Violence

29/11/2013 12:11

Violence. Le terme français de violence implique l’idée d’une force intense et impétueuse dont l’homme abuse facilement au détriment des faibles. Il évoque des mots comme brutalité, véhémence, fougue, excès. Dans l’Ancien Testament, le terme hébreu principal pour violence est Hamas. Il peut s’appliquer aux éléments naturels (vent, tremblement de terre : #Ex 19:18 ; #Esa 11:15), mais son sens habituel est celui d’une injustice ou d’une oppression sociale qui sont le fait de l’homme qui s’attaque à l’ordre des choses établi par Dieu en commettant le mal, la méchanceté, l’injustice (#Ge 6:11,13 ; #2S 22:3 ; #Ps 7:17 ; #Pr 4:17 ; #Esa 53:9 ; #Mi 6:12 ; #Mal 2:16) en usant de la force ou de l’intimidation (#Ge 19:9 ; #Lé 19:13 ; #Esa 7:8) ou de la brutalité (#Jug 4:3; 9:24 ; #Esd 4:23 ; #Ec 4:1 ; #Esa 28:2) ou des instruments qu’il a forgés (#Ge 49:5). Se faire violence, c’est s’imposer une attitude contraire à celle que l’on aurait spontanément (#1S 13:12). La Bible utilise aussi l’expression « faire violence à quelqu’un » comme synonyme de violer (#De 22:25,28 ; #Jug 20:5 ; #2S 13:14 ; #Ez 22:10).

      La violence bafoue sans scrupules les droits de l’autre, elle se traduit généralement par l’usage de la force brutale. Mis à part #Job 19:7 où Job semble accuser Dieu de violence, c’est toujours l’être humain (en particulier l’homme) qui fait preuve de violence (#2S 22:49 ; #Ps 18:49; 140:2,5,12 ; #Pr 3:31; 16:29). La violence peut s’exprimer par des paroles (#2S 19:43 ; #Pr 10:6). ou par des actes (#Ge 19:9 ; #Ps 55:10 ; #Esa 42:25). Les victimes sont des êtres humains-exception faite d’#Ez 22:26 et de #Sop 3:4 où des prêtres font violence à la Loi, (COLOMBE : violent), c’est-à-dire l’exploitent à des fins égoïstes. L’expression « les violents » désigne les méchants (#Job 24:22 ; #Esa 29:20 ; #Jér 15:21) « ils se plaisent à la violence » (#Ps 11:5), la désirent (#Pr 13:2), se confient en elle pour réaliser leurs sombres desseins (#Esa 30:12).

      La Genèse montre clairement que la violence humaine est le résultat de la chute (cf. les crimes commis par Caïn, #Ge 4:8, et par Lémek, #Ge 4:23). Au temps de Noé, la terre était pleine de violence (#Ge 6:11,13) ce qui incita Dieu à envoyer la submerger par le déluge. La violence reprit de plus belle après le déluge, elle constitua toujours l’un des péchés humains fondamentaux que Dieu ne manque pas de punir. Des nations aussi peuvent pratiquer la violence (#Jér 51:35,46 ; #Ez 7:23; 12:19 ; #Ab 1:10 ; #Ha 1:9; 2:8,17). #Am 6:3 parle du « règne de la violence ».

      Le mot Hamas est généralement associé à la cupidité (#Am 3:10) ou à la haine (#Ps 25:19) et aux querelles (#Ps 55:10), aux rapines (#Ez 45:9). La haine peut conduire au meurtre (#Ge 49:5 ; #Jug 9:24). Souvent Hamas apparaît aussi en parallèle avec le sang versé (#Ps 72:14 ; #Jér 51:35 ; #Ez 7:23). En général, il ne s’agit pas seulement de la mort provoquée par un autre, mais du meurtre d’un innocent (#Esa 59:6 ; #Joe 3:19) Dans de nombreux psaumes, ce mot hébreu est associé au mensonge et à l’idée de persécution d’un innocent (#Ps 58:2; 140:1-5). Pour l’auteur des Proverbes, « la violence couvre la bouche des méchants » (#Pr 10:6), c’est-à-dire qu’ils la « cachent dans leurs paroles » (Français Courant). La violence est un crime contre Dieu. Les victimes appellent Dieu au secours, car le monde ne « respire que la violence » (#Ps 27:12; 55:10; 74:20 ; #Ha 1:1-3). Les prophètes la dénoncent (#Jér 6:7; 20:8 ; #Ha 1:3).

