Versions françaises de la Bible

13/12/2013 13:02

Versions françaises de la Bible.

L’ouvrage capital pour étudier cette question est l’Histoire de la Bible française de Lortsch, mise à jour par J.-M. Nicole (2e édition, Emmaüs, 1984). Lortsch déclare que probablement il n’y a guère de langue où la Bible ait été traduite aussi souvent qu’en français.

      Avant l’imprimerie. Les premières versions connues sont une traduction des Psaumes au début du XIIe siècle et celle de quelques livres de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament effectuée par les Pauvres de Lyon, cette dernière en provençal. La Bibliothèque Nationale de Paris comprend 60 traductions de la Bible entière ou de certaines portions, en prose ou en vers, et qui datent des XIIIe et XIVe siècle.

      Traductions protestantes. La première traduction protestante est celle de Robert Olivétan, cousin de Calvin. Elle fut exécutée à la demande et avec l’appui financier des Vaudois des Alpes, que Farel avait rencontrés au synode de Chanforans en 1532. Elle fut achevée et imprimée à Neuchâtel en 1535. Olivétan s’aida des travaux de ses prédécesseurs, en particulier. Lefèvre d’Etaples ; mais d’emblée il basa son texte sur l’hébreu et le grec et non sur la Vulgate. Sa traduction fut révisée déjà au XVIe siècle par Calvin en 1560, et par Théodore de Bèze en 1588. Elle est désormais connue comme la Bible de Genève.

      À la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, le style en avait vieilli, ce qui provoqua 2 nouvelles révisions, l’une faite en Hollande par Martin (1696-1707), l’autre en Suisse par Osterwald (1744). Cette dernière eut un grand succès, peut-être à cause des introductions et des réflexions qui l’accompagnaient et qui en aidaient la compréhension.

      Au XIXe siècle, le besoin se fit sentir d’une traduction entièrement nouvelle, conforme au rajeunissement de la langue et aux découvertes d’anciens manuscrits qui permettaient d’établir un texte plus exact, en particulier pour le Nouveau Testament. Ainsi naquirent :

a) La version de Lausanne (Nouveau Testament 1839, Bible 1872), faite en collaboration par divers théologiens et où l’on s’attachait dans la mesure du possible à rendre le même mot hébreu ou grec par le même mot français.
b) La version Segond (1873) œuvre de 7 ans de travail ; l’Ancien Testament est, en moyenne, mieux traduit que le Nouveau Testament. Cette version a été révisée en 1910 discrètement, puis de nouveau assez discrètement dès 1975 (Bible avec notes explicatives de C. Scofield et nouvelle édition de la Société Biblique de Genève). C’est la version qui a obtenu la plus large diffusion dans le protestantisme de langue française.
c) La version Darby (1885), dont le français se ressent d’une traduction littérale ; elle est d’un grande fidélité aux originaux, et par là très utile à ceux qui veulent pénétrer le sens du texte.

d) La version synodale (Nouveau Testament 1903, Bible 1910), faite en collaboration par divers théologiens de France à la demande des Synodes réformés. Les traducteurs ont cherché à rendre le texte dans une langue correcte et facilement compréhensible. Les variantes des manuscrits et les diverses possibilités de traduction y sont mises en note.
e) La Bible du Centenaire (achevée en 1949), publiée par la Société biblique de France, sous la direction des professeurs H. Monnier, A. Lods et M. Goguel. C’est un ouvrage d’érudition, avec d’abondantes notes où se manifestent les tendances théologiques libérales des traducteurs, qui de plus ont parfois corrigé le texte hébreu de l’Ancien Testament d’après les Septante ou même d’après des conjectures.
f) La Bible à la Colombe (Nouveau Testament, 1962 ; Bible, 1978) constitue une révision importante de la version Segond (Bible de Genève [Scofield]). Cette version cherche à donner au peuple de Dieu « la possibilité de saisir plus exactement ce qu’il y a dans le texte original ». Elle contient de nombreuses notes indiquant la traduction plus littérale, différentes possibilités de traductions ou le sens de certains termes. Il n’y a pas de critique négative incorporée dans les notes. Cette Bible doit son nom au fait qu’une colombe volant d’en haut est représentée sur la couverture. Cette version est le résultat d’un travail de 25 ans demandé par l’Alliance Biblique Française.
Le texte de la Bible à la Colombe, avec ses notes textuelles et techniques complètes, est repris dans une importante Bible d’étude, la Bible Thompson avec chaînes de références, éditée en 1990.
g) Bien différente, mais appréciée comme texte complémentaire, est la version d’Alfred Kuen : Parole Vivante (Nouveau Testament, 1976 ; Ancien Testament en partie seulement : Louanges pour notre temps = Psaumes, 1980 ; Sagesse et poésie pour notre temps = Job à Cantique des Cantiques, 1982 ; Prophètes pour notre temps = Ésaïe à Malachie, 1987). C’est une transcription non littérale en français moderne et courant, « amplifiée » surtout pour les épitres du Nouveau Testament (certaines expression étant traduites successivement de deux ou plusieurs façons complémentaires). Introductions et notes importantes.
h) La Bible en français courant, éditée en 1982 (Nouveau Testament : Bonnes nouvelles aujourd’hui, 1971) utilise systématiquement le principe dit d’équivalence dynamique, par opposition à l’équivalence littérale ou mot à mot. Elle possède de courtes notes et introductions très simples, où une certaine critique biblique négative n’est pas absente, mais généralement peu apparente. Cette Bible est en définitive « le fruit d’une collaboration largement interconfessionnelle ». L’origine en est protestante, mais une partie de la traduction et des relectures a été confiée à des catholiques. Elle suit l’ordre juif des livres de l’Ancien Testament.
i) La Traduction œcuménique de la Bible (T.O.B.) est le fruit du labeur de quelque cent vingt-six responsables et collaborateurs catholiques et protestants. Edition avec notes intégrales : Nouveau Testament 1972, Ancien Testament 1975. Édition intégrale révisée en un volume (Ancien Testament et Nouveau Testament), 1988. Notes et introductions copieuses, où les théories critiques négatives ont une large place. La T.O.B. contient les « apocryphes » considérés comme canoniques par les catholiques, mais placés après les 39 livres de l’Ancien Testament juif et protestant. Ces 39 livres sont classés dans l’ordre des bibles juives. La traduction elle-même est sérieuse et suit d’assez près les originaux, en particulier le texte hébreu massorétique pour l’Ancien Testament

