus-Christ. La première est d’Origène (Palestine), la deuxième de Lucien (Asie Mineure), la troisième d’Hésychius (Égypte). Ces trois hommes subirent le martyre.

      Les manuscrits des Septante sont fort nombreux, mais la plupart d’entre eux sont malheureusement partiels. Les plus célèbres sont :

1. le Vaticanus (à Rome, du 4e siècle) ;
2. le Sinaïticus (à Londres, du 4e siècle) ;
3. l’Alexandrinus (à Londres, du 5e siècle). Ces trois manuscrits contiennent presque toute la Bible, Ancien Testament et Nouveau Testament
4. Le codex d’Éphrem (à Paris, du 5e siècle) est un palimpseste, ne contenant que 64 pages de l’Ancien Testament, et 145 pages du Nouveau Testament (voir Sinaï ; Ancien Testament ; Nouveau Testament).

b) Versions grecques moins importantes. Postérieurement à la prise de Jérusalem (70 après Jésus-Christ), la version des Septante perdit sa popularité auprès des Juifs, parce que les chrétiens s’en servaient comme texte de l’Ancien Testament et pour prouver que Jésus était le Messie. C’est pourquoi les Juifs firent, au IIe siècle, 3 nouvelles versions de canon hébreu. Nous n’en connaissons que des fragments ou des citations.


 

1. La traduction d’Aquila, prosélyte du judaïsme (vers 128 après Jésus-Christ). Contemporain de l’empereur Adrien, il fit une traduction excessivement littérale des Écritures, et presque inintelligible pour les lecteurs non versés à la fois dans l’hébreu et le grec. Aquila voulait combattre les doctrines chrétiennes, et l’emploi de la version des Septante par l’Église.
2. Révision des Septante par Théodotion que l’on peut situer dans le premier tiers du IIe siècle après Jésus-Christ. Irénée le déclare prosélyte juif d’Éphèse, Eusèbe le dit Juif ébionite. Sa traduction se base sur celle d’Aquila et sur l’original hébreu.
3. La version élégante, mais paraphrasée de Symmaque, chrétien judaïsant, vers la fin du IIe siècle après Jésus-Christ. Origène connaissait en outre 3 versions grecques anonymes.


      Origène (vers 185-254 après Jésus-Christ) présenta le texte hébreu et 4 versions en 6 colonnes parallèles pour la comparaison. Disposition : première colonne : le texte hébreu ; 2e : le texte hébreu en caractères grecs ; 3e : la version d’Aquila ; 4e : celle de Symmaque ; 5e : celle des Septante ; 6e : la version révisée par Théodotion. Le nom d’Héxaples, donné à cet ouvrage, provient de la disposition en 6 colonnes. Les Héxaples furent achevées vers 245 après Jésus-Christ et suivies d’une édition dépourvue des 2 colonnes de l’hébreu. Au IVe siècle, Jérôme consulta ces 2 ouvrages, déposés dans la bibliothèque de Césarée en Palestine. Ils existaient encore au VIe siècle Ils furent sans doute détruits lorsque les Arabes s’emparèrent de la ville en 638 après Jésus-Christ. Des citations de l’œuvre d’Origène figurent dans les œuvres des Pères et une partie des Hexaples contenant les Psaumes a été trouvée en 1896 à Milan.

3. Version araméennes (ou Targums) .


      Au retour de l’exil en Babylonie, les Israélites ne parlaient plus l’hébreu, mais l’araméen, appelé de façon erronée chaldéen. Quand Esdras et ses assistants lurent la Loi au peuple, ils durent la lui traduire (#Né 8:8). Cette interprétation ne fut d’abord qu’une paraphrase orale en araméen judaïque. Puis on fixa la traduction par écrit : elle fit autorité. Ces targums, version araméenne de l’Ancien Testament, permettent de déterminer le texte lu dans les synagogues primitives et de découvrir le sens que les Juifs donnaient aux passages difficiles. On possède le Targum d’Onkelos sur le Pentateuque. Parfois, Onkelos est identifié au traducteur Aquila (voir paragraphe précédent), mais il semble que ce targum a été établi sous sa présente forme au IIIe siècle après Jésus-Christ ; il est tout à fait littéral. Jonathan ben Uzziel rédigea un targum sur les Prophètes, qui est postérieur à celui d’Onkelos et paraphrasé. Il existe neuf autres targums (voir Targum).