      Dans le Nouveau Testament, les termes grecs principaux pour violence sont bia, le verbe biazomai et l’adjectif biastês. Le nom bia n’apparaît que dans #Ac 5:26; 21:35; 24:7 où il désigne une menace pour la vie même. Dans #Ac 27:41, la violence de la mer disloque la poupe d’un bateau. Dans l’Apocalypse, Babylone est précipitée avec violence (#Ap 18:21).

 Dans #Mt 11:12, Jésus affirme que le Royaume des cieux « est soumis à la violence ». Dans ce verset, l’idée centrale est qu’une nouvelle ère a commencé avec Jean-Baptiste. Depuis sa venue le Royaume de Dieu est présenté comme bonne nouvelle (dans #Lu 16:16, Luc utilise l’un de ses mots favoris, le verbe évangéliser).

      La question est de savoir si la violence est blamée ou louée par Jésus, donc si cette parole doit être interprêtée dans un sens positif ou négatif.

      Ceux qui donnent à cette parole un sens positif s’appuient sur #Mt 7:13 et suivants et #Lu 13:24 : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et n’en seront pas capables ». Cette parole se rapporterait donc aux efforts que les hommes doivent faire pour vaincre en eux les obstacles qui les empêchent d’accepter l’Évangile. Ils doivent « se faire violence ». Ce sens convient particulièrement à la parole rapportée par #Lu 16:16 où l’expression pas eis autên biazetai (chacun use de violence), est mise en parallèle avec « le royaume de Dieu est annoncé (évangélisé) ».

      La plupart des exégètes penchent davantage pour un sens négatif dans Matthieu. Le thème dominant de cet évangile semble être celui de la persécution. Le contexte immédiat (l’emprisonnement de Jean-Baptiste) pointe dans le même sens. Il semble donc préférable d’interpréter biazomai comme un passif (le royaume de Dieu souffre violence), donc négatif Pour ce sens on a aussi fait remarquer l’équivalence entre le Royaume de Dieu et son Roi.

      Durant le ministère terrestre de Jésus la présence du Royaume a été liée à celle du Messie  —  qui a, effectivement, subi bien des violences. Dès sa naissance il a failli être tué (#Mt 2:13) ; lorsque Jean-Baptiste a été emprisonné, Jésus dut se réfugier en Galilée (#Mt 4:12). Il ne trouva de sécurité ou de repos nulle part (#Mt 8:20). La violence atteignit son comble lors de la Passion et de la crucifixion (#Mt 27:38).

      Il a subi l’opposition des chefs politiques comme celle des responsables du judaïsme. Après son ascension, le Royaume de Dieu représenté par les citoyens du Royaume, c’est-à-dire les chrétiens de l’Église primitive, subira encore bien des violences (#Ac 4:5; 6:8; 7:1-59; 8:1-4; 12:1 et suivants).

 Dans #Jn 10:1 et suivants Jésus parle de voleurs qui pénètrent dans la bergerie. Depuis l’époque de Jean-Baptiste, plusieurs ont cherché à instaurer le Royaume de Dieu, par la violence. Leur rébellion contre Rome a commencé à l’époque du recensement qui, d’après #Lu 3:2 et suivants, correspondait à la naissance de Jean-Baptiste et de Jésus. Plusieurs meneurs de ces soulèvements se croyaient appelés à jouer un rôle messianique, tels Theudas et « l’Égyptien » (#Ac 5:36; 21:38). La plupart des versions vont dans ce sens négatif : le Royaume des cieux souffre violence, est pris par violence, malmené, forcé, soumis à la force, opprimé, assailli avec violence, soumis à la violence, pris par violence, violenté, on a essayé de l’établir par la force, il s’approche avec force, en hâte. Ceux qui emploient la violence le ravissent, l’arrachent, s’en emparent.

      Il est difficile de décider entre le sens positif ou négatif. Il vaut donc mieux abandonner les efforts d’harmoniser ces deux textes. « Pour peu de paroles des évangiles, l’interprétation est aussi incertaine que celle-ci » (I. H. Marshall, The Gospel of Luke, page 630).

 

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