j) La Bible du Semeur (version nouvelle pour notre temps) est une nouvelle traduction et Bible publiée dès 1990. Ce travail est dirigé par Alfred Kuen, assisté par une équipe de spécialistes. Il s’agit d’une traduction en langue courante, nettement distincte de Parole Vivante, n’ayant notamment plus le caractère « amplifié » et paraphrasé de cette dernière. Une édition avec un appareil bien fourni d’introductions et de notes d’étude a été prévue.


      Nous pouvons mentionner en outre :

-l’Ancien Testament de Perret-Gentil (1866) ;
-le Nouveau Testament de Rilliet (1858), basé sur le Vaticanus ;
-le Nouveau Testament d’Oltramare (1872), remarquable par le style, mais gâté par les idées libérales du traducteur ;
-le Nouveau Testament de Stapfer (1889) qui s’est écarté du littéralisme qui caractérise la plupart des versions et s’est appliqué avant tout à rendre le sens du texte avec fidélité.


      Ajoutons que plusieurs commentateurs ont publié, avec leurs commentaires, une traduction. C’est le cas de Calvin, de Reuss, de la Bible Annotée de Bonnet, sans parler de nombreux commentaires sur des livres isolés de la Bible.

      Traductions catholiques. Elles ont été, chose curieuse, plus nombreuses que les traductions protestantes, quoique moins répandues. Lortsch en cite 14 pour la Bible entière, 1 pour l’Ancien Testament et 12 pour le Nouveau Testament ; 3 traductions de la Bible entière ont paru depuis. Nous ne mentionnerons que les principales :

a) La traduction de Lefèvre d’Etaples (Nouveau Testament 1523-24, Bible 1528), faite d’après la Vulgate, mais avec des corrections d’après l’original. Elle a joué un rôle important pour préparer la Réforme française.
b) La traduction Lemaître de Sacy (Nouveau Testament 1667, Bible 1696) ; remarquable par ses qualités littéraires, et significative de l’intérêt des Jansénistes pour l’Écriture.
c) La traduction Crampon (1894-1904), la première version catholique française faite directement d’après l’hébreu et le grec. Elle se confond souvent avec la traduction Segond. Elle a été révisée en 1952 et 1960.
d) La Bible du Cardinal Liénard (1950), qui vise à rendre très littéralement le texte.

e) La Bible des Moines de Maredsous (1952, révisée en 1968), d’une langue vigoureuse, mais qui prend avec le texte quelques libertés.
f) La Bible de Jérusalem (1956, révisée en 1973), parue d’abord en fascicules, et qui témoigne d’un bel effort de traduction, mais dont les notes sont d’inspiration très moderniste.
g) Votre Bible, par F. Amiot et al. a paru en 1972. La traduction est intéressante et elle serre le texte d’assez près. Les notes ne sont pas évangéliques.
h) La Bible d’E. Osty, avec l’assistance de J. Trinquet, a été éditée en 1973. Elle suit l’original de près, mais comporte de nombreuses notes négatives, en particulier pour le Nouveau Testament.
i) La Bible présentée en 1981 par Pierre de Beaumont possède un français simplifié et actualisé (vocabulaire de base réduit). Elle comporte des éléments de critique négative ainsi qu’un lexique important.
j) La Bible de la Pléiade est une traduction littéraire (avec une participation protestante). Ancien Testament 2 volumes 1957-59 ; Nouveau Testament 1 volume 1961. Notes non évangéliques.
k) En ce temps-là la Bible, éditée en fascicules entre 1969 et 1972, sous la direction d’André Frossard et A. M. Gérard, est une traduction qui se réfère à la Vulgate. Cependant elle tient compte des plus récents travaux et des manuscrits les plus sûrs. Commentaires non évangéliques.


      Traductions israélites.

a) La Bible du Rabbinat français (1899, révisée en 1965), sous la direction de Zadok Kahn. Elle est souvent à la fois très exacte et très littéraire, mais les passages messianiques y sont parfois mal rendus (par exemple #Esa 53:8b est rendu en français par « les péchés des peuples » au lieu de « de mon peuple »), ou accompagnés de notes tendancieuses.
b) La Bible d’André Chouraqui, qui comprend le Nouveau Testament, est parue en un volume en 1985. C’est une traduction très particulière, aux antipodes d’un français courant ou modernisé, fort littérale et cherchant à conserver l’atmosphère et le vocabulaire juifs de la Bible.


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