4. Versions syriaques (la langue syriaque était l’araméen).


a) Le Diatessarion. Tatien (vers 160-180) fut disciple de Justin Martyr à Rome. Il rédigea une Harmonie des 4 évangiles en syriaque, qui sous le titre grec de Diatessarion, circula dans les Églises de Syrie à partir d’environ 175 après Jésus-Christ jusqu’au 4e ou au 5e siècle. Les traductions arabes et latines de cet ouvrage nous sont parvenues. Nous possédons aussi une traduction arménienne du commentaire de saint Éphrem sur cette Harmonie des 4 évangiles. En 1933, on a découvert un fragment grec du Diatessarion dans les ruines d’une forteresse romaine, à Dura-Europos, sur la rive ouest du haut Euphrate. Tatien était originaire de Mésopotamie.
b) Évangiles en vieux syriaque. À la fin du IIe siècle, les 4 évangiles circulaient aussi en Syrie sous forme séparée ; 2 manuscrits de cette version ont été découverts. L’un par William Cureton, en 1842, dans un couvent syrien, au sud-ouest du delta du Nil. L’autre par Mme. Agnes Smith Lewis, en 1892, dans le couvent de Ste-Catherine, au pied du mont Sinaï.
c) La Peschitto (terme signifie version syriaque « simple »). L’Ancien Testament est traduit directement de l’hébreu probablement au IIe ou au IIIe siècle après Jésus-Christ. Il fut révisé plus tard, par comparaison avec le grec. Rabboula, évêque d’Edesse (411-435), établit le texte du Nouveau Testament : 2 Pierre, 2 et 3 Jean, Jude et l’Apocalypse manquent dans la Peschitto, car l’Église syrienne n’admettait pas ces 5 livres à ce moment-là.
d) Les versions philoxénienne et héracléenne du Nouveau Testament. Vers. 508, Philoxène, évêque de Hiérapolis (Syrie orientale) traduit le Nouveau Testament entier en syriaque. En 616, Thomas d’Héraclée révisa cette version à l’aide de quelques manuscrits grecs d’Alexandrie. La version héracléenne est extrêmement littérale. Les livres manquant à la Peschitto étaient présents dans la version de Philoxène.

e) La version syro-palestinienne de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament date probablement de la fin du Ve ou du début du VIe siècle La plupart des manuscrits que nous en possédons sont sous forme de lectionnaires, c’est-à-dire de livres destinés à la lecture publique dans les Églises.
5) Versions latines.


a) La Vieille Latine, appelée aussi Nord-Africaine. Vers la fin du IIe siècle une traduction latine de la Bible circulait en Afrique du nord Tertullien, Cyprien, Augustin employèrent des textes africains. L’Ancien Testament n’était pas traduit directement de l’hébreu mais basé sur le texte grec des Septante.
b) Version italienne, dite Itala. Les Latins d’Italie, estimant que la langue des versions nord-africaines manquait de pureté, révisèrent ces textes. L’Itala est une recension faite au IVe siècle en Italie.
c) La Vulgate. Diverses recensions peu satisfaisantes de l’Itala montrèrent la nécessité d’avoir une version latine. Damase, évêque de Rome, demanda à Jérôme (en latin Hieronymus), le plus grand exégète chrétien de l’époque, d’entreprendre la révision du Nouveau Testament latin. En 383, Jérôme avait achevé de réviser les évangiles, en se servant du texte grec original. En 387, l’exégète se fixa dans un monastère de Bethléhem et révisa l’Ancien Testament d’après le texte hébreu. La nouvelle version de la Bible entière fut terminée en 405. Cette traduction, dite Vulgate, fut, au Moyen-Âge, la Bible de toute l’Église d’Occident. Vers 802, Charlemagne chargea Alcuin de procéder à une recension du texte. La Vulgate fut le 1er livre imprimé en 1455, peu après l’invention de l’imprimerie. Depuis 1590, l’Église romaine a fait paraître plusieurs éditions révisées de la Vulgate. Un peu comme les nouvelles versions d’aujourd’hui, la Vulgate ne fut pas acceptée de sitôt. Elle n’a fini par être bien reçue qu’au 9e siècle !


II. D’autres versions anciennes.

1. Versions coptes de la Bible : elles parurent en plusieurs dialectes des chrétiens égyptiens. Les plus importantes sont en bohairique et en sahidique. Des parties du Nouveau Testament ont probablement été traduites dans ces 2 dialectes avant la fin du IIe siècle La Bible sahidique fut peut-être terminée au IIIe siècle ; la bohairique au VIe siècle
2. Version éthiopienne. Selon la tradition, le christianisme fut apporté à l’Éthiopie au temps de Constantin le Grand (324-337). La traduction fut probablement commencée dans la deuxième moitié du IVe siècle à partir du grec. La Bible éthiopienne fut révisée au XIVe siècle et plus tard, à l’aide des versions arabes.
3. Version gothique. Faite vers 350 par Ulphilas, évêque des Goths d’Occident. La plus grande partie du Nouveau Testament et des fragments de l’Ancien Testament nous sont parvenus. Ces derniers sont basés sur la recension grec de Lucien pour l’Ancien Testament et le texte grec byzantin pour le Nouveau Testament.
4. Versions arabes. En 724, Jean, évêque de Séville, fit en Espagne une version destinée aux chrétiens et aux Maures. Au cours des siècles d’autres traducteurs complétèrent cet ouvrage.
5. Versions arménienne et géorgienne. Un auteur arménien du Ve siècle dit que la première traduction de la Bible en arménien a été faite au IVe siècle d’après une version syriaque. Au début du Ve siècle parut une traduction de la Bible entière, d’après le grec. D’autres traductions suivirent. La langue arménienne rend fort bien les textes grecs originaux. La Bible géorgienne, apparentée à l’arménienne, achevée à la fin du VIe siècle fut l’œuvre de plusieurs traducteurs.
6. Version slavonne. L’original, qui parut au IXe siècle, n’est pas parvenu jusqu’à nous, à l’exception de quelques fragments. L’Ancien Testament semble basé sur un texte de Lucien. Certains livres de la Bible russe actuelle sont traduits de l’hébreu ou de la Vulgate. Il est intéressant de savoir que, selon toute probabilité, les alphabets arménien, géorgien, gothique et slavon furent inventés exprès pour la traduction de la Bible.


III. Versions des temps modernes.

      À partir de l’invention de l’imprimerie et de la Réforme, on vit paraître de nombreuses versions de la Bible en langues des divers peuples.

      À partir du 19e siècle, avec la forte poussée de la mission évangélique outre-mer, et grâce au travail des sociétés bibliques qui se fondaient dans plusieurs pays occidentaux, le nombre des traductions de la Bible en de nouvelles langues a beaucoup augmenté. En 1900, la Bible était traduite en 118 langues et dialectes divers.

      Cependant, c’est surtout depuis la 2e guerre mondiale que des missions, telle que Wycliffe se sont lancées dans la traduction biblique. Leur but ? Que chaque homme et que chaque femme sur la terre puisse lire au moins une partie des Saintes Écritures dans sa langue maternelle. Actuellement c’est le cas pour plus de 2000 nations, tribus et peuplades différentes, c’est-à-dire pour 97 pour cent de la population mondiale. Toutefois, on estime qu’il y aurait encore 3000 langues (parlées seulement par de petites ethnies) dans lesquelles aucune portion de la Bible n’a été encore traduite ; et la plupart ne possèdent pas encore d’alphabet. Là, tout est encore à créer.

      La Bible entière existe en plus de 300 langues, le Nouveau Testament en 700, et au moins une partie de la Bible en bientôt 2000 langues. La distribution totale de la Bible augmente sans cesse. Au début du 20e siècle, les sociétés biblique annoncèrent que, depuis la fondation de celles-ci une centaine d’années auparavant, un total de plus de deux cents millions de Bibles, Nouveau Testament et portions de l’Écriture avaient été distribués. Mais actuellement c’est plus de trois fois ce total qui est distribué tous les ans ! À titre d’exemple, en 1988, un total de 692 754 925 portions, Nouveau Testament et Bibles ont été diffusés, uniquement par les sociétés bibliques unies, sans compter ceux qui furent diffusés par toutes les autres sociétés bibliques autonomes. Voir Ancien Testament ; Nouveau Testament.

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